Une autopsie qui arrive 5000 ans plus tard
par Michel
Marsolais
En mourant, certains hommes atteignent des sommets de gloire
parce qu'on se rappelle les faits marquants de leur vie. Pour
un chasseur européen, décédé il y
a 5300 ans, la célébrité est venue de la
seule découverte de son cadavre.
Retrouvé congelé dans un glacier, notre homme primitif
a été découvert par deux alpinistes allemands
en 1991, près de la frontière entre l'Autriche
et l'Italie. Malgré son âge avancé, ses vêtements,
ses armes et ses outils montraient qu'il n'était finalement
pas si primitif que ça.
Baptisé Oetzi par les uns, Hibernatus par les autres,
l'homme des glaces a fait l'objet d'une âpre dispute entre
les deux nations, avant de se retrouver finalement en Italie.
Notre Hibernatus est resté exposé dans le congélateur
au cours des dernières années mais on s'est décidé
à pousser plus loin l'investigation sur son décès.
Il a donc été ramené récemment à
température de la pièce, le temps de prendre quelques
échantillons de tissus et d'os dans le laboratoire du
Musée d'Archéologie du Sud Tyrol à Bolzano,
en Italie.
Pendant quatre heures, les chercheurs du Musée ont
gratté les os et introduit un endoscope dans les organes
de leur célèbre pensionnaire momifié. Ces
échantillons seront étudiés dans une douzaine
d'instituts de recherche. Rarement un cadavre s'est-il mérité
autant d'attention de la communauté scientifique.
Un expert en médecine légale de l'Université
de Glasgow tentera ainsi de déterminer de quoi est mort
ce chasseur préhistorique en examinant ses os et des échantillons
de sang. Plus de 50 siècles après son décès,
on devrait savoir si Hibernatus est mort de cause naturelle ou
de mort violente.
Des dents à l'ADN
À Zurich, d'autres scientifiques analyseront les dépôts
de plomb sur les dents du défunt, ce qui donnera des détails
sur son environnement.
Des chercheurs britanniques et italiens se chargeront d'examiner
l'ADN de l'homme des glaces de même que ses microbes intestinaux.
L'anthropologue italien Franco Rollo précise que les
tests d'ADN -l'analyse des gènes- viseront aussi à
déterminer si Hibernatus est un ancêtre commun aux
habitants actuels des Alpes. Voilà de quoi mettre un personnage
illustre dans son arbre généalogique.
Les scientifiques examineront aussi les étranges tatouages
qu'Hibernatus portait aux chevilles et aux genoux pour déterminer
s'il s'agit d'une forme ancienne d'acupuncture ou si ces marques
ont été fait après le décès
du chasseur alpin.
Les résultats de tous ces tests pourraient être
connus au printemps 2001.
En attendant, Hibernatus a repris sa place parmi les artefacts
du musée, même si une certaine controverse persiste
entre Autrichiens et Italiens à son sujet.
Des nationalistes autrichens -qui n'ont jamais accepté
l'annexion du Sud Tyrol par l'Italie après la Première
Guerre mondiale- ont déjà fait des menaces pour
empêcher l'homme des glaces d'établir sa résidence
du côté italien.
Même la mort, semble-t-il, n'efface pas toutes les controverses.
Première parution: Le Journal de Montréal, dimanche
22 octobre 2000.
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