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L'homme qui plante des érables

 

Par Brigitte Asselin,
Reproduit avec l'aimable autorisation de la revue
Le Progrès Forestier ,
édition Hiver 2004

Au détour d'un petit rang de Saints-Anges, une majestueuse maison trône sur un immense terrain bordé de grandes haies. La maison fait face à l'érablière de l'autre côté de la rue, tandis que le terrain est juxtaposé à une plantation d'érables âgée de douze ans. Ce sont les érables que M. Marcel Faucher a plantés, graine après graine, à partir des arbres de l'érablière paternelle. On peut dire que le hasard ainsi que des circonstances particulières l'ont amené vers une plantation. Et une grande passion pour ce projet s'est bientôt développée…

Tout a commencé en 1982, alors qu'il travaille au ministère de l'Environnement à Sainte-Foy comme technicien chimiste en laboratoire. Il demeure à cette époque à Saint-Jean-Chrysostome, sur la Rive-Sud de Québec. C'est la grosse période des pluies acides et le ministère de l'Environnement entreprend des recherches sur le dépérissement des arbres dans la forêt Montmorency. Marcel Faucher devient en charge des collectes de pluies à travers toute la province pour fins d'analyse.

 

Les érables menacés

À la même époque, suite au décès de son père, il prend la relève de l'érablière de 15 arpents. "Je suis venu au monde dans une érablière, pour ainsi dire. Puis, lorsque j'en ai pris possession, je me suis mis à monter toutes les fins de semaine pour y travailler et je prenais toutes mes vacances dans le temps des sucres." Tout en poursuivant ses travaux réguliers sur l'érablière, il constate les dégâts des pluies acides qui commencent à être plus visibles. On craint qu'à ce rythme-là, les érablières disparaissent d'ici cinquante ans. Il cherche donc des solutions pour éviter les dommages. En 1984, il est le premier à faire l'application d'engrais chimiques dans son érablière. Les résultats sont probants : ce traitement renforce beaucoup les érables.

Puis, la terre située juste en face de son érablière devient en vente en 1987. Elle mesure 6 arpents par 10 et appartient à un cultivateur qui a décidé d'abandonner l'agriculture. Germe alors l'idée de tenter quelque chose pour aider ses arbres à être plus résistants face aux pluies acides. "Je me suis dit: "Je vais acheter cette terre et la reboiser en érables en choisissant, dans mon érablière, les sujets les plus en santé avec le meilleur taux de sucre. Je vais cueillir les samares de ces arbres-là, partir une pépinière et planter." Je ne savais pas dans quoi je m'embarquais, évidemment ! C'était un très gros projet."

Malgré le fait qu'il n'est pas ingénieur forestier, il s'intéresse déjà à la foresterie. En effet, le laboratoire du ministère de l'Environnement où il travaille se trouve au centre scientifique du gouvernement du Québec à Sainte-Foy. Ce centre réunit toutes les bibliothèques des ministères et monsieur Faucher s'y rend régulièrement pour lire des revues de foresterie. Il se rend très vite compte qu'il n'existe aucune expertise en reboisement de feuillus au Québec. Même au Syndicat des producteurs de bois de la Beauce, on ne recommande pas nécessairement le reboisement en feuillus à cause des nombreuses difficultés. En fouillant, il trouve de la documentation de France, d'Angleterre et des États-Unis sur la façon de démarrer une pépinière de feuillus. "Je me suis renseigné et j'ai appris comment prélever une samare d'érables, comment la conserver, la sécher, lui faire faire de la stratification, etc. !"

 

La pépinière

Il sélectionne seize " érables-mères " selon leur résistance particulière aux pluies acides et leur taux de sucre, desquels il prélèvera les samares à l'automne 1988. Elles devaient être cueillies directement dans les arbres et à un moment précis dans l'année. Labourer et herser la terre sont les étapes préparatoires avant de semer. Les 40000 graines sont plantées en novembre et couvertes avec des branches de sapin. Puis, il trouve, dans la littérature, un forestier qui a consacré sa vie au reboisement des feuillus en Ontario : F.W. von Althen(1). Il deviendra son mentor.

Monsieur Faucher doit faire face assez rapidement à d'autres amoureux des semis qui deviendront ses ennemis : le mulot surtout, un peu le lièvre. Les "cafétérias à mulots" qui les empoisonnent seront suffisamment efficaces pour en venir à bout, même si des plants sont détruits les premières années et doivent être remplacés… Il reste que le taux de réussite s'élève à plus de 80 % : "La pépinière a été un succès total. C'est ce que j'ai le plus aimé et même si cela demande beaucoup de travail, les plants poussaient très bien."

En 1993, il commence à transplanter ses semis et en 1994, il ne reste presque plus rien dans la pépinière.

 

La plantation

Lorsque vient le temps de transplanter les jeunes pousses pour former la plantation, il se rend bien vite compte qu'il y a autant de travail que pour la pépinière… Tout d'abord, il faut préparer le terrain. Leurs amis et enfants viennent les aider, sa femme et lui, à donner un petit coup de rotoculteur avant de planter vers la fin avril, aussitôt que la terre dégèle. Pas encore très forts, les jeunes plants ont besoin de tuteurs. Monsieur Faucher fait donc scier, dans une scierie de la région, 10000 tuteurs à partir des cèdres récoltés sur une partie de sa terre. Il attache les plants aux tuteurs avec des vieilles guenilles pour éviter les dépenses inutiles. Durant cinq ans, on plante ainsi environ 9000 jeunes érables sur 40 arpents.


 

 

 

 

 

Au bout d'un an, chaque érable transplanté est repiqué à un pied de distance, sur une terre auparavant bien sarclée. Les arbres commencent alors à déployer toute leur jeune beauté. On doit également effectuer beaucoup de tonte de foin et de broussailles, à raison de deux par année. Désinfecter le sécateur avec de l'alcool pur est essentiel afin de ne pas répandre les maladies. Cependant, la végétation continue à pousser dans la plantation. Suivant les conseils de F. W. von Althen, il essaie le traitement en bande avec un herbicide, le "simasine". Malheureusement, l'expérience s'avère une erreur. Au bout d'un certain temps, les broussailles finissent par envahir la plantation et compétitionnent avec les arbres pour la nourriture. "J'ai alors essayé autre chose en plaçant un carton au pied de mes arbres fixé avec de la poussière de pierre. C'était du gros travail mais, au moins, une bonne partie des mauvaises herbes a été éliminée. Si c'était à refaire, je bannirais l'utilisation d'herbicides car je m'oppose à ce traitement et les résultats ne sont pas si bons. Maintenant, le gouvernement ne recommande plus l'herbicide mais plutôt le dégagement mécanique et la tonte."

Rapidement, il rencontre les quelques rares personnes qui font également du reboisement de feuillus; on s'entraide en se visitant et en partageant l'expérience acquise sur sa propre plantation. Il considère qu'il ne referait plus de reboisement sur un sol à nu. Il labourerait, herserait et sèmerait en graminées et en trèfles, ce qui aiderait à solidifier les racines dans le sol et les rendraient moins vulnérables au vent dans les premières années. Le projet se forme rapidement d'habiter sa terre pour être près de sa plantation et de son érablière. Il doit par contre se battre pour avoir le droit de se bâtir car la terre est en zone verte. Ils sont maintenant déménagés à Saints-Anges depuis trois ans, soit lorsque monsieur Faucher a pris sa retraite.

 

Pourquoi planter ?

Si on lui demande ce qu'il souhaite accomplir avec ses nouveaux érables lorsqu'ils seront à maturité, il répond que son but n'est certes pas de les vendre. Au début, il a dû bûcher pour laisser de la place à la future plantation, alors il a rempli de quatre à cinq camions de bois à pâte et deux ou trois de cèdre. De plus, une partie du bois bûché lui a fourni tout son bois de chauffage. Depuis un certain temps, il effectue seulement du nettoyage. Cette année par contre, afin de rebâtir à neuf sa cabane, il a scié des planches à partir de billots récoltés dans son secteur de résineux ; il a en outre sorti dix cordes de bois à pâte dans les têtes et les pieds. "Ça ne me dit plus rien de faire de la pitoune; ce qui m'intéresse, c'est de voir pousser le bois et de l'aménager. Il est évident que c'est une passion et que je n'ai pas reboisé en visant la rentabilité. J'aurais pu vendre mes feuillus à des pépinières mais j'ai trop engagé de temps et d'énergie…" Cultiver du feuillu demande vingt fois plus de travail que du conifère. Et une plantation de feuillus coûte cher comparativement à une de résineux car on doit continuellement investir. Certains lui demandent s'il pourra bientôt entailler sa plantation : "J'ai déjà 1800 entailles dans mon érablière, j'en ai assez pour l'instant ! Et les érables n'ont que douze ans, alors je ne pourrai pas les exploiter de mon vivant."

Plus d'expertise

Son projet initial, depuis qu'il fait pousser ses érables, demeure assurément la création d'une nouvelle érablière, dont les arbres seront plus résistants et plus productifs. Monsieur Faucher, en acquérant par lui-même ces connaissances dans le reboisement de feuillus, suscite bien entendu de l'intérêt. Il est d'accord pour dire qu'un futur Club des acériculteurs de la Beauce pourrait constituer une bonne tribune pour faire partager ses expériences et possiblement développer l'expertise dans le domaine tant acéricole que du reboisement d'érables. Il croit d'ailleurs au partage des connaissances puisqu'il a suivi le cours d'entaillage des érables au Syndicat l'hiver dernier. "Je souhaite réellement qu'il y ait plus d'expertise au Québec dans le reboisement du feuillu. Je ne comprends pas pourquoi il ne se fait pas de recherches au Québec malgré le fait que nous produisions 80 % du sirop d'érable, alors que les États-Unis en font même s'ils n'ont que 20 % de la production mondiale." Il déplore aussi le fait que l'initiative des projets revienne automatiquement aux particuliers sans beaucoup de support du gouvernement. "En plus, j'étais zoné agricole, ce qui fait que je ne pouvais obtenir de subventions pour le reboisement. C'est le Syndicat qui s'est occupé de faire venir l'agronome qui a changé la vocation de la terre d'agricole à forestière. Et l'an dernier, un conseiller du Syndicat m'a soutenu lors de l'entretien de ma plantation."

Dans les prochaines années, il maintiendra l'entretien de sa plantation et de son érablière. Afin de moderniser sa cabane qui date de plus de cinquante ans, il la construira de nouveau en l'adaptant aux exigences de la certification biologique des érablières, dont il aimerait éventuellement faire partie. Chose certaine, on peut faire confiance à M. Faucher pour mener à bien tous les autres projets qu'il souhaitera entreprendre. Et levons-lui notre chapeau pour cette belle forêt de feuillus qu'il laisse à la région de la Beauce.

Brigitte Asselin, directrice de l'information et de la formation, Syndicat des producteurs de bois de la Beauce

 

Bibliographie:

(1) F.W. von Althen, Guide relatif à la plantation des bois durs sur des terres agricoles abandonnées au sud de l'Ontario, Forêts Canada, Ontario, 1990.

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Texte mis en ligne le 6 avril 2004

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Recherche et rédaction:
Annie Cloutier


 
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