

Le
médium et le message
Où allons-nous après
la mort? Dans la Bible, le roi Saul consulte une sorcière qui interroge l'esprit
du prophète Samuel. Les Grecs interrogeaient l'oracle de Delphes. En fait, dans
toutes les cultures, on retrouve ces personnes qui prétendent être capables de
communiquer avec les esprits de personnes décédées. Mais ce n'est qu'au siècle
dernier, lors de la grande vague spirite qui déferla en Occident, que des scientifiques
ont sérieusement étudié ce phénomène et tenté de communiquer avec l'au-delà.
Le spiritisme contemporain est né en 1847 à Hydesville, dans l'État de New York.
Les deux filles du fermier John Fox avaient entendu des esprits frapper aux portes;
elles ont alors conçu un code de signaux et de questions pour permettre à l'esprit
de s'exprimer. En bons fantômes, c'est ce qu'ils firent. La nouvelle de cette
expérience se propagea et les deux soeurs Fox devinrent célèbres, organisant de
multiples séances au cours desquelles les esprits se manifestaient.
Bientôt, partout aux États-Unis comme en Europe, d'autres médiums se sont
mis à offrir, eux aussi, leur transes et leur pouvoir aux adeptes. Les séances
avaient toujours lieu dans une pièce obscure. On s'assoyait autour d'une table
et l'esprit, à la demande du médium, répondait aux questions. La plupart du temps
l'esprit s'exprimait par des coups sur la table pour signifier oui ou non. Des
esprits plus expressifs pouvaient pencher ou même lever la table.
Il
y avait bien sûr des curieux, mais aussi des gens inconsolables de la perte d'un
être cher et qui s'accrochaient à la croyance et à l'espoir qu'ils pourraient
encore communiquer avec lui. D'autres cherchaient dans le spiritisme la preuve
qu'il y avait bel et bien une vie après la mort.
Dans
le contexte du matérialisme du siècle dernier, la preuve de la vie après la mort
suscitait un grand intérêt et on a même vu des églises pousser autour de
cette noble cause. Et il y avait les scientifiques. Réunis autour de sociétés
sérieuses comme The London Dialectical Society, The Society for Psychical Research,
The American Society for Psychical Research, L'Institut métaphysique et l'Association
française d'étude métaphysique, des scientifiques étudiaient le phénomène du spiritisme
en appliquant la même objectivité que s'il s'agissait de sciences physiques naturelles.
Ils maintenaient que la connaissance de la nature était encore
incomplète et qu'il ne fallait pas s'étonner si certains événements ne pouvaient
être expliqués par des théories connues. Ces chercheurs savaient que beaucoup
de séances de spiritisme étaient en fait des supercheries, mais ils estimaient
que si un seul cas sur 1000 s'avère réel, la science a le droit et le devoir de
faire enquête pour chercher à résoudre l'énigme.
Malheureusement,
pas un seul cas ne pu être scientifiquement prouvé. La vague de spiritisme atteignit
son apogée à la fin du XIX siècle et se poursuivit même jusqu'à la fin de la Première
Guerre mondiale. C'est alors que des magiciens célèbres comme Houdini affirmèrent
pouvoir expliquer et reproduire n'importe quelle apparition de l'au-delà.
En
même temps, les psychiatres commencaient à attirer l'attention sur les puissances
du subsconscient et de la psyché humaine. Les esprits venaient de recevoir un
coup mortel. Ce qui ne devait évidemment pas les inquiéter!
En
effet, le spiritisme est en train de renaître sous un nouveau nom, le channeling
qui fait fureur parmi les adeptes du Nouvel Age. Ainsi, J.Z. Knight, qui compte
Shirley MacLaine parmi ses clientes, est en contact permanent avec Ramtha, un
guerrier mort il y a 35 000 ans, alors que Kevin Ryerson préfère discuter avec
l'apôtre Jean. Dans tous les cas le verbe s'est fait cher...
Même
si l'histoire du spiritisme est truffée de fraudes, de manipulations et d'absurdités
chroniques, le désir de communiquer avec l'au-delà est toujours présent. Pour
les croyants, les preuves ne sont pas nécessaires. Pour les sceptiques, aucune
preuve ne sera suffisante.