6 milliards de convives pour dîner
par Michel Marsolais
Techniquement, l'humanité vient juste de franchir le cap des 6 milliards
d'habitants. Depuis près de quarante ans, on s'interroge sur la crainte
de ne pas pouvoir nourrir tout le monde sur une Terre surpeuplée.
On avait déjà annoncé il y a quelque temps que l'humanité
avait franchi le cap des six milliards mais des calculs complexes avaient
ensuite reporté l'événement au mois d'octobre. Mais
comme pour l'an 2000, c'est le symbole qui compte. On a d'ailleurs désigné
un nouveau-né de Sarajevo comme six milliardième "officiel"
de la planète.
Dès 1968, l'environnementaliste Paul Ehrlich publiait The Population
Bomb dans lequel il prédisait que des millions de personnes allaient
mourir de faim et que la population mondiale retomberait à 1,5 milliard
d'habitants. L'universitaire de Stanford s'était évidemment
mis le doigt dans l'oeil jusqu'au coude.
Plus récemment, un entomologiste de l'Université Cornell,
David Pimentel, prédisait que si l'humanité atteignait les
12 milliards d'habitants, seulement deux milliards pourraient jouir d'un
haut niveau de vie et manger des steaks et du homard. Les 10 autres milliards
seraient condamnés à "végéter" avec
une pauvre diète d'aliments que les riches se refuseraient de manger
(du soya et des insectes).
Plus de bouches, pas plus de terres cultivables
La réalité est tout autre. Depuis les années 50,
la Terre nourrit près de trois milliards de bouches supplémentaires
avec la même surface de terre cultivable.
Même les habitants des pays du Tiers-Monde jouissent quotidiennement
de 25 % plus de calories qu'en 1968. A Beijing, on se rue sur la crème
glacée, à Séoul, sur la pizza.
Alors que certains alarmistes prédisaient même une chute
de l'espérance de vie en raison des pesticides contenus dans les
aliments... Dans les faits, les humains n'ont jamais vécu si longtemps.
Les aliments transgéniques
L'inquiétude se déplace depuis quelques années du
côté des aliments transgéniques, ces aliments dont on
a modifié des gènes pour en améliorer les propriétés.
Si la "menace" réelle de ces aliments reste encore à
évaluer, il faut admettre qu'ils pourraient aussi représenter
un progrès notable au plan de la nutrition.
Une nouvelle variété de riz transgénique pourrait
par exemple éliminer une déficience en vitamine A qui rend
aveugle près de 8 millions d'enfants chaque année.
Alors que vient de naître le six milliardième humains (probablement
dans un pays pauvre), les tablettes des supermarchés n'ont jamais
été si bien garnies.
Première parution: Le Journal de Montréal, dimanche 17
octobre 1999
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