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L'ÉVOLUTION DU CONCEPT D'AMÉNAGEMENT DURABLE DE LA FORÊT

 

Par Christian Messier, Ing. F., Ph.D. Professeur d'écologie forestière GREFi, UQAM

Le concept d'aménagement durable de la forêt semble faire l'unanimité parmi les décideurs, la population en général, l'ingénieur forestier et l'industrie forestière. Il s'agit d'un concept important puisqu'il présuppose qu'il est possible d'exploiter la ressource forestière tout en y préservant son intégrité écologique. Le problème majeur de ce concept, par contre, est qu'il est suffisamment confus pour permettre à tout le monde d'y trouver son compte. Cet article tentera de démystifier et d'expliquer un peu mieux ce que "pourrait/devrait " vouloir dire ce concept pour l'aménagement de notre belle et grande forêt québécoise. Il faut reconnaître d'emblée que ce qu'il propose peut paraître, pour certains, quelque peu utopiste, mais nous nous devons de conserver un esprit ouvert et d'essayer de regarder les choses différemment.

La philosophie de l'aménagement forestier au Québec (et ailleurs) a fortement évolué au cours des 100 dernières années et elle continuera à le faire à l'avenir. Des choses familières et qui nous sont chères, très chères même, vont disparaître pour engendrer des choses étranges et imprévues pour lesquelles nous n'avons pas été formés ou préparés. Il s'agit cependant d'essayer de comprendre et d'apprivoiser ces changements pour pouvoir continuer à faire évoluer le concept d'aménagement forestier durable.

Pour ce faire, il nous faut absolument comprendre et différencier entre aménager pour améliorer la qualité du peuplement forestier à des fins de production de fibre, de sève ou de gibier et aménager l'écosystème forestier pour y prélever une certaine quantité de ressource tout en y améliorant ou préservant son intégrité écologique. Dans le premier cas, on aménage le peuplement forestier pour en tirer une ou des ressources particulières à perpétuité, tandis que dans le deuxième cas, on aménage l'écosystème forestier pour pouvoir en tirer une ou des ressources particulières à perpétuité sans en modifier son intégrité écologique. Améliorer la qualité d'un peuplement forestier ne veut pas nécessairement dire que nous améliorons ou maintenons la qualité de l'écosystème forestier. Les Suédois et les Finlandais ont travaillé très fort au cours des 100 dernières années pour améliorer la qualité de leurs peuplements forestiers, mais ce faisant ils ont plus ou moins "détruit" leurs écosystèmes forestiers. Il ne faudrait surtout pas que le Québec en fasse autant.

De plus en plus, les scientifiques s'entendent pour dire que pour maintenir l'intégrité écologique de nos écosystèmes forestiers exploités, il nous faut le plus possible essayer de recréer par la coupe le ou les type(s) de perturbation(s) naturelle(s) que l'on retrouve(nt) dans ce même écosystème. Pour ce faire, on suggère donc de pratiquer un type d'aménagement que l'on qualifie d'écosystémique ou écologique. En quelques mots, pour être écologique, l'aménagiste forestier se doit d'aménager l'écosystème dans son entier et non pas seulement les arbres, une seule espèce d'arbre, ou peuplement par peuplement. Il doit de plus y maintenir en tout temps une composition, structure et un fonctionnement qui se rapprochent le plus possible de ce que l'on retrouve dans une forêt naturelle. Il est important de noter que l'aménagement écosystémique est recommandé explicitement dans le document d'orientation qui accompagne l'annonce de la modification du projet de loi sur les forêts du Ministère des Ressources Naturelles du Québec.

Mais pourquoi faut-il absolument préserver l'intégrité écologique de l'écosystème forestier ? Principalement parce que nous reconnaissons de plus en plus la complexité des relations qui unissent les différentes composantes d'un écosystème forestier. Cette complexité est telle que nous n'avons aucune garantie de pouvoir modifier la composition, la structure et/ou le fonctionnement d'un écosystème donné sans en compromettre son équilibre écologique à long-terme. Si nous prenons l'exemple de l'érablière, une étude fort intéressante a montré que les feuilles mortes de l'érable à sucre auraient tendance à acidifier le sol, tandis que celles de certaines espèces compagnes, comme le tilleul et le bouleau jaune, auraient l'effet contraire. Quand on sait que l'acidification du sol serait grandement responsable du dépérissement des érablières, on peut comprendre qu'il est dangereux de modifier indûment la composition de l'érablière. La prudence nous indique donc qu'il ne faut pas éliminer des " pièces " du " moteur " qui font fonctionner l'écosystème que nous appelons " forêt ", puisque nous ne connaissons pas encore assez comment cette machine fonctionne.

 

Notions de base essentielles

Quelles seraient donc les notions de base essentielles pour mettre en pratique le concept d'aménagement durable de la forêt ? Les quatre étapes pratiques suivantes constitueraient certainement un bon début:

(1) Adopter le principe de l'aménagement écosystémique ou écologique, soit :

  • Reconnaître le caractère dynamique et changeant de la forêt

  • Aménager l'écosystème dans son entier et non pas seulement pour quelques espèces d'arbres

  • Adopter une échelle d'aménagement qui englobe à la fois le peuplement, le paysage et la région (aménager plus grand que ce que nos yeux peuvent voir !)

  • Baser nos interventions sur une bonne compréhension des perturbations naturelles, de la dynamique successionnelle et l'autécologie des espèces

  • Varier dans le temps et l'espace les types de coupe que nous effectuons pour recréer la variabilité naturelle qui existe en nature. Il ne faut surtout pas ne développer qu'un seul et unique type d'intervention pour un certain écosystème, sinon nous risquons d'éliminer une des composantes essentielles à la bonne marche d'un écosystème forestier, soit sa variabilité.

(2) Conserver une proportion significative (au moins 12%…et peut-être plus) du territoire forestier de toute intervention forestière. Il nous faut absolument conserver des " témoins " pour pouvoir évaluer les impacts de nos expériences d'aménagement écosystémique sur la majeure partie du territoire.

(3) Utiliser un principe diversifié d'utilisation des terres dans l'atteinte de nos objectifs de production et conservation. Un calcul permet d'illustrer un exemple, plutôt conservateur, de la production forestière possible en volume de bois sur l'ensemble du territoire forestier productif et accessible du Québec selon un scénario d'allocation du territoire en quatre zones (Voir le tableau) . Une de ces zones serait réservée pour la ligniculture, ou ferme forestière, qui implique la culture très intensive d'arbres pour la production de fibre. Ce scénario permettrait de produire pour l'ensemble du Québec quelque 54.8 millions de m3 de bois par année, comparativement aux quelque
37 millions que nous extrayions actuellement. Ce scénario permettrait aussi de sauvegarder au moins 12% du territoire de toute exploitation forestière et d'aménager un autre 74% de façon écosystémique, tout en ne consacrant qu'environ 10% du territoire pour un aménagement intensif et 4% pour de la ligniculture.

(4) Adopter le principe de l'aménagement adaptatif et ne pas créer une réglementation trop restrictive. Il faut promouvoir " la fin et non le moyen " afin d'arriver à nos objectifs d'aménagement durable de notre forêt.

Suite de l'article

 

Reproduit avec l'aimable autorisation de la revue
Le Progrès Forestier , édition Été 2001

 

Texte mis en ligne le 4 septembre 2001

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Recherche et rédaction:
Annie Cloutier


 
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