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L'avaleur d'arbres

Par Annie Cloutier
Agence Science-Presse


Deux longues antennes noires et frémissantes escaladaient mon épaule. J'avais beau courir dans tous les sens en hurlant, le longicorne tenait bon. Cauchemar? Non, souvenir d'enfance. Cet insecte -une espèce de "barbeau" au vol d'hélicoptère- Serge Lapointe, entomologiste amateur et assistant de recherche à Agriculture Canada, en identifiait des spécimens tous les jours, cet été. Et de plus en plus, car un nombre croissant de citoyens en ramènent à son bureau, croyant avoir à faire aux longicornes qui ravagent les forêts de la Nouvelle-Écosse et de l'Est des États-Unis.

Deux espèces étrangères de longicornes, le longicorne brun et le longicorne d'Asie, ont effet mis le pied en Amérique. Depuis quatre ans, l'industrie forestière américaine doit composer avec l'asiatique: New York et ses banlieues ont perdu 4500 arbres. On en a coupé plus de 1320 dans la région de Chicago. L'activité destructrice de ce longicorne au corps noir tacheté de blanc, aurait également été constatée dans 26 autres villes. Comme il ne s'attaque pas au feuillage et passe la majeure partie de sa vie sous l'écorce, on ne réalise que trop tard les dégâts : un dépérissement de l'arbre et des trous de la grosseur d'un dix cent, dans le tronc ou dans de grosses branches, sont les signes les plus visibles.

Dans le pays d'origine du longicorne, on lui offre des érables pour le détourner des peupliers : il va sans dire que les acériculteurs du sud du Québec l'ont à l'œil! On en a aussi retrouvé des spécimens en Ontario et en Colombie-Britannique en 1992. On croit l'avoir circonscrit, parce que détecté à temps. De plus, de nouveaux règlements ont été mis en place; on exige dorénavant que les matériaux d'emballage provenant d'Asie aient été soumis à un traitement chimique ou thermique.

Sont-ils vraiment nuisibles?

Pourtant, il existe d'ores et déjà au Québec 185 espèces de longicornes. Leur taille varie de 4 mm à 45 mm. Et ils ne semblent pas causer trop de dommages : la plupart se nourrissent d'arbres morts ou affaiblis. "Seulement 5 ou 6 espèces s'attaquent aux arbres vivants" souligne Serge Lapointe. Chaque espèce a sa préférence quant au degré de décomposition ou de pourriture.

Alors, pourquoi ces deux longicornes venus d'ailleurs seraient-ils si nuisibles? "D'abord, le qualificatif "nuisible" doit être remis dans un contexte où les arbres choisis par les longicornes sont aussi convoités par les humains. Lorsque d'énormes capitaux sont en jeu, on est plus prompt à les qualifier de malfaisants."

Les communiqués gouvernementaux affirment que le longicorne brun attaque des arbres en bonne santé: M. Lapointe n'en est pas si sûr. Interrogé à ce sujet, Cregg Cunningham de l'Agence canadienne d'inspection des aliments, avoue que les arbres de Point Pleasant Park à Halifax, sont âgés d'environ 40 à 60 ans. Ils ont subi un certain stress dû aux sécheresses passées, à la pauvreté du sol, à la pollution de l'air ainsi qu'à l'activité humaine.

D'aucuns craignent que la bestiole, qui se nourrit en Europe d'épinettes rouges et d'épinettes de Norvège, ne prenne goût chez nous à l'épinette noire, une essence qui couvre une grande partie de l'Amérique du Nord. De plus, le fait qu'il s'attaque à des arbres d'un certain âge inquiète; l'épinette rouge ne produit pas de graines avant d'avoir atteint les 75 ans.

Dans leur milieu naturel, les longicornes sont parasités. Ceux de nos forêts, par exemple, le sont principalement par des minuscules mouches ou par des ichneumonites (guêpes) qui pondent leurs œufs dans les larves à travers le bois grâce à leur long aiguillon. Le bruit caractéristique des larves qui creusent entre le bois et l'écorce attire aussi les pics-bois qui peuvent les attraper avec leur long bec. Mais dans le cas des deux nouveaux venus, aucun prédateur ne semble y avoir pris goût. Certains scientifiques conservent toutefois l'espoir de voir le nombre de ces insectes ravageurs s'équilibrer grâce à de nouveaux ennemis naturels.

L'usage des pesticides, s'avère quant à lui difficile : puisque les bestioles passent la majeure partie de leur vie à l'état larvaire, il est difficile de les atteindre. Et puisque les adultes peuvent voler, l'épandage de poison sur les arbres est à toutes fins pratiques inutile. Aussi, pour le moment, le seul moyen d'éliminer ces envahisseurs est... l'abattage des arbres. Une solution qui ne fait pas l'unanimité. Des citoyens rassemblés sous le nom de "Friends of Point Pleasant" ont obtenu une injonction pour empêcher la coupe des arbres à l'intérieur de ce parc. " La période de vol des adultes tire à sa fin et il ne semble plus y avoir autant d'insectes en activité souligne M. Cunningham. Ce qui donnerait aux arbres un petit répit avant le printemps prochain, période à laquelle les coléoptères se remettront à essaimer. "

 

Références :

Agence canadienne d'inspection des aliments. ( Longicorne brun )

 

Les forêts de l'Ontario (Longicorne asiatique)

 

Solutions ( Longicorne asiatique)

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Recherche et rédaction:
Annie Cloutier


 
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