Faire peau neuve
par Michel
Marsolais
Il n'y a pas grand-chose de plus moche que d'être brûlé
grièvement. Personnellement j'aimerais mieux marcher sur
une mine antipersonnel ou aller voir le dernier film d'Elvis
Gratton que de subir ce genre de sévice.
Il y a une vingtaine d'années, une brûlure au
3e degré sur plus de 20 % du corps était souvent
fatale. Outre les cruelles souffrances, ceux qui en réchappaient
gardaient d'horribles cicatrices qui transformaient leur vie
de tous les jours en un véritable calvaire. Pas facile
de travailler au service à la clientèle quand on
ressemble au "Patient anglais".
Aujourd'hui, on peut sauver des gens qui des brûlures
graves sur 90 % du corps grâce aux greffes de peau qu'on
cultive in vitro. On greffe maintenant non seulement l'épiderme
mais aussi le derme, la partie plus profonde de la peau.
La technique de fabrication de l'épiderme a été
développée au Massachussets Institute of Technology
(MIT) par le Dr Howard Green et elle fut appliquée au
début des années 80.
Cultivée in vitro
L'idée consiste à prélever un échantillon
de peau saine d'environ 2 cm2 (souvent la plante des pieds chez
les grands brûlés). On sépare ensuite l'épiderme
du derme et on étend les cellules de la première
couche sur un tissu de fibroblastes qui servira de canevas.
En une semaine, les 2 cm prelevés donneront 300 cm2
de peau neuve. C'est cette peau qu'on pourra greffer sur le patient.
Mais la peau, ce n'est qu'une enveloppe. C'est un revêtement
complexe qui se renouvelle tous les 28 jours, protège
des rayons ultra-violets, synthétise la mélanine,
et héberge des éléments essentiels du système
immunitaire. Faire une peau aussi performante que l'originale
représente donc un défi. Lorsque la brûlure
est profonde et que le derme est profondément atteint,
on doit recourir à d'autres techniques. Il est possible
de recourir à des donneurs mais on se tourne de plus en
plus vers des substituts.
Le MIT a aussi travaillé sur des substrats dermiques
obtenus à partir du collagène de bovin.
De la peau de cadavre a sussi été utilisée.
Certains, comme les chercheurs impliqués dans une greffe
de main de cadavre sur patient Néo-Zélandais, croient
que ces greffes composites ouvrent une nouvelle voie dans le
traitement des grands brûlés. On pourrait ainsi
greffer des visages sur la charpente osseuse de brûlés
dont la peau, les muscles et les cartilages ont été
détruits.
L'équipe du professeur François Auger du laboratoire
d'organogénèse de Québec a aussi travaillé
sur la culture in vitro de derme endothialisé, c'est-à-dire
muni de cellules de parois de vaisseaux sanguins. Aux États-Unis,
on a aussi expérimenté avec succès une technique
singulière de régénération de la
peau en enfouissant la main d'un grands brûlés...
dans son abdomen. Après quelques semaines, la main ainsi
isolée avait refait suffisament de nouveaux tissus pour
qu'on puisse "tailler" une nouvelle main (les doigts
se soudent durant ce processus).
Peau de grenouille
Dans des pays comme le Vietnam, où la guerre a fait
nombreux grands brûlés, on a développé
des techniques originales pour soigner les victimes. Au centre
des grands brûlés de Hanoï, on utilise des
bandes de peau de grenouille pour isoler les plaies. Après
quelques temps, on enlève quelques unes de ces bandes
de façon à laisser la peau humaine prendre le dessus.
Toutes ces techniques ne sont pas parfaites mais la flamme des
chercheurs donne espoir aux brûlés.
Première parution: Le Journal de Montréal, dimanche
14 novembre 1999.
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