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| 4. LES BONNES AFFAIRES
GLENN GOULD, LE NOUVEL AUDITEUR par Frédéric Champoux [frederic_champoux@yahoo.ca]
Avant même de commencer votre exploration de lunivers de Glenn Gould, il est fortement recommandé de lire le livret qui accompagne le cédérom. Adoptez-le comme le voyageur adopte le guide touristique: votre compréhension des différents modules vous paraîtra plus claire, car, il faut malheureusement le dire, la navigation nest jamais aisée et on se retrouve trop souvent devant une scène en se demandant: "Mais quest-ce que je dois faire? Quattend-t-on de moi?" Peut-être les créateurs du cédérom lont-ils voulu ainsi pour respecter la démarche artistique du musicien, mais ils se sont par le fait même aliénés les "nouveaux auditeurs" (et les autres!) à qui cette approche ne plaît pas. Glenn Gould, le nouvel auditeur est construit autour de deux espaces interactifs. Dans le premier, le "Paysage du Grand Nord", on retrouve cinq séquences (la montagne, lidée du Nord, le cottage/lappartement, la voiture et léglise) qui "composent une vision en mosaïque de lenvironnement sonore et visuel de Glenn Gould." Le second, la base de données, "propose un riche ensemble de documents écrits, sonores, photographiques et vidéo." Son utilisation simple et son interface conviviale nous permettent de creuser l'univers de Gould à travers ses écrits et ses interprétations (à titre d'exemple, on peut y entendre un extrait du rondo "Allegro ma non troppo" du Concerto no 1 en do mineur de Brahms, executé le 6 avril 1962 à New York et qui demeure, semble-t-il, l'une de ses interprétations publiques les plus controversées; on ne peut que regretter, dans ce cas précis, de ne pouvoir écouter le même extrait exécuté de manière plus "conventionnelle" et comparer ainsi la lecture que faisait Gould de certaines uvres). Il est aussi possible de consulter un document PDF de 130 pages rédigé par un spécialiste du musicien canadien, Kevin Bazzana, qui est "enrichi d'informations discographiques et d'extraits de textes de Glenn Gould présentés au moyen d'une marge, procédé que lui-même utilisait dans ses articles." Le moment le plus intéressant de cédérom est sans contredit celui où nous nous retrouvons dans la peau du créateur-musicien-technicien-auditeur, bref de cette "identité créatrice [qui] devient collective, [et qui] s'empare des techniciens et de l'auditeur, non plus considéré comme une entité collective mais comme un créateur disposant des mêmes prérogatives par rapport à l'interprète que celles que celui-ci s'octroie par rapport au compositeur." Dans le décor d'une montagne située quelque part dans le grand Nord canadien que Gould affectionnait tant, nous remixons à partir de plusieurs prises la Fugue en la mineur de Bach ou encore la Sonatine en fa dièse mineur, opus 67 no 1 de Sibelius à partir de plusieurs enregistrements, alors que les microphones étaient placés à diverses distances dans le studio. Que retiendrons-nous de ce cédérom? Qu'il est visuellement superbe (l'un des plus beau qu'il m'ait été possible de voir) et d'une extrême richesse en terme de contenu. Cependant, la navigation à travers les séquences ne se fait pas sans heurts: plusieurs personnes y trouveront quelques irritants qui les pousseront à abandonner la consultation du cédérom. Mais si elles persévèrent, elles ne le regretteront pas. J'en suis la preuve vivante.
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