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La médecine du futur


par Michel Marsolais


À voir les malades qui s'accumulent dans les corridors des urgences, il est difficile de croire que la médecine fait actuellement des progrès vertigineux. C'est pourtant le cas. Le problème du prochain millénaire ne sera peut-être pas les limites de la médecine, mais plutôt l'accès au système de santé.

 

Vous me direz que ça ne donne peut-être pas grand-chose de dépenser des milliards pour cartographier les gènes, et prévenir certaines maladies héréditaires, si on laisse crever les gens d'une péritonite ou d'une méningite dans des couloirs d'hôpitaux en manque de personel.

L'avenue de la génétique est pourtant la voie qui définira en grande partie la médecine de demain. Son intérêt : prévenir les maladies plutôt que d'essayer de les guérir. On doit admettre que si tout le monde était en santé, on aurait besoin de bien moins d'hôpitaux.

Par son ampleur, le projet Génome humain, chargé de dresser la carte des quelque 100 000 gènes qui nous composent, a déjà été comparé au programme Apollo, chargé d'envoyer des hommes sur la Lune.

La médecine du 20e siècle, avec ses vaccins et ses antibiotiques, a permis d'ajouter 30 ans à l'espérance de vie moyenne des Nord-américains (surtout en coupant la mortalité infantile) mais a peu prolongé la vie des gens en santé. La révolution de la médecine génétique pourrait changer tout ça en s'attaquant au cancer, en bloquant le développement des tumeurs, en permettant la croissance de nouveaux vaisseaux sanguins dans le coeur et même en faisant "pousser" de nouveaux organes.

Percer les secrets de l'ADN permettra d'éliminer des maladies comme la fybrose kystique mais aussi de choisir le sexe et les caractéristiques physiques de ses enfants.

Les parents fortunés pourront bientôt se rendre dans des cliniques de fertilité où la taille, l'apparence et même le quotient intellectuel du futur nouveau-né figureront sur une liste d'options, un peu comme chez le vendeur d'automobiles.

Une nouvelle race de super humains ? Peut-être pour ceux qui auront les moyens, d'où le débat éthique sur la génétique.

 

Jouer sa carte

On se demande notamment ce qui arrivera si les assureurs peuvent mettre la main sur notre carte génétique et évaluer notre espérance de vie. Ce n'est pas parce qu'on a une carte de la région que les routes son bonnes. Idem avec la carte du génome qui ne garantira pas la santé à tous dans un premier temps.

Des pré-diagnostics poseront aussi des dilemmes aux futurs parents. Devront-ils laisser naître un enfant atteint d'une maladie génétique quelconque et qui aura plus de chances de mourir à 34 ans ? C'est un débat que la médecine seule ne pourra résoudre.

La génétique ouvre aussi de nouvelles voies pour les compagnies pharmaceutiques, toujours à l'affut de nouveaux médicaments. L'identification des gènes permet déjà de développer des médicaments ciblés aux effets secondaires moins nombreux.

Bien sûr, tout ça n'empêchera pas les gens d'arriver ensanglantés à l'urgence après un accident de voiture ou de se casser la jambe en ski. Mais les progrès de la microchirurgie et de l'endoscopie rendront les interventions chirurgicales moins éprouvantes dans beaucoup de cas et même les fractures pourront être guéries presque immédiatement, grâce à des colles appliquées par injection directement sur l'os.

Mais encore faudra-t-il avoir accès à un médecin...


Première parution: Le Journal de Montréal, dimanche 14 mars 1999

 

 

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