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Une relève de grande qualité

Par Simon Rodrigue, ing.f.


Tout le monde qui oeuvre en forêt constate le manque de jeunes travailleurs forestiers. Joël Racine, de Saint-Honoré en Beauce, représente peut-être une exception mais combien rafraîchissante. Ce jeune technicien forestier, tout juste 23 ans, détient également un diplôme d'études professionnelles en sylviculture. Il possède une expérience de plusieurs années en forêt et travaille à son compte depuis maintenant un an en utilisant le cheval pour sortir son bois. Et comme plusieurs jeunes, Joël est aussi un peu rêveur...

 

Dans le bois dès onze ans

Rien ne destinait Joël à devenir un travailleur forestier. Il ne connaissait non à la forêt jusqu'à ce que son père fasse l'acquisition de son premier lot. " A onze ans, mon père m'amena dans le bois pour la première fois. J'ai aimé ça dès le début et, à treize ans, mon premier emploi d'été fut d'aider à corder du bois de chauffage sur le lot de mon père ".

Ses premières études en foresterie

A seize ans, son intérêt pour la forêt le conduit à Lac-Mégantic où il débute le programme d'études professionnelles en sylviculture. " Je voulais travailler dans le bois, mais je n'avais pas assez de connaissances pour gagner ma vie à pratiquer ce métier. Surtout que je rêvais de travailler à mon compte. Il fallait donc que j'on apprenne un peu plus. Mes deux années passées à Lac-Mégantic furent très instructives. Au moins 50 % de tout ce que je sais on exécution de travaux, je l'ai appris là. L'ensemble des cours est axé sur la pratique avec environ 60% du temps consacré à exécuter des travaux. On apprend à utiliser une scie à chaîne et une débroussailleuse, à les affûter, à réaliser du débroussaillage, des éclaircies et du reboisement. Ces deux années furent très intéressantes ". Les fins de semaine et les étés qui suivent lui permettent de pratiquer et de perfectionner ses méthodes de travail lorsqu'il fait de l'éclaircie sur les lots de son père à l'aide d'un VTT.

Une fois son diplôme d'études professionnelles dans ses poches, Joël décide de s'inscrire on techniques forestières au cégep de Rimouski. Quand je lui demande de m'expliquer cette décision que je trouve particulière, il réplique: " J'avais encore le goût d'être travailleur forestier, mais je me disais que si j'avais de solides connaissances techniques, ça ne pourrait être qu'un plus pour moi. J'ai appris au cégep des choses qui me servent autant que de savoir travailler avec une scie à chaîne. J'ai appris comment planifier un chantier, à faire de l'inventaire, à connaître comment se développent les forêts, à savoir comment et pourquoi faire différents travaux forestiers. Ça m'a permis de connaître plein de monde et d'échanger avec eux. On a fait des visites dans les plantations dola compagnie lrving au Nouveau-Brunswick et d'autres dans le sud des États-Unis. J'ai donc acquis un bon bagage de connaissances durant ces trois années ".

Il continue pendant tout ce temps d'aller dans le bois autant qu'il le peut et décroche même de petits contrats de coupe pour des propriétaires aux alentours de Rimouski. Le rêve de travailler à son compte l'accompagne jusqu'à la fin de ses études.

Ses premiers pas comme entrepreneur

Entre travailler les fins de semaine dans le bois et gagner sa vie comme travailleur forestier, il y a cependant toute une marge. Avec l'aide de son père, JoëI commence un long processus : " Je savais au départ que je voulais me spécialiser dans les coupes sélectives (éclaircies) et que je travaillerais seul au début. Le choix de l'équipement que j'allais utiliser fut par contre assez difficile perce qu'il fallait faire des prévisions on vue de savoir si ça arrivait financièrement. Avec mon père, qui on savait plus que moi dans ce domaine, nous avons évalué la rentabilité de trois options : un tracteur de ferme avec une chargeuse et un treuil, un VTT et, finalement, un cheval avec une remorque munie d'une chargeuse. Pour faire virer un tracteur au maximum et le rentabiliser, il me faudrait trois à quatre bons bûcherons; comme je voulais travailler seul, j'ai rejeté cette hypothèse. Pour ce qui est du VTT, le coût d'acquisition est élevé et la productivité et moindre qu'avec un cheval. Nous on sommes donc venus à la conclusion que le travail avec le cheval était la meilleure option ".

Le cheval en forêt

Travailler avec un cheval... la meilleure option? Ce n'est pas un peu beaucoup retourner dans le passé que je lui dis. " Pour le type de travail que je fais, c'est-à-dire les coupes sélectives avec des sentiers de débardage espacés, le cheval est à son meilleur. Dans les courtes distances de " skiddage ", je peux battre n'importe qu'elle machine et je ne brise pas les arbres qui restent debout. " Pour le débardage, il utilise se remorque accouplée au cheval, ou demande quelqu'un qui possède un tracteur et une chargeuse. Présentement, M. Jean-Rock Fortin, de Saint-Philibert, sort son bois avec son tracteur et sa remorque sur chenilles.. Ça ne paraît même pas où il passe". Oui, mais Si on revient au cheval.. Dans le temps, on utilisait le cheval parce qu'on n'avait pas d'autres moyens pour sortir le bois. Moi, j'ai choisi d'utiliser le cheval parce que je considère qu'avec le type de travail que je fais et la clientèle que je vise, c'est le moyen qui donne les meilleurs résultats tout en étant possible de rentabiliser mon investissement. Moi, je regarde ce qui me reste net dans mes poches à la fin du mois, pas ce que j'ai fait brut. Il faut par contre aimer travailler avec un cheval, sinon on n'y arrive pas. Un bon cheval y fait aussi pour beaucoup et je peux dire qu'Alphonse est excellent". Et comment : un " dja "et le cheval tourne à gauche, et " hue ", à droite. S'ils sont deux hommes, le cheval va à la jetée et revient à rabatteur tout seul; c'est beau à voir et après une journée, ça fait du bois sur le bord du chemin.

Les personnes qui savent que tu travailles avec des chevaux doivent te trouver un peu spécial. " Je sais fort bien que plusieurs doivent avoir un petit sourire on coin ou dire que je fais cela pour m'amuser. D'autres m'ont dit que j'allais apprendre à sacrer ou que je me donnais de la misère à vouloir travailler avec un cheval. Je les laisse faire. De toute façon, quand ils voient la qualité de travail que je fais, ils se rendent compte que même si je suis jeune, je ne suis pas un amateur. Et moi je sais que je m'améliore sans cesse ".

Les personnes qui savent que tu travailles avec des chevaux doivent te trouver un peu spécial. " Je sais fort bien que plusieurs doivent avoir un petit sourire on coin ou dire que je fais cela pour m'amuser. D'autres m'ont dit que j'allais apprendre à sacrer ou que je me donnais de la misère à vouloir travailler avec un cheval. Je les laisse faire. De toute façon, quand ils voient la qualité de travail que je fais, ils se rendent compte que même si je suis jeune, je ne suis pas un amateur. Et moi je sais que je m'améliore sans cesse ".

Connaissances au service du producteur

Ses connaissances techniques et l'utilisation du cheval lui permettent d'offrir aux propriétaires un service diversifié. Il peut suggérer le type de coupe à faire pour le propriétaire qui s'y connaît peu, faire le martelage des arbres à couper, expliquer pourquoi faire telle coupe au lieu d'une autre. Le propriétaire peut aussi travailler avec lui et avoir ainsi un rabais sur le prix à payer. " Je m'adapte à ce que veut le propriétaire. J'ai même fait de la coupe à l'heure pour quelqu'un qui voulait un travail cinq étoiles sur le terrain de son chalet".

Lorsque le propriétaire lui laisse faire la coupe de son choix ou s'il travaille sur les lots de son père, Joël s'organise pour laisser une forêt diversifiée et de la plus belle qualité possible, il s'inspire d'une façon de cultiver la forêt qu'on appelle la sylviculture PRO SYLVA. Il laissera un beau tremble autant parce qu'il pourra faire un beau billot plus tard, que pour mélanger une forêt résineuse susceptible à la tordeuse. Quand je suis passé le voir, il avait fait une courbe dans son sentier de débardage pour conserver une plaine parce que cette essence est rare sur le lot et qu'elle était de bonne qualité. Il pourra même laisser un arbre près d'un autre de façon à ce qu'il s'élague naturellement. Il va même jusqu'à chaîner une bille de pitoune à un arbre situé à la sortie du sentier de débusquage afin de ne pas le blesser ou de s'en servir comme pivot pour mieux placer les billots I. long du chemin. " Ça prend quelques minutes à faire et je conserve un arbre qui donnera du sciage de qualité lors de la prochaine coupe ".

Quand je lui fais remarquer que les propriétaires sont habitués de faire couper du bois pour 50 % du prix de vente, il me répond: " Faire une coupe d'éclaircie avec une bonne sélection des arbres, tout en protégeant ceux qui restent, demande plus de 50% du prix de vente que ce soit moi qui fasse le travail ou quelqu'un d'autre. Une fois l'éclaircie terminée, le propriétaire se retrouve avec un peuplement de bien meilleure qualité qu'avant la coupe et des arbres qui poussent plus rapidement. Je crois que les propriétaires sont ouverts à rétribuer adéquatement un travail de qualité, réalisé avec des équipements adaptés par des personnes compétentes et consciencieuses. "

La relève

Joël est convaincu que des personnes ayant de solides connaissances techniques et des méthodes de travail modernes ont un avenir en forêt. Il croit cependant que l'accueil des jeunes qui commencent on forêt est déficient. Ce n'est pas évident pour un jeune qui sort de l'école de gagner sa vie dans le bois du jour au lendemain. Un système de compagnonnage où un jeune travaille avec une personne d'expérience pourrait permettre au nouveau d'apprendre le métier correctement. Il faudrait cependant une méthode de financement qui permette que l'un et l'autre ne soient pas perdants ".

Un stagiaire on techniques forestières du cégep de Rimouski travaille avec lui durant tout l'été. " Avec plus d'expérience, j'aimerais toucher au domaine de la formation, tout on continuant de travailler dans le bois ". Il faut dire que son père lui fait bénéficier de sa propre expérience et il semble l'apprécier au plus haut point. Ses débuts comme entrepreneur semblent réussis et le bouche à oreille lui a permis de décrocher des contrats qui l'occuperont pendant les prochains mois. Il vient tout juste de faire l'acquisition d'un deuxième cheval et étudie la possibilité d'engager un travailleur qui partage sa passion pour les chevaux.

Même s'il est relativement nouveau dans ce domaine, Joël aime son métier qu'il qualifie de plus beau au monde. La forêt, il l'a dans la peau. " Le soir, après l'ouvrage, quand je n'ai rien à faire, je vais faire un tour dans le bois pour me relaxer et parce que je trouve que c'est beau ". Nous lui souhaitons de conserver cet enthousiasme pour son travail; le métier de travailleur forestier et la forêt beauceronne en ont bien besoin.

 

Source : Simon Rodrigue, ing.f., directeur de la formation et de l'information, Syndicat des producteurs de bois de la Beauce.

On peut rejoindre Joël Racine au
(418) 485-6146

 

Reproduit avec l'aimable autorisation de la revue
Le Progrès Forestier , édition Hiver 2001

 

 

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Recherche et rédaction:
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