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Simulateur de forêt

 

Par Dominique Forget,
Découvrir, novembre-décembre 2004

Au Canada, on exploite commercialement la forêt depuis 150 ans environ.

C'est relativement peu lorsqu'on sait que certains arbres peuvent prendre 100 ans avant d'atteindre la maturité. Cette courte expérience et la complexité des écosystèmes rendent la gestion des forêts particulièrement complexe. En effet, on peut difficilement se fier au passé pour prévoir combien de temps mettra une forêt à repousser et à retrouver toute sa vigueur après une coupe à blanc.

Une équipe de chercheurs basée à l'Université de la Colombie-Britannique pense avoir trouvé la solution: la modélisation informatique. À l'aide d'équations mathématiques, le modèle FORCEE qu'ils sont en train de développer pourra simuler l'évolution d'une forêt en tenant compte de variables aussi diversifiées que la fertilité du sol, les habitats fauniques, les coupes forestières, l'absorption du carbone et la création d'emplois.

Robert Bradley, professeur au Département de biologie de l'Université de Sherbrooke, a participé aux travaux de l'équipe grâce à un financement de 280000 $ qu'il a obtenu du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie (CRSNG). L'expertise du professeur Bradley dans le domaine des écosystèmes terrestres, plus particulièrement dans l'étude des flux d'énergie et du cyclage des éléments nutritifs, a rendu sa contribution indispensable au succès du projet.

La compréhension du cycle de l'azote, un élément nutritif important pour la croissance des végétaux, est l'un des aspects les plus importants du travail du professeur québécois. "Nous connaissons bien le cycle de base, explique-t-il. Nous savons que l'azote atmosphérique est fixé par certaines bactéries du sol qui le convertissent en azote organique. Cet azote est transformé en azote minéral, soit en ammonium, lorsque les bactéries sont ingérées par des protozoaires. À son tour, l'ammonium peut servir de source d'énergie à d'autres bactéries dites "autotrophes", qui le transforment en nitrate. Enfin, le nitrate, l'ammonium et certains acides aminés du sol sont repris par la racine des plantes, qui transforme cet azote en protéines."

Ce que nous connaissons moins bien, c'est comment ce cycle réagit à des perturbations naturelles ou anthropiques, une coupe à blanc par exemple. Or, pour donner des résultats fiables, FORCEE doit tenir compte de cette dimension de l'écosystème. Robert Bradleya décrit certains des facteurs qui influent sur le cycle de l'azote, plus précisément les changements de température, la disponibilité du carbone et la structure des communautés microbiennes du sol. Ces données ont servi à calibrer le modèle FORCEE.

"En utilisant des traceurs isotopes, nous avons pu mesurer sur le terrain les taux bruts de production d'ammonium et de nitrate ainsi que leurs taux bruts de consommation dans le sol, résume le professeur Bradley. Nous avons également modulé les conditions expérimentales pour isoler l'effet des facteurs qui nous paraissaient les plus importants. L'équipe de la Colombie-Britannique a ensuite représenté ces données sous forme de modèles mathématiques."

Le simulateur est encore au stade du développement et ne sera pas prêt pour la commercialisation avant plusieurs années. "La forêt est un écosystème complexe et il faut tenir compte d'un très grand nombre de variables pour la modéliser, souligne le professeur Bradley. Mais les efforts en valent la peine. En bout de ligne, on se retrouvera avec un outil fort utile."

 


Texte mis en ligne le 7 janvier 2005
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