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La conquête de la Lune a 30 ans

4- Quand le 13 porte malheur


par Michel Marsolais


Apollo 13 devait être une des missions plus facile du programme lunaire de la NASA. La mission s'est vite transformée en une opération de sauvetage où l'ingéniosité, comme l'équipage, a été mise à rude épreuve.

 

Quelques signes avant-coureurs laissaient entendre que les choses n'iraient pas comme dans du beurre. D'abord, à la dernière minute, on remplaca le pilote Ken Mattingly par Jack Swigert parce que le premier avait été exposé à la varicelle.

Dans les entrailles du module de commande d'Apollo 13 se trouvait aussi un réservoir d'oxygène défectueux d'Apollo 10, qu'on croyait avoir réparé pour réutilisation.


Une bombe

Lors de tests pré-lancement, on constate que ce réservoir n'arrive pas à se vider complètement. Pour se débarasser du reste d'oxygène, on décide de le faire chauffer pendant huit heures avec les éléments électriques du réservoir. Ce procédé devait ­ sans qu'on le sache ­ causer de sérieux dommages et transformer le réservoir en une bombe. Une bombe qui explosera à 200 000 miles de la Terre, le 13 avril 1970.

Quarante-six heures après le décollage le Capcom de Houston, Joe Kerwin, appelle les trois astronautes ­ Jack Swigert, Jim Lovell et Fred Haise ­ que le vaisseau spatial fonctionne parfaitement et que les gens du centre de contrôle "s'ennuient pour mourir". Ce fut la dernière fois qu'on prononça le mot ennui dans cette mission.

Neuf minutes après avoir complété une émission pour la télé, l'équipage d'Apollo 13 entend une explosion.

L'explosion du réservoir numéro 2 bousille aussi le réservoir numéro 1. L'équipage perd graduellement l'approvisionnement en électricité et en eau, et le module Odyssey va dans tous les sens.

Swigert ­ et non Lovell ­ est le premier à lancer la phrase célèbre : "Houston, nous avons un problème!"

Treize minutes après l'explosion, Lovell regarde par le hublot et aperçoit la fuite de gaz. C'est l'oxygène qui s'échappe.

L'équipage réagit comme celui d'un sous-marin en fermant toutes les écoutilles possibles.

Mais les dommages sont grands, une heure et demie après l'explosion, l'équipage prend refuge dans le module lunaire Aquarius alors qu'il ne reste que 15 minutes d'énergie dans Odyssey.


Des procédures à inventer

À partir de là tout est à inventer; il n'y a aucune procédure pour recharger les piles d'Odyssey à partir du module lunaire, pour filtrer l'oxyde de carbone expiré par les astronautes (les filtres des deux modules étaient incompatibles). Pire, aucune procédure pour retourner sur Terre en pareille situation.

À Houston, on réveille les meilleurs cerveaux pour les mettre au travail. Le temps est compté.

Heure après heure, pépin après pépin, l'équipe au sol dirigée par Gene Kranz garde en vie les trois astronautes, à une température près du point de congélation, et dans un état de déshydratation croissant.

Apollo 13 devra faire le tour de la Lune pour se repropulser vers la Terre.

Malgré l'échec de la mission, le retour des trois astronautes sains et saufs est encore considéré aujourd'hui comme un des grands triomphes de la NASA.

 


Première parution: Le Journal de Montréal, dimanche 25 juillet 1999

 

 

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