Le moral des astronautes vole bas
par Michel
Marsolais
Les innombrables délais qui affligent la Station spatiale
internationale ne sont pas sans effet sur le moral des astronautes.
Après l'euphorie qui, au Québec, a accompagné
la mission de Julie Payette l'an dernier, le projet piétine
tandis qu'on attend toujours la mise en orbite du vital module
d'habitation russe.
"C'est frustrant, c'est difficile pour la famille mais
c'est inévitable. C'est un projet très compliqué
et chaque mission dépend de la précédente",
admet l'astronaute québécois Marc Garneau qui doit
participer à une mission d'assemblage de la Station spatiale
(ISS) l'automne prochain.
Le retard du lancement du module Zvezda -centre de la vie
sur l'ISS- est au coeur des retards dans l'échéancier
de construction de la station. Ce module, qui a subi les aléas
de la crise économique en Russie, ne pourra être
vraisemblablement lancé que l'été prochain.
Entraînement perturbé
Ces retards ont évidemment une incidence sur le programme
d'entraînement des astronautes qui ne savent plus très
bien quand ils partiront.
"Selon les plan initiaux, j'aurais dû avoir mon
vol il y deux ans", ironise Marc Garneau lors de son passage
cette semaine à Montréal. Ce dernier admet que
le moral des astronautes souffre de ses délais et que
ceux-ci se sentent parfois comme une équipe sportive qui
se retrouve soudain en queue de classement sans savoir pourquoi.
"On est un peu dans les limbes. Mon entraînement
est revu toutes les semaines. Les choses devraient aller plus
vite avec l'arrivée du module de service, mais ce sont
des choses qui vont arriver encore", explique le vétéran
de 51 ans qui en sera à son troisième vol dans
l'espace.
"Quand je suis arrivé à la NASA en 1992,
les navettes volaient toutes les sept semaines. Maintenant...."
Mission
Le retard dans la mise en orbite a déjà modifié
le contenu de la prochaine mission, qui doit décoller
en avril prochain et qui devait, à l'origine, se dérouler
après la mise en place de Zvezda. "Pour l'instant,
le contenu de ma mission n'a pas été changé",
explique toutefois l'astronaute qui continue à s'entraîner
à Houston, principalement pour ses fonctions d'ingénieurs
de vol.
Les échecs des missions sur Mars n'ont rien fait pour
remonter le moral des travailleurs de l'espace.
Marc Garneau croit toutefois que l'exploration de l'espace
n'est pas prête de s'arrêter. "Je reste convaincu
que je verrai un astronaute débarquer sur Mars de mon
vivant ", dit-il.
Des touristes dans l'espace
Si certains projets spatiaux tardent à ce concrétiser,
d'autres pourraient l'être plus vite que prévu.
C'est le cas du tourisme spatial qui pourrait profiter de
la remise en service de la station Mir, opérée
par des intérêts privées.
Aidé par les fonds d'une nouvelle société
basée aux Bermudes, un des débouchés de
la station pourrait être le tourisme spatial. L'ultime
destination des très riches, qui seraient très
nombreux à rêver de flotter en orbite.
Marc Garneau croit que ce projet pourrait se concrétiser
rapidement. "Les fusées Soyouz sont très fiables.
Quant aux autres de projets de véhicules qui amènent
des touristes en orbite, je ne crois pas que ce soit réalistes
avant cinq ans".
"J'espère seulement que les projets sur Mir ne détourneront
pas les Russes de leurs engagements vis-à-vis de la station
internationale".
Première parution: Le Journal de Montréal, dimanche
12 mars 2000
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