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Science pour tous est une production du Journal de Montréal et de l'Agence Science-Presse

 

Plus de 100 vols pour la navette


par Michel Marsolais


Son allure reste d'avant-garde mais sa technologie remonte déjà aux années 70. Qu'importe! Malgré ses défauts et son coût d'opération élevé, la navette spatiale américaine demeure le pivot du programme des vols habités de la NASA et elle n'est pas prête d'être remplacée.


La navette spatiale s'est envoyé en l'air, en octobre, pour une centième fois. Et si le spectacle des lancements devient lassant pour certains, il reste un tour de force qui nécessite l'appui d'une infrastructure gigantesque.

Tournant la page sur les fusées à usage unique, la NASA voulait faire de la navette spatiale un taxi volant vers l'espace avec des vols presque hebdomadaires.
Cette partie du rêve s'est évanouie avec le désastre de la navette Challenger en 1986.

Aujourd'hui encore, chaque lancement relève de l'exploit et nécessite une minutie extrême de la part d'une armée de spécialistes. Même après tant d'années, plusieurs d'entre eux admettent qu'ils versent encore une larme à chaque décollage.


Comme en 4 X 4 sur une mauvaise route

Les huit minutes et demie qui suivent le décollage sont cruciales. C'est le temps que met la navette à sortir de l'atmosphère pour se mettre en orbite.

"C'est comme si on roulait en 4 X 4 sur un mauvais chemin de terre puis qu'on arrivait sur une route pavée", explique l'astronaute canadien Dave Williams, maintenant responsable de la Direction des sciences spatiales et de la vie de la NASA à Houston.

Débarrassée de ses propulseurs latéraux et de son réservoir principal, la navette continue de faire fonctionner ses moteurs pour encore six minutes et les astronautes subissent alors une forte pression de 3 G. Puis les moteurs s'arrêtent et c'est le silence. Le corps des astronautes est projeté vers l'avant et ces derniers subissent les premiers désagréables effets de l'apesanteur (visage bouffi, mal de coeur etc.). La mission peut commencer.


Des améliorations

La navette a subi plusieurs améliorations au fil des ans. Comme une Formule-1 qu'on fignole dans ses moindres détails. Et les résultats sont là. Les navettes ont transporté dans l'espace plus de 250 personnes, plus d'un million de kilos de matériel et parcouru 500 millions de kilomètres.

La navette spatiale s'est trouvée une véritable vocation avec la construction de la Station spatiale internationale. Enfin, elle aura une destination et méritera pleinement son nom.

Malgré tout, certains pensent que les jours de la navette pourraient être comptés. De nouveaux prototypes de vaissaux réutilisables se profilent dans le paysage, poussés par des sociétés aérospatiales qui pourraient empocher des milliards.

L'objectif en partie est de réduire le coût du transport du matériel dans l'espace. Actuellement, il en coûte plus de 10 000 $ le kilo pour amener du matériel en orbite avec la navette. De nouveaux appareils prétendent couper ce prix par quatre ou cinq.
Lockheed a déjà testé un prototype -le X-33- précurseur du Venture Star, un gros appareil capable de décoller à la verticale, d'atterrir à l'horizontale et qui pourrait faire ses début d'ici cinq ans.

Mais les astronautes de la NASA sont sceptiques. Pour eux, la navette est comme le bon vieux B-52, un appareil fiable qui peut être utilisé pendant un demi-siècle.

Le centième vol de la navette aura donc été atteint beaucoup plus tard que prévu mais chacun de ses lancements est une histoire en soi. Une histoire qui n'est pas prête de s'éteindre.


Première parution: Le Journal de Montréal, dimanche 15 octobre 2000.

 

 

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