Lendemain de veille
par Michel
Marsolais
Le temps des Fêtes est rempli de ces lendemains douloureux
où chacun se dit "plus jamais"... jusqu'au prochain
verre. Depuis l'Antiquité, l'histoire est parsemée
de beuveries témoignant de l'attrait irrésistible
de l'humain pour l'alcool. Des études ont beau montrer
qu'un verre de rouge quotidien est bon pour les artères,
une bouteille de tequila durant le 5 à 7, ça ne
fait pas seulement du bien...
Outre ses effets euphorisants, l'alcool a des effets psychologiques
reconnus. Pour le mâle, la consommation d'alcool est étrangement
associée à une forme de virilité. Dans certains
milieux, ne pas finir votre 12e bière peut vous valoir
un titre peu flatteur.
L'alcool produit aussi dans le cerveau de l'homme l'impression
soudaine d'être devenu irrisistible auprès des femmes.
Celles-ci auront beau repousser le gros dégoûtant
qui leur bave sur l'épaule, il croira qu'on est en train
de le flirter.
Il est vrai qu'après quelques verres, la plupart des
hommes sont capables de voir Cindy Crawford dans la plupart des
femmes. Cette poussée de libido est bien sûr illusoire
car, physiologiquement, l'alcool est le pire ennemi des performances
sexuelles et il n'y a pas plus mauvais amant qu'un gars saoul
mort.
Moins de testostérone
L'alcool abaisse en effet le niveau de testostérone
(l'hormone sexuelle mâle) dans le sang. Les gros buveurs
se retouvent d'ailleurs souvent avec une perte totale de libido,
même au club de danseuses.
La perte de libido liée à l'alcool ne se limite
pas au soir de la cuite mais peut avoir des effets à long
terme, affirme Mary Ann Emanuele, du Loyola University Strich
School of Medecine, en Illinois. L'alcool peut ainsi affecter
les nerfs responsables de l'érection et même détruire
des cellules dans les testicules. L'alcool peut parfois conduire
à l'impuissance permanente s'il y a consommation abusive
pendant une période allant de 5 à 10 ans.
Même la consommation modérée d'alcool
n'est pas sans conséquence. Une étude de l'Université
d'Helsinki, en Finlande, a montré qu'une consommation
de cinq bières entraîne un déclin de la production
de sperme. Les spermatozoïdes produits ont également
moins de capacité que la normale de féconder un
ovule.
Perte musculaire
Des recherches associent aussi l'alcool à des pertes
de masses musculaires et osseuses menant souvent à l'ostéoporose.
Pire, la consommation excessive d'alcool peut mener à
une féminisation des caractères comme le développement
des seins et l'élargissement des hanches. Ce phénomène
serait causé par des dommages au foie qui métabolise
les hormones sexuelles.
Les femmes sont affectées à peu près
de la même manière par l'alcool. Si quelques verres
peuvent souffler les inhibitions et activer les hormones sexuelles,
les abus peuvent conduire à la perte de libido et à
la perturbation du cycle menstruel. "Même de faible
quantité d'alcool peuvent causer l'infertilité
en supprimant l'ovulation", affirme Mary Ann Emanuele.
Côté séduction, l'alcool ne fait pas grand-chose
pour vous non plus. Outre le côté désagréable
d'une haleine de bière, l'alcool a des effets dévastateurs
sur la peau, produisant un effet de vieillissement rapide.
Les lendemains de veille, même Tom Cruise n'est pas
beau à voir.
Première parution: Le Journal de Montréal, dimanche
9 janvier 2000.
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