

Histoire de la foresterie
Par Claude Marcil
LE
BOIS
Le bois
de construction
Le temps
du papier
La guerre
du papier
L'après-guerre
LE BOIS
Cartier cherchait de l'or et des épices
; Champlain, des fourrures et des âmes. Ni l'un
ni l'autre ne s'intéressèrent à
la forêt qui étreint alors les rives
du fleuve et s'étend à travers l'intérieur,
passant insensiblement d'une
forêt de feuillus au sud à une forêt
de conifères, plus au nord, avant de s'évanouir
progressivement dans la toundra. Cette belle indifférence
se poursuivra pendant tout le régime français,
car l'économie de la colonie repose essentiellement
sur le commerce des fourrures. De la forêt,
on ne demande rien d'autre que du bois de chauffage,
des poutres et quelques planches de pin, de merisier
ou de noyer, dont les habitants font des meubles.
Il y a bien quelques tentatives de construction
navale, à Québec et à Sorel, mais
celles-ci se soldent par un échec. Par contre
les moulins à scie se multiplient et, vers la
fin du régime français, l'exploitation
de la forêt canadienne est-elle devenue une entreprise
rémunératrice et nombreux sont ceux qui
s'y livrent.
Dès la prise de possession de la
colonie par les Anglais, en 1763, la marine britannique
se réserve l'exclusivité du bois, chêne
et pin surtout, nécessaire à la construction
et à la réparation des vaisseaux royaux.
Mais les Britanniques voient plus loin. L'année
suivante, ils nomment un arpenteur général,
afin d'assurer à perpétuité à
leur pays des réserves de pins et de chênes.
La "Navy" a une conviction profonde : l'Angleterre
pourra contrôler ces nouveaux territoires en autant
qu'elle pourra faire le commerce du bois ou même
contrôler les zones d'exploitation forestière.
Pourtant, le commerce du bois se développe
lentement, à cause de l'opposition des constructeurs
anglais pour qui le bois de la Baltique est meilleur et
moins cher que celui du Canada. Mais, au tournant du siècle,
l'empereur Napoléon interdit à l'Europe
tout commerce avec l'Angleterre, son ennemie mortelle.
Cette interdiction vise particulièrement le bois
de la Baltique. La "Navy" se demande alors où
s'approvisionner. Un homme détient la solution
; un Américain établi tout près de
la vallée de la Gatineau.
Philemon Wright avait déjà
réussi à se tailler dans l'Outaouais un
vaste et prospère domaine agricole. Apprenant les
difficultés d'approvisionnement de la marine britannique,
il pense à lui expédier du bois. Comment?
En le faisant flotter jusqu'au port de Québec et,
de là, en le chargeant sur les vaisseaux anglais.
Dès l'hiver 1805-06, Wright envoie
son personnel à l'assaut des pins blancs et rouges
et des plus beaux feuillus de l'Outaouais. Après
avoir équarri les arbres, il en fait un chapelet
de radeaux- les cages- qu'il lance sur la Gatineau. Le
11 juin 1806, le premier train de bois débouche
sur l'Outaouais pour ensuite gagner le fleuve. Les cages
arriveront à Québec où elles seront
démontées, le bois étant embarqué
sur des bateaux en partance pour l'Angleterre. Entre 1807
et 1823, Wright envoie ainsi 300 cages à Québec,
chacune comprenant de 1500, à 2000 pièces
de bois.
En 1829, Ruggles, le fils de Philémon,
imagine la première glissade à bois, qui
permet aux billes de ne pas heurter les roches et supprime
les amoncellements aux passages étroits. Un peu
partout dans la région de l'Outaouais, qui renferme
les plus belles pinèdes du Québec, on imite
Wright. Des particuliers entreprennent de bûcher
dans les " limites à bois " allouées
par le gouvernement, et d'expédier les plus beaux
arbres vers l'Angleterre. Mais bientôt, le contrôle
passe aux mains de puissantes compagnies britanniques
qui s'activent sur la Lièvre, la Gatineau et en
amont de Hull. Elles y installent, à l'automne,
des cabanes de bois rond sans aucun confort, que les bûcherons
habiteront l'hiver. En 1840, un missionnaire dénombre,
sur la Gatineau, 5000 travailleurs dans les chantiers,
sans compter les cadres et le personnel chargé
du ravitaillement. Chaque automne, défilent des
" gangs " montant vers " les pays d'en
haut " pour couper les grands pins blancs et rouges
qu'on drave au printemps vers l'Outaouais. Mais ce commerce
ne dépasse pas le bassin de l'Outaouais. En effet,
il n'y a pas de chantier dans les Cantons de l'Est, et
la Mauricie de même que le Lac-St-Jean sont encore
réservés à la fourrure. Ailleurs,
les rivières ne sont pas assez importantes. Bref,
si dans quelques régions on trouve de petits chantiers
spécialisés dans la production du chêne
et de l'orme, le principal centre d'abattage reste encore
le bassin de l'Outaouais.
Au milieu du siècle, les choses
se gâtent; le blocus de Napoléon n'est plus
qu'un souvenir et la Grande-Bretagne lorgne de nouveau
du côté de la Baltique où le bois
est encore à meilleur prix. En 1842, elle révoque
les tarifs douaniers préférentiels jadis
accordés au Canada et, aussitôt, les bois
scandinaves envahissent le marché britannique.
Le coup est dur; en 1848 seulement, le trafic des radeaux
sur l'Outaouais fléchit de 25%. Coupé sans
discernement et dévasté par des incendies
répétées, le pin manque et amène
le déclin des moulins. Le temps du bois équarri
et des " cageux " achève. Il faut maintenant
trouver autre chose, Leurs profits en chute libre, leurs
terres à bois écrémées des
plus beaux arbres, les commerçants se demandent
désormais comment utiliser la forêt.
A l'assaut de la forêt boréale
Le bois de construction
A partir des années 1850, des centaines
de milliers d'immigrants arrivent aux Etats-Unis. Les
forêts américaines s'épuisent à
mesure que les villes grossissent
en Nouvelle-Angleterre où il faut beaucoup de bois
de construction. Les Américains commencent à
lorgner du côté des forêts canadiennes.
C'est ainsi que l'industrie du bois de sciage démarre
dans la décennie '50, pour dominer dans la suivante.
Des moulins à scie se construisent dans tout le
Québec. Et pour les alimenter, les chantiers se
multiplient.
En cinquante ans on a réussi à
mettre au point les meilleures techniques pour abattre
le bois et en faire la drave. Ces méthodes ne changeront
pas pendant près d'un siècle. Ce qui change,
dans le Québec de 1850, c'est l'industrie du sciage.
Les moulins à scie jusqu'à maintenant ont
été minuscules (environ 10m X 13M) équipées
d'une seule scie de long débitant environ 500 M
de bois par jour. Plusieurs ne fonctionnent qu'au printemps
et à l'automne, quand la fonte des neiges ou les
pluies grossissent les rivières. Un ou deux milliers
de dollars suffisent pour les mettre sur pied. Le marché
est encore local et limité. Si quelques moulins
possèdent des scies groupées, rares encore
sont ceux qui sont dotés des nouvelles scies circulaires.
Les Américains viennent investir pour transformer
l'industrie du sciage car, à partir des années1850,
le marché extérieur va se développer.
La région de l'Outaouais se recycle
dans le bois de construction et les entrepreneurs se précipitent
vers la région. L'hiver, une véritable armée
envahit la forêt des Laurentides. L'évêque
d'Ottawa, Mgr. Guigues, évalue, en 1860, entre
20,000 et 25,000 le nombre d'hommes occupés aux
chantiers dans son seul diocèse. On comptera en
1871, pas moins de 1200 moulins dans l'Outaouais. Les
forêts semblent inépuisables ; on les traite
avec brutalité, massacrant tout pour extraire le
pin, abandonnant du même coup d'énormes revenus.
Les précautions les plus élémentaires
sont négligées et d'immenses incendies se
propagent.
Moins capricieuse que celle du bois équarri,
la coupe du bois de construction incite les entrepreneurs
à s'intéresser aux forêts d'épinettes.
Les scieries et les chantiers ne tardent pas à
déborder des bassins de l'Outaouais vers ceux du
Saint-Maurice et du Saguenay. Attirés par les pins
de la Mauricie, les entrepreneurs se heurtent au monopole
de la Baie d'Hudson. mais, sous leur pression, le gouvernement
ouvre la région et harnache le St-Maurice. On le
truffe d'estacades et de glissoires, par où peuvent
descendre les billots jusqu'à Trois-Rivières.
Les compagnies implantent des chantiers jusqu'à
Mattawin. En 1855, les bûcherons sont à la
Tuque. Le St-Maurice se met à fournir du bois à
plein bords. En 1860, la Mauricie est devenue le deuxième
centre forestier du Québec. Il reste le réservoir
du Saguenay.
Plus à l'est, dans le bas du fleuve,
William Price met en marche des grandes scieries, puisque
les ports de l'estuaire suffisent à accueillir
les goélettes qui amènent le bois de construction
à Québec. Bravant les interdictions de la
Baie d'Hudson, il construit, le premier, deux scieries
au Saguenay; ses goélettes y ravitaillent les travailleurs
et chargent les planches.
En 1872, Price et ses fils, qui se sont
associés avec lui, sont les plus gros détenteurs
de concessions forestières au Québec. Si
l'on excepte la plaine de Montréal, la province
est alors couverte de chantiers, du Témiscamingue
à la Gaspésie. La production de billots
de pin s'accroît à un rythme accéléré
: 2 millions en 1870, 3 millions en 1880, 6,7 millions
en 1896. Ainsi, entre 1840 et 1900, tout le Québec,
sauf les coins les plus anciens où la forêt
est déjà en miettes, s'est ruée à
l'assaut de la forêt.
Les scieries ( alimentés par l'eau)
que l'on construit à partir des années 1850,
exigent des investissements dépassant largement
quelques milliers de dollars et emploient une main d'oeuvre
importante. On estime que les six scieries de la Chaudière
emploient, en 1870, quelque 4 000 hommes. Comme dans les
chantiers, les journées de travail sont longues.
Les scies sont en activité vers six heures le matin,
on prend à peine une heure pour le repas du midi,
puis on termine la journée vers 18 heures.
En 1885, la Mauricie expédie au-delà
de 400 000 cordes de bois de chauffage vers les villes.
Le curé Labelle utilise, à Montréal,
l'argument de l'approvisionnement montréalais en
combustible pour obtenir des appuis à son projet
de chemin de fer vers les Laurentides. D'autres régions
produisent des poteaux télégraphiques, des
perches et des traverses de chemin de fer. Le commerce
du bois permet l'ouverture de nombreuses régions
à la colonisation et marque profondément
ces régions. L'exemple de la Gatineau est typique,
comme d'ailleurs celui de la Mauricie, du Saguenay ou
de la Beauce. Le commerce du bois sort ces régions
de leur torpeur et attire des colons, souvent des anciens
" gars de chantiers ". Les scieries sont à
l'origine des villes dynamiques et font surgir des villages
en pleine forêt. Plusieurs villes et villages comme
Hull, Joliette, les Piles, Chicoutimi et Rivière-du-Loup,
doivent en partie leur existence aux moulins.
De ces localités situées
aux carrefours de voies de communications, partent d'abord
les charretiers qui amènent les provisions aux
chantiers. Là où passent les bçucherons,
se créent des villages. Les chemins des charretiers
deviennent les chemins des commerçants le long
desquels ont commence à bçatir des fermes.
Les colons s'établissent sur des lots qui sont
toujours difficiles à défricher et rarement
propices à l'agriculture. En effet, les bonnes
terres sont rares en dehors de la plaine du Saint-Laurent.
Des sols pauvres, rocailleux, leur permettent à
peine de vivre. La forêt devient alors une industrie
complémentaire de l'agriculture. Durant la saison
morte, les hommes vont au chantier et ne reviennent que
pour les labours du printemps. D'ailleurs, les colons
préfèrent souvent le dur mais lucratif travail
dans les chantiers au labeur ingrat et à la douteuse
rentabilité d'une terre. Peu après la Confédération,
une crise économique mondiale frappe le Canada.
Ses exportations de bois de sciage tombent de moitié.
Encore une fois, le salut vient des Etats-Unis.
Le temps du papier
Dans les villes américaines paraissent
en effet, les premiers "yellow Papers" cette
presse à sensation qui a, dès le début,
un succès
considérable.
Longtemps couteux et réservés à une
petite élite, les journaux s'adressent maintenant
aux classes populaires des grandes villes américaines.
.Finançés par la publicité, dont
les hommes d'affaires découvrent l'impact, renforcés
par de nouvelles inventions comme la photographie ou le
télégraphe, faisant la part du lion au sport,
au cinéma et à la bande dessinée,
ces journaux populaires tirent à des centaines
de milliers d'exemplaires. Il faut donc des tonnes de
papier journal chaque matin. Les usines se multiplient
à un rythme tel que les forêts américaines
ne suffisent plus. Les industriels se tournent alors vers
les forêts boréales de l'Ontario et du Québec.
Les conifères y poussent lentement, mais leurs
fibres sont serrées et conviennent parfaitement
pour le papier journal.
L'industrie du papier est en fait déjà
partiellement établie au Québec. En effet,
au tout début du XIX siècle, un jeune Américin
installé à St-Andrews près de Lachute,
fabrique avec des chiffons, du papier d'emballage, du
carton et du papier buvard dans sa petite papeterie; c'est
la première au Canada. On en construit une deuxième
vers 1810 dans le comté de Portneuf, et encore
une autre à Stanstead en 1832. En 1851, le Québec
possédait cinq fabriques de papier installées
près des populations afin de recueillir la matière
première, les chiffons et les vieux vêtements.
Mais au cours du siècle un certain nombre d'innovations
technologiques permettent de faire du papier avec du bois
moulu, réduit en pâte. A partir des années
1860, le bois remplace le chiffon et peu à peu,
les papeteries veulent se rapprochent des sources d'approvisionnement
et se déplacent vers le nord. Même les zones
les plus reculées intéressent les entrepreneurs.
Vers 1870, une petite usine de pâte
de bois voit le jour à Windsor Mills, dans les
Cantons de l'Est. Un peu plus tard, à Hull, l'ingénieux
Eddy se lance dans la fabrication du papier. La pulperie
Rolland toutne en 1882 à St-Jérôme,
comme le moulin à papier Wilson à Lachute
et, un an plus tard, celui de Joliette. Un autre précurseur,
le Canadien-anglais Forman, ( dont le nom va devenir synonyme
de contremaître) après 10 ans d'efforts,
met en marche, en 1890, l'usine de pâte de Grand-Mère
qui va donner l'élan à toute la région
du St-Maurice. Une pulperie démarre en 1898 à
Batiscan. Au Saguenay, Alfred Dubuc en installe une en
1887 à Chicoutimi. Une grosse fabrique de pâte
et une petite pulperie s'ouvrent à Jonquière
en 1900. En 1902, les Maclaren lancent la fabrication
de la pâte à Buckingham. Au début,
il s'agit surtout de produire de la pâte et de l'exporter
en Europe ou aux Etats-Unis, mais bientôt s'ouvrent
les grandes papeteries.
Les chantiers continuent à fournir
du bois de chauffage et de construction, mais ils se consacrent
désormais à faire de la pitoune avec les
sapins et les épinettes. Les compagnies peuvent
ainsi faire une coupe encore plus systématique
de la forêt. Grâce aux rivières on
peut aller chercher le bois loin en forêt. Les arbres
coupés, ébranchés et entassés
le long des cours d'eau sont flottés au printemps
et chargés dans des cargos. Les chantiers envahissent
le Témiscamingue, s'installent en Abitibi avec
le chemin de fer, poussent vers les sources de la Gatineau
et de la Lièvre, vers le bassin du Saguenay et
du St-Maurice, et même vers la Côte Nord.
On estime que durant les 25 premières années
du XX siècle, une centaine de milliers d'hommes
trouvent de l'emploi dans l'industrie. Pour accroître
la transformation du bois sur place, le gouvernement du
Québec interdit, en 1910, dix ans après
l'Ontario, l'exportation du bois à pâte coupé
sur les terres publiques. A Trois-Rivières, quatre
grandes papeteries font de cette ville le premier centre
de papier au monde.
La guerre du papier
Entre 1915 et 1925, avec la forte demande
de papier journal, les Américains et les Britanniques
investissent massivement dans
l'industrie
québécoise des pâtes et papiers.
Rapidement, la capacité de production dépasse
la demande et la concurrence entre les compagnies amène
une guerre des prix à partir de 1925. Certaines
sociétés papetières de regroupent.
Ainsi, au Saguenay, Price s'associe à Duke, le
géant américain du tabc; en Mauricie, de
grandes entreprises forestières s'associent à
la Banque Royale et à son président Herbert
Holt. D'autres sont éliminées; c'est le
sort que subit le groupe Dubuc à Chicoutimi. Des
usines sont fermées et un village fantôme
(Val Jalbert au Lac-St-Jean) témoigne encore de
l'âpreté de cette guerre du papier.
A part le groupe de Holt, à la fin des années
20, quelques grands dominent le secteur du papier : l'International
Paper et sa filiale canadienne, Canadian International
Paper (CIP), l'Abitibi Power & Paper, surtout installée
en Ontario, mais avec quelques usines au Québec,
la compagnie Price, présente au Québec depuis
plus d'un siècle.
Les grands producteurs canadiens cherchent
à régler la crise en s'entendant sur un
prix de base du papier journal permettant à toutes
les entreprises de réaliser des profits. Mais la
puissante International Paper, liée aux banques
du groupe Rockefeller, refuse de participer. A la fin
des années 20, la guerre qui oppose les sociétés
papetières du Canada et des Etats-Unis se termine
par la victoire du groupe américian, nettement
plus riche.
L'après-guerre
La Seconde Guerre mondiale modifie substantiellement
l'exploitation de la forêt. La main d'oeuvre, conscrite
par l'armée, est moins nombreuses et les compagnies
doivent rationaliser leur exploitation forestière.
On introduit la scie mécanique, qui a le même
effet en forêt que le tracteur en agriculture. Avec
la disparition de la hache et du sciotte,
le rendement s'améliore. De même, on prend
l'habitude de bûcher non seulement l'hiver, mais
aussi au printemps et à l'automne. Les routes se
rendent désormais au milieu de la forêt.
Les cultivateurs sont écartés de la forêt
par l'éloignement des chantiers de coupes et par
l'apparition de la scie mécanique qui exige plus
de réflexes et d'habilité manuelle; l'âge
moyen du bûcheron s'abaisse et, lentement, le travailleur
forestier professionnel élimine le bûcheron
occasionnel.
S'il y avait 100 000 hommes dans la forêt québécoise
au premier quart du siècle, ce n'est plus le cas
dans les années 50 alors qu'on en compte environ
50 000 à l'aube de la Révolution tranquille.
Mais ces dizaines de bûcherons sont le fer de lance
de l'industrie forestière.
En 1957-58, on coupe un milliard de pieds
cubes de bois. Les deux tiers sont transformés
en pâte, don't le Québec est le premier producteur
au monde. C'est le triomphe de la " pitoune ".
Suivent, loin derrière, le bois de sciage, puis
le bois de chauffage, Le quart du bois est coupé
dans les Laurentides, en particulier dans le bassin de
l'Outaouais, Témiscamingue inclus. La Canadian
International paper effectue, à elle seule, 22%
des coupes, surtout au St-Maurice et dans la Gatineau.
La Consolidated Paper s'en adjuge 13.4%, principalement
au Lac-St-Jean. Et il faut aussi compter sur la St-Lawrence
Corporation et l'Anglo Pulp.
Quelques années avant le début
de la Révolution tranquille, l'industrie québécoise
des pâtes et papiers est l'unde des plus solides
et des plus originales du Québec, avec son armée
de 38 000 travailleurs et sa valeur nette de production
de 363 millions de dollrs. Le façonnage du bois
mobilise presque autant de personnel dans les 700 scieries
du Québec, dans près de 600 ateliers de
meubles, particulièrement dans la région
de Victoriaville, et dans 800 usines de portes et fenêtres.
Grand fournisseur de la presse américaine,
le québec est, dans les années 50, un des
premiers producteurs mondiaux du papier et le premier
exportateur. Dans les années qui vont suivre, la
fin des concessions forestières, l'intervention
de l'Etat, la fondation de Rexfor, les crises du pétrole
et de l'économie, la concurrence internationale,
la recherche dans le domaine des pâtes et papiers
et les dommages de la tordeuse des bourgeons de l'épinette
vont modifier en profondeur l'industrie de la forêt
au Québec. Un nouvelle page de l'histoire de la
forêt sera alors en train de s'écrire.
Haut de la page!