Aliments transgéniques: qui croire?
par Michel
Marsolais
Alors que se multiplient conférences et manifestations
sur le commerce des organismes génétiquement modifiés
(OGM), le public se demande qui croire dans cette affaire: des
écolos exaltés ou des scientifiques possiblement
à la solde de l'industrie.
Dans le débat sur les OGM, il faut admettre que les
scientifiques ont parfois l'air des chercheurs embauchés
par les compagnies de tabac pour venir dire que la cigarette
ne causait pas le cancer.
Pourtant, les OGM peuvent avoir d'énormes avantages
tant du point de vue de la productivité que de la santé.
Du riz transgénique pourrait ainsi empêcher chaque
année des milliers d'enfants de devenir aveugles dans
les pays pauvres à cause d'une déficience de la
vitamine A.
Et ce n'est pas d'hier qu'on modifie génétiquement
les aliments. Ce qui est nouveau ce sont les transferts de gènes
d'une espèce à une autre.
Et les choses vont vite. En 1995, les ventes d'aliments transgéniques
atteignaient 75 millions de dollars, cette année, elles
atteindront 3 milliards. D'ici 10 ans, le marché sera
évalué à 25 milliards de dollars par année.
Le projet d'un Protocole sur la biosécurité
n'a donc rien de farfelu. Il vise notamment à empêcher
la dissémination des gènes dans l'environnement.
Un gène qui repousse un insecte nuisible à une
plante pourrait par exemple se répandre dans la nature
et tuer les insectes utiles en s'incorporant à des plantes
sauvages.
On veut aussi réglementer le commerce. Une question
infiniment complexe en raison des réticences -souvent
irrationnelles- des consommateurs de plusieurs pays. L'Organisation
mondiale du commerce (OMC) ne permet pas d'interdire l'importation
d'un produit dont la nocivité n'est pas prouvée.
Or, dans le cas des OGM, rien de tel n'est prouvé, ce
qui n'empêche pas les opposants de vouloir limiter la circulation
de ces denrées et veiller à ce que les OGM soient
clairement identifiés.
Les grandes compagnies productrices d'OGM, comme Monsanto
et Novartis, il n'y a pas si longtemps concurrentes féroces,
ont conclu une alliance "afin d'éduquer et de démystifier
le public".
Et il ne faudra pas compter sur les gouvernements pour trancher
une question où les parties en présence manquent
visiblement d'objectivité.
L'absence de nocivité, par exemple, n'empêche
pas les écolos de parler de "bombes biologiques".
En Grande-Bretagne, Greenpeace est allé jusqu'à
arracher des plants transgéniques dans des champs.
Certains scientifiques sont furieux. George Poste, directeur
scientifique chez SmithKline Beecham, estime que les vrais dangers
sont l'ignorance et la démagogie.
Pendant ce temps dans son supermarché, le citoyen moyen
continue d'acheter son macaroni en boîte, ses surgelés
et ses produits noyés dans les préservatifs chimiques.
Mais au moins, ce n'est pas génétiquement modifié...
Première parution: Le Journal de Montréal, dimanche
30 janvier 2000.
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