Samba, Salsa, Rumba et Tango font leur place au soleil
par Michel
Marsolais
Ils s'appellent Samba, Salsa, Rumba et Tango et y a personne
qui bouge eux. Leur territoire, ce n'est pas le plancher de danse
mais le champ magnétique terrestre. Gravitant en formation
autour de la Terre, les quatre satellites du projet Cluster 2
sont chargés d'étudier les faiblesses de notre
système de défense anti-solaire.
Le Soleil, c'est bien joli et indispensable à la vie
sur Terre mais les particules électriquement chargées
qu'il dégage détruiraient vite toute existence
si nous n'avions aucune protection. Cette protection nous vient
du champ magnétique que dégage la Terre en tournant,
grâce à son noyau de fer.
" Le Soleil shoote des particules comme si c'étaient
des ballons (ou des rondelles). La Terre, c'est le but, et le
champ magnétique c'est le gardien de but ", explique
un des responsables du projet Cluster 2 à l'Agence spatiale
européenne. Les deux premiers satellites ont été
mis en orbite à la mi-juillet, les deux autres à
la fin-août. Le quatuor mettra toutefois un an avant
d'atteindre la position d'où ils pourront envoyer leurs
données.
Mais puisqu'on a un champ magnétique pour nous protéger,
pourquoi envoyer quatre satellites qui coûtent la peau
des fesses étudier le phénomène?
C'est que le champ magnétique terrestre n'est pas un
gardien de but parfait. S'il bloque la plupart des lancers, il
en laisse passer quelques uns.
Du relâchement aux pôles
Sa faiblesse : les pôles! A ces endroits, le champ magnétique
forme deux cornets qui laissent entrer les particules. Ce phénomène
provoque dans la haute-atmosphère les aurores boréales
(ou australes pour ceux qui vivent plus près du pôle
Sud).
Les particules dégagées par les éruptions
sur notre étoile -qu'on appelle aussi le vent solaire-
voyagent à une vitesse 1800 fois supérieure à
celle d'un avion supersonique et nous atteignent en quelques
jours. Il arrive parfois, lors de tempêtes solaires violentes,
que certaines particules fassent le trajet en moins d'une heure.
Des pannes
Si les aurores boréales sont un spectacle fascinant,
l'intrusion des particules solaires dans notre atmosphère
a d'autres effets moins plaisants comme celui de provoquer des
pannes de courant (le Québec en a connu une en 1989),
de perturber les radios, les radars et les transmissions électriques.
Ces particules auraient aussi un effet néfaste sur
la santé puisqu'il s'agit d'irradiation.
Si Cluster 2 ne peut pas grand chose pour notre santé,
il peut néanmoins étudier des zones spécifiques
comme celles où se croisent les satellites de communication,
de navigation et de météorologie.
Outre les pôles, le champ magnétique serait atteint
de plusieurs autres petites faiblesses, qui le tranforment par
endroits en passoire.
Même si on n'attend pas de résultats tangibles
de cette mission avant deux ans, le projet Cluster 2 semble cette
fois parti du bon pied après un mauvais départ
il y a quatre ans.
Les satellites de la mission Cluster 1 avaient tous été
détruits lors de l'explosion de la fusée Ariane
5, en 1996. Il aura donc fallu tout redémarrer et le projet
s'est finalement rabattu sur les bonnes vieilles fusées
russes Soyouz.
D'ici quelques mois, Samba, Salsa, Rumba et tango devraient
donc avoir fait leur place au Soleil.
Première parution: Le Journal de Montréal, dimanche
20 août 2000.
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