Pour commencer en beauté
par Michel
Marsolais
Quoi qu'on en dise, ce n'est pas juste dans la tête qu'on
est beau, c'est surtout dans le visage! Depuis une vingtaine
d'années, les chercheurs se penchent sur le rôle
de la beauté chez l'humain. Ils sont unanimes: ce n'est
pas seulement une affaire de goût.
Chez l'humain comme chez l'animal, la beauté sert à
une chose: à faciliter la reproduction. Le paon qui pavane
ne fait que passer le message de sa bonne santé -donc
de ses bons gènes- aux femelles des environs.
Pas étonnant que nos stéréotypes en matière
de beauté soient loin d'être uniquement culturels.
Cette capacité de répérer les meilleurs
spécimens d'un groupe serait en effet surtout héréditaire,
comme l'ont montré les expériences de Judith Langlois
à l'Université de Bâton Rouge en Louisiane.
Langlois a montré une série de photos de visages
(allant de moches à beaux) à différents
groupes témoins, y compris des enfants et des poupons.
Même les enfants de deux mois s'attardaient plus longtemps
sur les beaux visages, genre Bratt Pitt ou Cindy Crawford, que
sur les autres. Et ce, indépendamment de la race, du sexe
et de l'âge de la personne photographiée.
«À deux mois, les bébés n'étaient
sûrement influencés par leur lecture du magazine
Vogue», notait ironiquement Langlois dans le magazine Discover.
Pas un mythe
Dans son livre Survival of the Prettiest, la psychologue
Nancy Etcoff affirme: «L'idée que la beauté
n'est pas importante ou une construction culturelle reste le
vrai mythe de la beauté. Nous devons la comprendre si
nous ne voulons pas toujours en être esclave.»
Inconsciemment ou non, la reproduction est l'enjeu de la beauté
et c'est pourquoi des critères de fertilité (seins,
musculation, symétrie etc.) y sont associés.
C'est un peu la raison pour laquel les «canons» de
beauté sont plus jeunes chez les femmes que chez les hommes
qui sont fertiles plus longtemps. Différentes études
montrent qu'on juge qu'une femme atteint son plein potentiel
de beauté vers... 22 ans.
En «féminisant» certains traits sur ordinateur,
le biopsychologue Victor Johnston est aussi parvenu à
produire des visages de femmes qui obtiennent un succès
d'estime instantanné auprès de la gente masculine.
La biologie à l'oeuvre
Si la beauté a quelque chose d'universellement biologique,
ses critères d'appéciation peuvent l'être
également. Ainsi, une étude publiée récemment
dans la revue Nature indiquait que les femmes préféraient
les hommes au faciès plus «viril» durant la
période d'ovulation, et des visages plus doux le reste
du temps.
Chaque race a aussi ses petites variations en terme de préférences
physiques; mais dans toutes les cultures, la beauté est
associée à la santé et à la fertilité.
Petite consolation esthétique, la moyenne de l'humanité
ne serait pas si mal. Du moins avec un ordinateur. Les expériences
montrent qu'en combinant plusieurs visages (environ 32), on obtient
un résultat plus attrayant que si on prenait les individus
séparément. Évidemment, ça ne simplifie
pas les rencontres du samedi soir...
Première parution: Le Journal de Montréal, dimanche
20 février 2000
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