Par Marie-Sandrine
Auger
Agence Science-Presse, 20 avril
2005
En France,
le lait de jument fait tranquillement son apparition
aux rayons des aliments qui guérissent tout. C'est
à grandes gorgées que ses adeptes en boivent pour
diminuer leur stress ou améliorer leur digestion.
Ajouté aux produits cosmétiques, il deviendrait
un protecteur de la peau contre le psoriasis et
autres maladies cutanées. Panacée ou un simple goût
d'exotisme?
En Asie centrale, une fois fermenté,
le lait de jument devient une boisson traditionnelle,
le koumiss. Alors qu'en Europe occidentale, il s'inscrit
au rang des cures de jouvence dernier cri. La production
destinée à la consommation humaine se fait de façon
artisanale, ce qui explique son prix (17$ le litre).
On dénombre une dizaine de producteurs en France,
en Belgique et en Allemagne.
Selon
un rapport de la FAO (Organisation des Nations
Unies pour l'agriculture et l'alimentation), le
lait de l'espèce équine, se démarque par sa forte
concentration de vitamine C. Des analyses des compositions
de divers laits démontrent que le lait de jument
se rapproche de celui de l'espèce humaine,
surtout pour les teneurs en protéine et en caséine
(une protéine soluble qui facilite la digestion).
Malgré cette ressemblance, le rapport de cet organisme
des Nations unies ne justifie pas sa consommation
comme substitut du lait humain. Il spécifie au contraire
que l'intérêt nutritif d'un lait diminue s'il est
destiné aux membres d'une autre espèce.
Dans le domaine de la recherche, les
scientifiques canadiens s'intéressent davantage
au lait bovin et à ses composantes qu'à celui équin.
Mais les quelques données dont il dispose conduisent
Paul Paquin, vice-doyen à la recherche de la Faculté
des Sciences de l'Agriculture et de l'Alimentation
de l'Université Laval, à affirmer que tous
les mérites attribués à ce lait semblent mitigés.
Par exemple, bien qu'il soit considéré
sans danger pour les personnes allergiques au lait
de vache, le lait de jument se révèlerait un allergène
pour d'autres. Ce sont "les protéines bovines (qui)
causent l'allergie au lait. Naturellement, le lait
équin n'en contient pas", observe M. Paquin, également
membre du Centre
de recherche en sciences et technologie du lait.
Mais cela n'empêche pas qu'un individu "peut développer
une allergie au lait de jument. Si on n'en entend
pas parler, c'est peut-être parce que le lait de
vache compte un très grand nombre de consommateurs,
ce qui facilite la détection des gens allergiques".
Pour entretenir la beauté de sa peau,
Cléopâtre se baignait dans le lait d'ânesse et de
jument. Or, d'après les observations de Paul Paquin,
le lait de vache aurait suffi. "Ce phénomène n'est
pas uniquement associé au lait de jument, il est
connu de la littérature scientifique que tous les
différents laits contiennent certaines molécules
qui peuvent avoir des effets sur le tissu cutané.
Présentement, la compagnie Advitech de Québec a
réalisé une étude clinique chez l'humain sur le
psoriasis avec une fraction très spécifique du lait
bovin." 
Qu'en est-il des vertus antistress
du lait de jument? Eh oui, le lait de vache les
possède aussi… Des recherches effectuées par un
confrère de M. Paquin, Yves Pouliot, ont démontré
que la consommation à fortes doses de certains peptides
(constituant des protéines) retrouvés dans le lait
de vache procurerait des effets calmants.
Alors, en attendant que la mode ne
traverse l'Atlantique, pour les curieux qui s'impatientent
de goûter au lait de jument, qui a, paraît-il, un
goût de coco et de noisette, ils se contenteront
d'un bon verre de lait de vache. Ils y trouveront
presque toutes les mêmes vertus… pour beaucoup moins
cher!