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Science pour tous est une production du Journal de Montréal et de l'Agence Science-Presse

 

Histoire de famille


par Michel Marsolais


Alors qu'une bande de zélés religieux du Kansas vient de bannir l'enseignement de la théorie de l'évolution du programme scolaire, les anthropologues n'en finissent plus de découvrir des fossiles prouvant le contraire.

 

Bien que je sois remplis de doute en regardant certains de mes contemporains, l'Homme a certainement évolué. Mais pas de la manière qu'on pense.

L'humain n'est pas passé d'une amélioration successive à une autre avant d'en arriver à l'Homo sapiens sapiens, cette splendide créature dont Bill Clinton et Boris Eltsine sont les dignes représentants.

Comme pour les autres espèces animales ou végétales, l'évolution s'est faite par "essais et erreurs" dans un contexte où l'adaptation constituait le critère ultime.

Et comme il y a eu plusieurs espèces de fauves, d'oiseaux ou de poissons, il y a eu pendant longtemps plusieurs espèces d'humains qui existaient parallèlement.

Reculons pas exemple d'environ deux millions d'années, une période que (l'Alzheimer aidant?) la plupart d'entre nous ont oublié. En Afrique, ce bon vieux A. boisei, un des premiers hominidés découvert par l'anthropologue Louis Leakey, n'était encore qu'au début de sa fructueuse carrière qu'il cotoyait déjà l'Homo habilis, l'Homo ergaster, l'Homo rudolfensis et le pas très photogénique A. robustus.

A peu près à la même époque, vivait l'Homo erectus, dont le premier fossile a été retrouvé en Indonésie dès 1891. Toutes ces créatures humaines étaient génétiquement différentes.

Les amis de Lucy

Si on recule encore dans le temps, on peut penser aussi que A. afarensis (dont le plus célèbre ambassadeur est Lucy, un squelette africain de 3,2 millions d'années) cotoyait A. africanus et peut-être le suave A. aethiopicus.

Récemment, une nouvelle espèce d'humain ­ A. garhi (2,5 millions d'années) ­ s'est ajouté à cet arbre généalogique complexe qui ressemble de plus en plus à un buisson de mauvaises herbes.

Même notre propre espèce, l'Homo sapiens, a coexisté longtemps avec l'Homo neanderthalensis (l'homme du Néanderthal) et il semblerait que les deux espèces se soient même reproduites. Dire que certains font encore du chichi pour un mariage interacial (une distinction quasi indécelable au plan génétique) alors que nos ancêtres s'envoyaient en l'air avec des créatures qui n'étaient même pas de la même espèce!

La division entre les humains modernes et les Néanderthals (qui ont disparus) se serait produite il y a environ 800 000 ans. On a même retrouvé en Espagne une portion de crâne de l'Homo antecessor qui serait l'ancêtre commun aux deux espèces.

Les chaînons manquants

On parle souvent du mystérieux chaînon manquant mais à regarder le puzzle complexe que les anthropologues ont pu monter au cours des dix dernières années, on se rend compte qu'il manque en fait plusieurs chaînons pour expliquer telle ou telle lignée humaine. Différentes sous-espèces humaines encore inconnues sont sans doute apparues localement, favorisées par des environnements particuliers.

Le plus grand mystère reste cet énigmatique ancêtre commun aux humains (hominidés) et aux singes (panidés) dont l'existence se perd dans la nuit des temps.

Si, comme les créationnistes l'affirment, le monde a été créé par Dieu il y a 6000 ans, ce dernier est un être bien facétieux pour aller enterrer ces bizarres de squelettes partout sur la planète et bousiller les résultats des tests au carbone 14.

Après tout, peut-être existe-t-il encore plusieurs espèces d'humains sur Terre, dont certains sont déterminés à ne pas évoluer...


Première parution: Le Journal de Montréal, dimanche 12 septembre 1999

 

 

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