Sur la piste des dinosaures
par Michel Marsolais
UTAH - La terre crevassée et érodée de l'Ouest américain
était jadis une morne plaine où erraient des milliers de dinosaures
de toutes les tailles. Des empreintes et des fossiles des géants
disparus parsèment encore ce territoire où on fait encore
de nombreuses découvertes.
Un des "gisements" de dinosaures les plus importants du monde
se trouve sur ce qu'on appelle la formation de Morrison, qui couvre l'Utah
et une partie de l'Arizona.
Parmi les découvertes des récentes années, on
note un site important, près de l'aéroport de Moab, en Utah.
Le site comprend des empreintes de certains types de brontosaures, probablement
des diplodocus ou des apatosaures. Des empreintes vieilles de 150 millions
d'années.
On troupe aussi des empreintes de plusieurs theropodes (carnassiers)
dont celles d'un des carvivores les plus répandus de l'époque,
l'allosaure.
Ces empreintes nous révèlent non seulement si tel ou
tel dinosaure vivait seul ou en groupe mais elles lèvent aussi un
voile sur les drames quotidiens qui se sont joués durant l'âge
d'or des dinosaures, le mésozoïque (qui comprend le triassique,
le jurrasique et le crétacé).
Le site de Moab montre ainsi clairement les empreintes d'un brontosaure
qui change abruptement de direction, entourées par les empreintes
de quatre petits carnivores.
D'autres sites d'empreintes fossilisées ont permis de reconstituer
plusieurs scénarios impliquant de gros dinosaures, éloignés
de leur troupeau, et subissant l'attaque féroce de carnivores parfois
bien plus petits qu'eux, comme les velociraptors.
Lorsqu'on trouve des traces d'herbivores et de carvivores marchant
côte à côte, on peut facilement déduire que ce
ne sont pas deux copains qui prennent une marche.
Des reptiles "turbo"
La vivacité des carnivores a toujours laissé planer
un doute sur le type de métabolisme des dinosaures. Comment des animaux
à sang froid, donc à métabolisme très lent,
étaient-ils capables d'attaques aussi foudroyantes sur leurs proies?
Pendant longtemps, on a jonglé avec l'hypothèse que les dinosaures
aient pu être des animaux à sang chaud, comme les mammifères.
Un chercheur de l'Université de l'Oregon, John Ruben, vient
peut-être de résoudre l'énigme. Il affirme dans la revue
Science que les dinosaures carnivores avaient un métabolisme
à deux vitesse qui les rendait capable de sursaut d'énergie.
" C'est comme si vous preniez un reptile et que vous le dotiez
d'un turbo ", explique le chercheur.
La clé du turbo résiderait dans un diaphragme qui permettait
un apport important d'oxygène, donc d'énergie.
L'explication de Ruben et de son équipe ne satisfait toutefois
pas bien des experts en dinosaures dont ceux du Musée Royal de l'Ontario,
qui rejette la thèse du diaphragme.
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Première parution: Le Journal de Montréal, dimanche 28
février 1999
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