A la recherche du temps perdu
par Michel
Marsolais
N'importe qui en possession d'une montre a l'impression d'avoir
la maîtrise du temps. Erreur! Le temps est une affaire
d'horloges atomiques si précises... que la Terre n'arrive
pas à suivre.
Déjà, il n'est pas facile de tenir un calendrier
quand on sait que la Terre accompli son orbite autour du Soleil
en 365,2425 jours.
Jules César a tenté d'harmoniser le calendrier
en créant l'année bissextile tous les quatre ans.
Mais le système n'est pas tout à fait précis
et il faut l'ajuster en supprimant trois années bissextiles
(la prochaine en 2100) tous les quatre siècles. Vous me
direz, c'est pas la fin du monde mais tout de même.
Seconde intercalaire
À notre époque de performance, l'unité
de mesure du temps, c'est la seconde atomique, qui sans être
radioactive, est drôlement précise.
Cette unité de base a été établie
dans les années 50 à partir d'observations astronomiques.
Mais les physicien disputent maintenant aux astronomes le contrôle
du temps.
En effet, on découvre, depuis qu'on a des instruments
de mesure plus précis, que les jours semblent un micro-poil
plus longs que jadis à cause de l'effet de friction des
marées qui ralentit la rotation de la Terre. Et quand
la Terre tourne moins vite, les jours sont plus longs.
Si bien que, pour garder le rythme, les scientifiques ont
été obligés d'introduire des secondes intercalaires,
de petites fractions de temps qu'on glisse comme ça sans
crier gare.
La chose est pourtant prise avec un grand sérieux.
Chaque saut de seconde étant décidé par
le Service international de rotation terrestre (International
Earth Rotation Service ou IERS) dont le bureau central est basé
à Paris. La dernière seconde intercalaire a été
insérée le dernier jour de décembre 1998.
Il serait possible qu'on ajoute une autre seconde intercalaire
au milieu de cette année. Ce serait la 33e depuis l'instauration
du système en 1972.
À la seconde
Comment arrive-t-on à la conclusion qu'il manque une
seconde ? Bêtement, en comparant les données des
laboratoires de physique qui gèrent les horloges atomiques
et les observatoires astronomiques qui s'occupent du temps sidéral.
Cette comparaison permet de constater un écart d'une
seconde environ tous les 500 jours.
Vous me direz qu'on se donne bien du mal pour une malheureuse
seconde mais la mesure du temps est maintenant une composante
essentielle d'un grand nombre de technologies.
L'abandon de la seconde intercalaire pourrait, pense-t-on,
provoquer des bogues informatiques.
Certains s'inquiètent d'ailleurs du fait que le système
de positionnement par satellites GPS ne tienne pas compte des
secondes intercalaires. De ce fait, le système GPS compte
déjà un retard de 32 secondes par rapport au temps
réel.
Pour ceux qui ne sont pas à la minute près,
évidemment cette seconde passe inaperçue.
Après tout, les montres bracelets peuvent facilement
cumuler un écart d'une quinzaine de minutes par an par
rapport au temps réel...
Première parution: Le Journal de Montréal, dimanche
6 février 2000
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