La vie qui tombe du ciel
par Michel
Marsolais
TORONTO - La responsable de la section géologique
du Royal Ontario Museum ouvre le petit coffret pour me tendre
délicatement un bout de roche grise parfaitement lisse.
Pas peu fière, elle m'explique que ce petit caillou insignifiant
est un morceau de la planète Mars!
"Il y des gens qui disent ressentir des vibrations rien
qu'à y toucher", rigole la géologue.
Le caillou - comme d'autres météorites - a abouti
sur Terre dans le tumulte engendré par la création
de notre système solaire il y a des millions d'années.
Un météorite qui a frappé Mars a créé
un impact suffisant pour projeter un lot de cailloux en notre
direction dont celui-ci.
Le fait n'a en fait rien d'étonnant. La Terre est constamment
bombardée de débris spatiaux même si le champ
magnétique nous protège de la plupart d'entre eux.
Les étoiles filantes ne sont que de minuscules cailloux
qui créent une colonne d'air chaud derrière eux
alors qu'ils pénètrent notre atmosphère.
Ce qui est étonnant, c'est que dans ces météorites
on a retrouvé des traces d'acides aminés, les fondements
de la vie. De là à avancer que la vie sur Terre
est d'origine extraterrestres, il n'y avait qu'un pas que plusieurs
scientifiques ont déjà franchi.
L'affaire a évidemment l'air à première
vue d'un épisode de X-Files mais la théorie tient
la route: la vie aurait pu être le résultat de collisions
cosmiques: notre planète aurait été "ensemencée"
par des comètes ou des astéroïdes.
Les matériaux de base
Bref, les comètes, en entrant massivement en collision
avec la Terre il y a 4 milliards et demi d'années, auraient
peut-être livré les matériaux de base de
la vie à "l'usine" dont ils avaient besoin pour
se développer: les océans.
Une équipe de l'Université Stanford et du Centre
de recherches Ames à Mountain View en Californie, affilié
à la Nasa, s'est penchée sur un type particulier
de molécules: les hydrocarbures polycliques aromatiques
(PAH).
Ces molécules à base de carbone sont détectées
depuis longtemps dans des comètes et des météorites
(comme la fameuse météorite martienne ALH 84001).
Cette équipe a affirmé dans la revue Science que
ces PAH pouvaient vraiment se transformer en quelque chose d'aussi
complexe que la vie. En laboratoire, ils sont parvenus à
recréer le début du processus conduisant vers la
vie!
Alors qu'on a toujours cru que la vie était quelque
chose de fragile, il semble au contraire qu'elle soit résistante
en diable!
La vie sur glace
En décembre 1999, une nouvelle faisait ainsi frémir
la communauté scientifique : la découvertes de
bactéries préhistoriques dans un lac situé
sous les glaces de l'Antarctique (lire: La
vie au congélateur).
Autre choc plus important encore: les bactéries retrouvées
dans des fragments de glace du lac Vostok ont pu être "réveillées"
en laboratoire. Bref, ces petites bestioles du fond des âges
sont encore vivantes!
David Bird, du département des sciences biologiques
de l'Université du Québec à Montréal
(UQAM) est un des chercheurs qui a participé à
cette découverte étonnante. Il a pu observer au
microscope le réveil de ces bactéries vieilles
de 420 000 ans. Il aura suffi de faire grimper la température
à 3 degrés Celsius pour que les petits organismes
se mettent à respirer.
Si ces banales bactéries ont pu survivre des milliers
d'années dans la glace, loin de la lumière, les
implications sont nombreuses. Cela veut dire qu'on pourrait trouver
des formes de vies bactériennes dans les milieux les plus
hostiles comme Mars ou Europe, un satellite de Jupiter.
Plus troublant encore : même la vie extraterrestre pourrait
être d'origine extraterrestre.
Le Royal Ontario Museum est doté d'un important laboratoire
et travaille en collaboration avec la NASA. Des gens d'un peu
partout y apportent des cailloux pour analyse, pensant qu'il
s'agit peut-être de météorites.
Première parution: Le Journal de Montréal, dimanche
11 juin 2000.
|