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Technologies acerbes


par Michel Marsolais


Il y a toujours un étrange sentiment de culpabilité à admirer des technologies dont l'efficacité se mesure en capacité de destruction. Mais on doit admettre que le secteur militaire a toujours été une des forces dominantes de l'innovation et qu'on continue de monter la coche pour ces joujoux meurtriers.

 

L'aviation est certes un des domaines où le secteur militaire a fait sa marque. Sans toutes ces guerres (chaudes ou froides), l'aviation civile ne serait pas où elle est aujourd'hui. Même le glorieux 747 a d'abord été développé par les militaires et il est probable que les avions géants, en forme d'aile géante, que préparent Boeing, s'inspireront du B-2 qui vient de connaître son baptême de feu contre les forces serbes.

 

Guidés au GPS

Le B-2, de Northrop-Grumman, c'est quand même de la machine! L'avion furtif qui ressemble à un boomerang de 52 mètres de diamètre, révolutionne même le classement des avions de guerre. L'avion est bien sûr un bombardier de longue portée, mais le fait qu'il puisse larguer 16 missiles guidés avec précision, par le système de positionnement par satellites GPS, en fait presque un avion de chasse.

La soute du B-2 s'ouvre même automatiquement pour larguer son contenu, dès que les missiles sont à portée des cibles désignées, ce qui évite tout dilemmes moraux à l'équipage (un pilote et un commandant responsable de la mission). Ces derniers contrôlent l'appareil avec deux petits écrans d'ordinateur au lieu de la forêt de cadrans habituelle du cockpit.

Le B-2 concurrence même l'autre avion furtif des Américains, le F-117, de Lockheed-Martin, qui est assigné un peu à un rôle d'avion de chasse (un fighter), bien qu'il n'ait pas la maniabilité des autres appareils de combat comme le F-15 ou le Mig-29, capables de vitesses supérieures à mach 2.

 

Furtif mais pas invisible

Invincible durant la guerre du Golfe, le F-117, en service depuis les années 80, a démontré que furtif ne veut pas dire invisible, puisque l'armée serbe est parvenue à en descendre un.

La forme lisse et les matériaux composites du F-117 et du B-2 dévient les ondes radar au lieu de les réfléchir. Mais ces appareils peuvent quand même être détectés lors de passages à basse altitude, ce qui arrive au F-117 mais pas au B-2. À 1,3 milliard $ US l'unité, on le garde assez haut pour ne pas en perdre un!

Le F-117, déjà dépassé à plus d'un égard, n'est pas non plus un avion qu'affectionnent les pilotes. Certains ont déjà déclaré que l'avion volait aussi bien qu'un cochon !

Même dépassé, le F-117 est quand même à des années-lumières des Mig-21 et des Super Galeb de l'armée yougoslave. Seuls les Mig-29 de Milosevic sont encore technologiquement capables de rivaliser avec les avions de l'OTAN.

Encore faudrait-il qu'ils puissent décoller sans être répérés par la flotte d'avions AWAC de l'OTAN qui mène des opérations de repérage radar depuis le ciel des Balkans.

Mais la supériorité technologique ne garantie pas l'absence de bavure, ni même la victoire. Ainsi les missiles du B-2 ont beau être guidés par GPS (précision de 13 mètres), si on les programme avec des coordonnés inexactes, ils risquent de frapper à côté.

Et à voir le conflit yougoslave s'enliser, on ne peut qu'admettre que la technologie ne fera jamais le poids face à la bêtise humaine.
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Première parution: Le Journal de Montréal, dimanche 4 avril 1999

 

 

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