

Les supermarchés
plongent dans le bio
Par René Bélanger, Bio-Bulle,
avril 2002
La distribution des produits biologiques au Québec
était surtout l'affaire, il y a quelques années à peine,
des magasins de produits naturels et des magasins indépendants
d'alimentation générale. Ces moyens sont toujours dynamiques
et accessibles, mais avec l'entrée en scène des supermarchés,
la distribution et la commercialisation des produits
bio connaissent une véritable révolution.
La distribution des produits biologiques
dans les supermarchés s'est accentuée en l'espace de
quelques années. Le leader de la distribution au Canada,
Loblaw Companies Limited, qui détient Provigo, a même
commencé à vendre des produits biologiques sous une
marque privée On est loin du producteur qui vend ses
produits à la ferme et qui profite d'un contact privilégié
avec le client. Un paradoxe? Peut-être, mais la réalité
est que de plus en plus de consommateurs veulent et
exigent des produits bio.
Dans les supermarchés Métro, on peut retrouver
jusqu'à 900 produits biologiques sous un même toit.
L'approvisionnement de ces produits est en livraison
directe (ne transige pas par les entrepôts), et les
fournisseurs doivent être accrédités par Métro. Depuis
l'an dernier, l'entreprise offre une formation spécialisée
à ses détaillants par le biais de son École des professionnels
Métro. Les détaillants apprennent entre autres l'origine
des produits biologiques, la différence entre l'agriculture
conventionnelle et l'agriculture biologique, et les
règles de la certification Sobey's est une autre chaîne
à avoir évolué rapidement en faveur des produits bio.
Les plus récentes données que nous avons sur cette bannière
remontent cependant à deux ans. Chez Provigo inc, les
produits biologiques sont également là pour rester.
L'entreprise a même créé une cinquantaine de produits
de marque privée Le Choix du président avec la
certification biologique. La directrice principale des
affaires corporatives de Provigo, Josée Bédard, assure
que plusieurs de ces produits sont fabriqués au Québec,
dont les collations aux pommes, le sirop d'érable, la
sauce pour pâtes, les huiles et le thé. En recours à
une marque privée, Provigo souligne vouloir mieux répondre
à la demande et atténuer les inquiétudes voulant que
les aliments biologiques sont difficiles à trouver et
qu'ils sont plus chers. Comme l'entreprise peut rencontrer
des difficultés d'approvisionnement, certains de ces
produits seront dans un premier temps distribués en
quantité limitée selon la disponibilité. Quant au prix
compétitif, Provigo mise sur l'équation magique de l'offre
et de la demande. L'entreprise souhaite en arriver à
offrir une gamme de produits pour l'ensemble des catégories.
Josée Bédard affirme que l'approvisionnement
au Québec est une priorité, mais il semble néanmoins
difficile actuellement de trouver une offre suffisante
pour répondre à la demande. Cette question préoccupe
La
Fédération d'agriculture biologique du Québec,
qui s'affaire à regrouper les producteurs afin d'assurer
un approvisionnement stable. Si les résultats sont prometteurs
en ce qui concerne le lait et le sirop d'érable, il
reste beaucoup à faire pour les fruits et légumes et
les produits transformés. La directrice générale de
la Fédération, Lucie Gionet, croit qu'il est nécessaire
de consolider l'offre des produits québécois puisque,
autrement, ce sont les producteurs de l'étranger qui
se pointeront. La Fédération défend par ailleurs l'idée
de voir les organismes de certification adopter un logo
unique pour identifier les produits biologiques du Québec.
Une place sur les tablettes
Malgré un intérêt évident des principaux
distributeurs, la partie n'est pas pour autant gagnée
pour les petites entreprises La
Caravane du marketing, qui s'est arrêtée
à Sherbrooke l'hiver dernier, l'a bien illustré en rappelant
que les places disponibles sur les tablettes se font
de plus en plus rares. Pour réussir à percer, ces entreprises
devront faire preuve d'audace, de créativité et de connaissances
dans la gestion Elles devront apprendre à jouer dans
la cour des grands. Il faut dire que la grande distribution
est elle-même soumise à des contraintes. L'une de ces
contraintes est la gestion de l'espace. Comme les surfaces
des magasins ne sont pas extensibles, une gestion serrée
doit être faite pour retenir un nouveau produit et en
retirer un autre. Des critères économiques seront considérés,
tels que l'espace occupé par le produit, la marge bénéficiaire,
le roulement et la complémentarité du produit, mais
aussi des critères commerciaux comme les efforts de
publicité et de promotion du fabricant. Une autre contrainte
est celle de la rentabilité puisque la soif des actionnaires
et des propriétaires des différentes chaînes est grande.
Ainsi, un produit moins performant devra céder sa place
à un autre qui devra faire mieux. Une dernière contrainte
qui mérite d'être soulevée est l'ouverture des marchés.
La grande distribution a l'embarras du choix tout en
sachant qu'elle ne peut loger tous ces produits à l'intérieur
des magasins. Dès lors, l'accès aux différents réseaux
ne repose plus sur la seule qualité gustative d'un produit.
Les critères de sélection
Connaître les principaux critères et les
exigences de sélection des distributeurs alimentaires,
c'est se donner une chance de se tailler une place sur
les tablettes. Il faut avoir une bonne connaissance
du marché et de la concurrence. Dans certains cas, cette
connaissance pourra s'appuyer sur des études ou encore
sur l'expérience acquise par les dirigeants au cours
des années. Un deuxième critère est la conformité du
produit, qui regroupe des éléments techniques que sont
le respect des différentes législations ayant traits
aux produits alimentaires, aux caractéristiques physiques
du produit (conditions d'entreposage, durée de conservation,
dimension...) et aux exigences technico-commerciales
(code CUP, conformité de l'emballage, conditions de
livraison). Enfin, les différents acheteurs exigent
de plus en plus un programme d'actions commerciales
associées au lancement et au maintien des produits.
De la place pour les petits ?
Malgré tout, la Caravane du marketing
croit qu'une petite entreprise peut faire sa place
dans les supermarchés Ses dirigeants devront cependant
démontrer des qualités de stratège et de gestionnaire
dans les différents domaines de la production, de la
gestion et de la commercialisation. Tous les efforts
doivent être orientés de manière à accroître la confiance
des acheteurs. La Caravane du marketing cite
l'expression tirée du livre de J. Jennings et Laughton,
à savoir que dans le contexte actuel, " ce ne sont
pas les plus gros qui mangent les plus petits, mais
ce sont les plus rapides qui mangent les plus lents
" .