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Livres commentés par nos internautes

Treblinka
de J.F.Steiner, Éditions Fayard, France, 1966, 510 p.

Comment six millions de Juifs se sont-ils laissé tuer ? Pourquoi n'ont-ils pas réagi? Pourquoi ne se sont-ils pas révoltés lorsqu'ils eurent compris qu'ils étaient  irrémédiablement condamnés? 

L'auteur, de père israélite et de mère catholique, a tenté de comprendre. Après des interviews avec d'anciens déportés et du travail de recherche, il a découvert Treblinka. Moins connu qu'Auschwitz, Ravensbrück ou Dachau, ce camp n'était pas un camp de concentration. C'était un camp d'extermination : huit cent mille hommes, femmes, enfants et vieillards y ont été enterrés. Ce qu'il y a d'étonnant, voire de miraculeux, c'est qu'un comité de la résistance s'est formé parmi les prisonniers «résidents» de Treblinka. Malgré plusieurs embûches, souffrances et échecs, ils ont préparé secrètement une insurrection.

Cette révolte, davantage destinée à être un événement historique qu'une simple évasion, devait montrer à l'humanité qu'au plus profond  de l'abîme, le peuple juif ne s'est pas désespéré. Faire comprendre au monde entier que leur soumission n'était pas de la lâcheté; qu'aucune puissance terrestre ne pouvait abattre le peuple juif.

par Myriam Noël-Saindon
Mis en ligne le 08-07-02


Sacré Blues: An Unsentimental Journey Through Quebec
Par Taras Grescoe, Macfarlane Walter& Ross Toronto, 2000

Depuis le temps qu'on publie à tort et à travers des livres sur la québécitude et l'identitaire, il fallait un regard extérieur, en l'occurrence celui d'un Canadien anglais pour nous offrir une fascinante synthèse sur le Québec et les Québécois. Comme le titre l'indique, il s'agit d'une croisière non sentimentale; l'auteur ne se gêne pas pour souligner notre margarine blanche, la seule au nord du Rio Grande, notre rage de déménagements ou le fait que le Québec est, comme il l'écrit, la section fumeur du Canada.

Grescoe qui parle français, s'est promené à travers le Québec: celui des smattes d'Outremont et celui du festival Western de St-Tite; le Ranch du Spaghetti et le bar préféré de Mordecai Richler. Il a lu nos principaux auteurs et rencontré la plupart de ceux qui connaissent bien le Québec. Des chapitres portent sur la nourriture (Poutine Nation), les Anglos (Squareheads), la télévision (Blue Glow) etc. Le résultat, un portrait parfois décapant, souvent amusant, toujours instructif d'un peuple qu'il aime bien.

*Le livre est à la bibliothèque

Par Claude Marcil
Mis en ligne 30/04/02

Le temps qui m'a manqué
Par Gabrielle Roy, éditions Boréal, 1997

Datant de 1981, ces pages sont les toutes dernières écrites par Gabrielle Roy. Elles devaient constituer l'une des quatre parties maîtresses de son autobiographie posthume si connue :  La Détresse et l'Enchantement.  Mais le temps, la maladie puis la mort l'ont empêchée de terminer son projet, laissant derrière elle deux parties achevées sur quatre (Un bal chez le gouverneur et Un oiseau tombé sur le seuil); lesquelles relataient des moments de vie jusqu'au printemps de 1939.

Le temps qui m'a manqué correspond donc aux événements des années qui vont suivre (1939-1943). L'auteure y relate ses débuts comme reporter, sa découverte de Montréal et de la Gaspésie, sa genèse de Bonheur d'occasion, mais aussi et avant tout, la mort de sa mère (1943). Cette épreuve déchirante constituera le véritable leitmotiv de cet écrit et sera intimement partagé avec le lecteur.

Tout au long de ce récit, il y va d'une quête incessante de réconciliation avec elle-même mais aussi avec son passé; « rattrapant enfin, au moment de mourir, ce temps qui, jadis, lui a si cruellement manqué. »

Ce livre, ainsi que La Détresse et l'Enchantement, sont de ceux qui m'ont rarement vraiment touchée et émue. L'impression d'être si près de l'auteure, de par sa façon de comprendre, de vivre et de raconter les événements qui l'ont marquée, est  unique, douce et intime à mes yeux. Le genre de livre que l'on vit à deux : l'auteure nous invitant, le temps d'une promenade privilégiée, à marcher à ses côtés.

Par Myriam Noël-Saindon
Mis en ligne 26/04/02

 

Novecento : pianiste Un monologue
Par Alessandro Baricco, Éd. Mille et une nuits, Paris, 1999

Lire le roman d'abord et voir le film ensuite? Question embêtante où le hasard ne fait pas toujours bien les choses. C'est sa faute, au hasard, si j'ai visionné Novecento (en vidéo) avant de lire ce petit bijou de livreŠ Impeccablement traduit de l'italien, Novecento : pianiste est un inclassable. Légende, récit, monologue pour gens de théâtre? C'est tout cela et en plus, je risquerai, en son sens étymologique, le qualificatif baroque : perle irrégulière. Novecento est avant tout l'histoire d'un garçon né sur un paquebot en 1900 ­ d'où le surnom ­ et abandonné sur un piano par des inconnus venus tenter leur chance en une Amérique mythique des années folles. De ce bateau, notre héros ne débarquera jamais, même dans la mortŠ Il y passera sa vie à jouer du piano, en haut pour les riches de la salle de bal, en bas pour les immigrants n'ayant pour seul bagage qu'espoir plein les yeux. Et Novecento n'est pas vulgaire pianoteur : il a la musique dans le sang, il est un prodige du jazz naissant, un virtuose du clavier. « Imagine : un piano. Les touches ont un début. Et les touches ont une fin. Mais toi, tu es infini, et sur ces touches, la musique que tu peux jouer elle est infinie », comme la merŠ Et cette histoire de génie musical et de brume océane, ce n'est pas Danny Boodmann T.D.Lemon Novecento qui la raconte mais bien son grand ami, le trompettiste. C'est lui que l'auteur a choisi pour raconter cette légende tout en nous parlant de l'angoisse-extase de l'humain face à l'immensité de l'univers. Novecento a-t-il vraiment existé? Sans doute pas mais le génie de l'auteur nous rend le génie de Novecento plus que crédible. Le film? La légende du pianiste sur l'océan de Giuseppe Tornatore n'est pas un chef-d'¦uvre mais, parce que le film ajoute à certains personnages obscurs et surtout à cause de cette scène de la rencontre du pianiste et du trompettiste en pleine tempête, il se laisse regarder avec plaisir. Après avoir lu le livreŠ

par Diane Bougie
Mis en ligne 26/04/02

Nous cheminons entourés de fantômes aux fronts troués
de Jean-François Vilar,. Éd. du Seuil, Paris, 1993.

On a tous déjà lu un essai politique qui empruntait à l' écrit poétique ou encore, un reportage qui avait l'air d'une fiction. Que diriez-vous d'un polar en forme de «Routard» ? S'ils le lisent pendant leur envolée, les voyageurs en partance pour Paris ou Prague ne pourront en effet résister à l'envie, un coup sur place, de marcher dans les pas des personnages ou dans l'ombre des fantômes de ce roman mystère de Vilar. Ils voudront en revivre les chassés-croisés entre deux villes, se promener en différentes époques. Ces pages invitent le lecteur à suivre le chemin de la Guillotine des Jacobins de la lointaine Révolution, celui, surréaliste et plus récent, des Breton, Dali, Ernst, Man Ray, Aragon et le reste. On entendra presque, les clameurs de mai 68 ou celles de la chute du Mur. On sera irrésistiblement attiré vers la tour de Saint-Jacques à Paris, vers le théâtre Laterna Magika ou la synagogue Vieille-Nouvelle à Prague. Mais, soyez rassurés, ce guide n'est pas destiné au troupeau craintif se déplaçant en autocar, oh, que non... Ici, pas de tour Eiffel ou d'Arc de Triomphe. Le marcheur voudra plutôt découvrir si le passage de la Salamandre ou le boulevard du Crime ont résisté aux fantaisies des urbanistes modernes, si le café de la Boule d'Or sert encore de la cervelle au beurre noir ou si l'écluse de la Grange-aux-Belles laisse toujours passer les bateaux. Il cherchera sans doute le musée parisien qui abrite les photographies de Brassai, dont celle de la tour Saint-Jacques qui fait la couverture du livre.

Bref, ce roman est un guide de voyage avec, en prime, une intrigue noire et palpitante à souhait. Que vous partiez ou non, cette prose vous entraînera dans l'errance de l'auteur, un nostalgique, semble-t-il, des rues et places disparues; elle vous attirera dans le sillage de Victor, ce reporter-photographe à l'accent rauque des faubourgs et à l'odeur de Gauloise, un anti-héros qui aime la vodka et… les chats.

par Diane Bougie
Mis en ligne le 21/03/2002

Geisha
d'Arthur Golden, Éd. Lattès, Paris, 1999.

Geisha: Spécialiste de la séduction

Une geisha est une femme japonaise formée dès son plus jeune âge à la danse, au chant, à la conversation, et dont le rôle est celui d'une hôtesse dont on loue les services, dans les maisons de thé, les banquets et les chambres à coucher. De quoi faire grincer les dents du toutes les Françoise David de ce monde.

Sous cette définition se cache le destin de milliers de femmes maquillées de blanc qui vécurent en ghettos bien organisés dans toutes les villes du Japon jusqu'à la fin des années 50. Le roman d'Arthur Golden, Geisha, mène son lecteur dans ces ghettos de femmes, n'épargnant au détour aucun détail technique sur la vie quotidienne de ces travailleuses spécialistes de la séduction. Publié en 1997 aux États-Unis, le roman ne tarde de pas à être traduit dans plusieurs langues dont le français. Il est maintenant disponible en livre de poche.

Geisha est d'abord et avant tout une voix. Le livre est écrit sous forme de mémoires. Cette voix qui nous raconte son histoire sur un ton intimiste et envoûtant, c'est celle de Sayuri, Geisha de Kyoto, qui, retraitée à New York, raconte sa vie à Jakob Haarbuis Arnold Russoff, un soi-disant professeur émérite de l'université de New York.

Sayuri est achetée dès son plus jeune âge à son père. Arrachée à son village, elle vivra de longues années d'apprentissage dans une Okiya (maison où l'on forme des geishas). À l'instar de Cendrillon ou Aurore, l'enfant martyre, la petite est victime des affres de sa mère et de ses s'urs. Ce monde de femmes impitoyable, empreint de jalousies et de mesquineries, transcende la simple description de cet univers étrange et exotique de ces femmes drapées de pures soies pour nous rappeler à quel point les femmes peuvent être dures entre elles. Le personnage d'Hatsumomo est à cet égard particulièrement savoureux. Véritable « bitch », elle profite du fait qu'elle soit, pendant la formation de Sayuri, la seule Geisha à rapporter de l'argent à l'Okia, pour faire subir les pires vacheries à l'apprentie Geisha. La patronne (la mère) est une vieille Geisha qui a quelque chose de parent avec Harpagon. Son avarice n'a d'égal que sa perfidie baignée de vapeurs éthyliques et de volutes de fumée empestant sa chambre qu'elle ne quitte jamais. La première partie du roman s'attarde sur ces joutes entre femelles que les anglo-saxons qualifient de cat fight. Bref, Arthur Golden n'a rien inventé. Ce qui captive le lecteur, c'est l'issue du Combat. Qui va gagner? L'infâme s'ur ou l'émule de Cendrillon? Évidemment ce sera cette dernière qui, comme dans le fameux compte pour enfant, sera délivrée de ce monde plein de griffes par un prince nippon fort charmant.

Il n'est donc pas étonnant que Steven Spielberg ait décidé de porter cette nouvelle adaptation du compte de Perrault à l'écran. Si Golden ne révolutionne pas l'intrigue romanesque, l'aspect documentaire de ce re-make de Cendrillon est remarquable et captivant. Vous y apprendrez, entre autres, que pour se lancer à son compte une Geisha doit se constituer sa propre collection de kimonos, ce qui n'est pas de la petite bière, comment sa première nuit d'amour est marchandée, le nombre de verres de saké qu'elle doit consommer par semaine etc. Enfin, des heures et des heures de plaisirs !

par Émilie Dubreuil
Mis en ligne le 11/03/2002

Mon Afrique
de Lucie Pagé, Éd. Libre expression, Montréal, 2001, 490 p.

Avec-vous déjà lu un livre qui raconte une histoire d'amour fabuleuse; un livre sur un récit historique raconté comme si vous y étiez; un livre à suspense où vous retenez votre souffle et priez pour que les héros et les héroïnes s'en tirent; un livre d'aventure, qui se passe au Québec, en Afrique du Sud, en Inde; un livre où sont décrits les paysages, les odeurs, les personnages avec des mots justes que vous avez l'impression d'être là, de manger avec eux, d'être bouleversés par les événements, de pleurer, de rire, de crier; un livre sur le courage d'une mère; un livre sur l'entraide, la détermination, l'amitié, la trahison, la famille; un seul livre?  Il existe. Mon Afrique de Lucie Pagé.

Lucie Pagé a été reporter pour Radio-Canada et a séjourné pendant 10 ans en Afrique du Sud.  Elle a été témoin de l'arrivée sur la scène politique de Nelson Mandela jusqu'à son départ.  Elle nous raconte d'une façon magistrale, toute cette période présidentielle à travers son propre quotidien, qui fut tout, sauf ennuyant. Je ne connaissais pas Lucie Pagé. J'ai été charmée, conquise, suite à son passage à une émission de télévision, pour présenter son livre. J'ai courru l'acheter et je n'ai pas été déçue. Ce que je souhaite, c'est un deuxième livre, car je me suis attachée à Lucie Pagé et à sa famille et je suis curieuse d'en connaître la suite.

par Louise Tremblay
Mis en ligne le 11/03/2002

P comme péril
de Sue Grafton, Éditions du Seuil, Paris, 2001, 389 p.

Les lettres de l'alphabet sont le point de départ des romans policiers de Sue Grafton, lauréate des plus grands prix de roman policier américain. Son dernier livre « P comme péril » nous laisse présager encore 10 autres romans à venir.

En plus des histoires bien ficelées, les lecteurs sont envoûtés par son détective privée, Kinsey Milhone.  Cette célibataire, deux fois divorcée, petite fée du logis, se nourrissant principalement de « Big Mac » mais dépensant joyeusement ses calories par le jogging, nous fait vivre des moments de pur délice par ses descriptions humoristiques des situations et des personnages.  Elle possède pour toute garde-robe, des jeans, des cols roulés et une petite robe noire qui est presqu'un personnage dans ses aventures puisqu'on attend son passage dans ses récits, avec autant de ferveur qu'une amie très chère.  De plus, notre détective possède un penchant pour le mensonge et les situations dangereuses, ainsi qu'un petit côté fureteur qu'elle utilise abondamment dans ses enquêtes. Si vous ne connaissez pas Sue Grafton, je vous envie de découvrir ses 16 premiers romans, que vous pouvez lire dans le désordre. Si vous la connaissez déjà, vous souffrez comme moi d'attendre les prochains, de scruter les nouveaux arrivages dans les librairies, de vivre un moment d'extase lorsque vous voyez la fameuse lettre apparaître sur les rayons de votre librairie préférée.

par Louise Tremblay
Mis en ligne le 11/03/2002

Un loup est un loup
de Michel Folco, Éditions du Seuil, Paris, 1995

Ce roman transporte le lecteur en une province de la France du XVIIIe siècle, non pas, comme il est coutume, parmi les grands de l'Histoire, les rois, leurs intendants et leurs favorites, mais plutôt chez les petits, les gueux, les manants et quelques bourgeois dont l'auteur décrit avec brio et humour, les gestes quotidiens de métiers bien souvent disparus depuis fort longtemps. Ces pages inoubliables décrivent une société hiérarchisée autant chez l'homme que chez... le loup, une espèce à l'instar des vieux métiers, disparue jadis des contrées européennes. Les amants de la langue française y trouveront aussi leur compte, truffés que sont ces chapitres d'expressions truculentes; par exemple, le lecteur québécois ne manquera pas de savourer au passage les exploits oratoires du «maître de chicanes», avocat d'antan aussi astucieux qu'éloquent. Bref, voilà un livre dont on hésitera à dévorer le dernier chapitre de peur de s'en ennuyer après. Et pour parodier Charlemagne, l'ineffable et rebelle héros du roman: Lisez-le. C'est tout.

par Diane Bougie
Mis en ligne le 11/03/2002

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