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Que d'orgasmes!


par Michel Marsolais


Je n'ai jamais pensé que quelque chose clochait dans ma vie sexuelle, jusqu'à ce que je lise quelques rapports du XIVe Congrès mondial de sexologie.

 

Bien que je me méfie des sexologues, les travaux du Dr Herbert A. Otto, présentés cet automne dans le cadre de ce congrès, à Hong Kong, sont particulièrement troublants puisqu'ils évoquent l'existence de sept types d'orgasmes chez la femme et de six chez l'homme ! Six ! Je n'ai pas trop à me plaindre des miens mais ils m'avaient toujours semblé du même acabit...

Dans le livre qu'il vient de publier ­ Liberated orgasm : the orgasmic revolution ­ le Dr Herbert Otto prétend donc avoir identifié pour la femme des orgasmes du clitoris, du vagin, des seins, du point G, de la bouche et de l'anus (je vous jure que je n'invente rien). Il ajoute aussi à cette liste l'orgasme mental qui peut être obtenu sans stimulation physique par un simple recours aux fantasmes.

Une des recherches du Dr Otto démontrerait que 24 % des femmes et 19 % des hommes peuvent avoir un orgasme à partir de fantasmes (quoique chez les hommes, on pourrait presque parler d'éjaculation précoce).

Chez les hommes, les résultats du Dr Otto sont encore plus bizarres ou hilarants (selon le parti qu'on choisit). Le chercheur parle d'orgasmes masculins du pénis, de la bouche, des seins, de l'anus et de la prostate! Je ne sais pas si je suis normal, mais je peux vous jurer que je n'ai jamais eu d'orgasme de la prostate! (Ni de l'avant-dernier, par ailleurs).

Le Dr Otto va plus loin en affirmant que des personnes rapportent des "orgasmes fusion" (seins-clitoris etc.) et des "orgasmes zones" produit par une zone érogène secondaire comme les orteils ou le cou. Décidement, je sais pas qui le Dr Otto fréquente mais en voilà un qui a choisi d'oeuvrer dans un secteur de recherche pas trop triste.

Je ne sais pas comment ont réagi ses collègues au congrès de Hong Kong mais personellement, je trouve que certains sexologues ressemblent à certains journalistes : prêts à tout pour faire l'intéressant.

L'homme battu à plate couture

Ce qu'on sait déjà toutefois, et que d'autres recherches continuent d'appuyer, c'est que les femmes ont une capacité orgasmique de beaucoup supérieure à celle de l'homme. Déjà certains anciens Grecs, comme Tiresias, considéraient que la femme avait neuf fois plus de plaisir que l'homme.

Évidemment, certaines contesteront vivement cette affirmation. Partager sa couche avec certains peut constituer un handicap difficile à surmonter...

Mais si, contrairement à sa compagne, l'homme peut jouir à peu près à tous les coups, son plaisir n'est bien qu'un petit pétard comparativement aux feux d'artifices dont sont capables les femmes par certains jours de grâce (avec un bon vent).

Oublions l'obscur et inquiétant Dr Herbert A. Otto pour nous tourner vers les pros de la chose : Master and Johnson. Bien que considérant que les deux sexes soient capables d'orgasmes comparables, ces deux sommités de la chambre à coucher ont démontré que deux différences notables placent les femmes dans un catégorie privilégiée.

D'abord, environ 15 % des femmes sont capables d'orgasmes multiples sans prendre de repos. Les jeunes hommes sont brièvement capables d'orgasmes à intervalles de 10 minutes mais cette capacité s'estompe rapidement après leur "pic" sexuel, qui se situe vers 18 ans...

Personnellement, j'ai toujours trouvé cruellement injuste que les hommes connaissent leur potentiel sexuel maximum à un âge où ils sont encore pleins de boutons, qu'ils n'ont pas de voiture et qu'ils habitent encore chez leurs parents.

De longue durée

L'autre différence, c'est la durée du plaisir. Alors que chez l'homme, l'orgasme est une affaire réglée en deux ou trois secondes, la femme est capable de ce que les spécialistes appellent un orgasme soutenu. Ces orgasmes débutent avec des contractions vaginales toutes les trois ou quatre secondes et peuvent durer jusqu'à une minute! Finalement, les Grecs n'avaient pas tellement tort.

Master et Johnson ont déjà publié un document (avec graphique) sur un orgasme féminin de 43 secondes avec 22 contractions successives. De quoi complexer une partie de mon lectorat!


Première parution: Le Journal de Montréal, dimanche 5 septembre 1999

 

 

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