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Science pour tous: sommaire


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Science pour tous est une production du Journal de Montréal et de l'Agence Science-Presse

 

Le bon, la brute ou le truand


par Michel Marsolais


L'écrivain Jean-Jacques Rousseau prétendait que l'homme naissait " bon " et que c'était le contact de la société qui finissait par le rendre méchant. Et si c'était finalement le contraire qui était vrai?


Au Québec, quelques crimes sanglants au moment où se déroulait un congrès de victimologie auront donné lieu au cours des dernières semaines à un autre débat sur les causes de la violence et les moyens de la prévenir. Emportés par leurs bons sentiments, certains bien-pensant semblent croire que la violence est un accident de la nature, voire une anomalie d'origine presque extraterrestre.

Mauvaise nouvelle : l'agressivité est un des comportements les plus naturels des humains et ce dès la naissance!

Richard Tremblay, chercheur en psycho-éducation à l'Université de Montréal, en connaît un bout en matière de violence puisqu'il étudie le phénomène depuis une trentaine d'années. Pour lui, il ne fait pas de doute que l'agressivité est un comportement inné. L'agressivité atteindrait son paroxysme chez l'humain à l'âge de... deux ans! A cet âge, à peu près tous les enfants ont agressé quelqu'un (frappé, mordu, etc.), souligne-t-il.

Sauf que, paradoxalement, c'est au contact de la société que l'enfant apprend à contrôler sa pulsion de violence pour adopter des comportements plus sociaux. A l'exception de quelques-uns, qui n'apprennent jamais.


Qui c'est qui est très gentil ?

Le problème n'est donc pas que l'environnement a rendu certains individus violents mais plutôt que cet environnement ne leur a pas permis de se débarasser de leurs réflexes d'agressivité. Nuance.

Cette thèse est d'ailleurs de plus en plus accréditée dans les milieux de la recherche. Après tout, l'homme n'a pas réussi à dominer la planète en étant le plus gentil mais en étant le plus teigneux. L'agressivité est à la base de tous les comportements de survie. Vous imaginez un homme des cavernes qui n'oserait faire mal aux animaux?

Une étude à l'Université de Caroline du Nord a aussi montré qu'on parvenait mieux à stimuler les comportements agressifs chez les souris en les isolant plutôt qu'en les entraînant à se battre avec d'autres. Bref, on n'a besoin de personne pour être agressif.

Faut-il conclure au contraire que le contact social rend bon ?


Un peu de chimie du cerveau

Cela n'empêche pas les chercheurs de se pencher sur le phénomène et parfois de trouver des pistes d'explication. La violence est un gâteau fait de plusieurs ingrédients. La sérotonine, un neurotransmetteur qui agit sur la gestion des émotions, serait ainsi impliquée dans des cas de violence pathologique lorsqu'elle se trouve en trop faible quantité dans l'organisme.

En suivant notamment un groupe de garçons sur plusieurs décennies, les chercheurs de l'Université de Montréal sont déjà en mesure d'affirmer qu'on peut détecter les futurs criminels dès la maternelle. Environ le tiers des garçons suivis manifestaient des problèmes de violence dès le départ. Environ 4 % sont devenus des criminels endurcis.

Mais, constate Richard Tremblay, il faut admettre que la plupart des actes de violences qui défraient nos manchettes sont commis par des individus qui n'ont pas d'antécédents de violence et qu'on ne saurait décrire comme des agressifs pathologiques.

Il semble qu'en ce qui concerne la violence, plus vous chassez le naturel et plus il revient au galop.


Première parution: Le Journal de Montréal, dimanche 3 septembre 2000.

 

 

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