La Lettre du bibliothécaire québécois
Numéro 6 - Novembre 1997


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5. DOSSIER: LES THESES ÉLECTRONIQUES


La Lettre a le plaisir d'accueillir un nouveau rédacteur : Guy Teasdale, de la bibliothèque de l'Université Laval. Guy Teasdale connaît bien le domaine de l'édition électronique en milieu universitaire (1). Il a été au cur du projet conversion de deux monographies des Presses de l'Université Laval en format SGML (2). Ces publications, accessibles à l'adresse
[ http://www.bibl.ulaval.ca/doelec/pul/ ], ont généré plus de 14 000 fichiers (correspondant à des chapitres) de consultation (3).

Les lecteurs intéressés à en connaître davantage sur notre nouveau rédacteur et ses préoccupations sont invités à consulter sa page personnelle
[ http://www.bibl.ulaval.ca/info/pagepers/teasdale/welcome.htm ]

Pour son premier texte, présenté sous forme de dossier, Guy Teasdale brosse un état de la question concernant les mémoires et thèses sous format électronique. Il soulève plus particulièrement la question des formats de conversion. Les notes, incluant les précédentes, sont de Guy Teasdale et sont situées à la fin du document.

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LES THÈSES ÉLECTRONIQUES DANS NOS BIBLIOTHÈQUES ... POUR BIENTÔT?

par Guy Teasdale (Guy.Teasdale@bibl.ulaval.ca)

 

Un leader : Virginia Tech.

C'est en 1987, à Ann Arbor au Michigan, dans les locaux de University Microfilm qu'on a commencé à réfléchir sur un projet de Service national de thèses électroniques. Déjà, à l'époque, on envisageait d'utiliser le SGML pour encoder les thèses, même si le SGML n'était une norme internationale que depuis le mois d'octobre 1986. À la réunion d'Ann Arbor, participaient des représentants de l'Université Virginia Tech, de l'Université du Michigan et de compagnies de logiciels SGML (ArborText et SoftQuad). L'Université Virginia Tech finança ensuite le développement d'une DTD (4) spécifiquement conçue pour décrire des thèses, la DTD ETD (Electronic Thesis and Dissertations).

Ed Fox et John Eaton (Doyen de la "Graduate School"), tous deux de Virginia Tech, travaillent à résoudre les problèmes reliés à la production, l'archivage et l'accès aux thèses. D'abord localement puis, depuis 1992, en collaboration avec la Coalition for Networked Information (CNI), et le Council of Graduate Schools (CGS).

En janvier 1997, l'Université Virginia Tech a décidé que toutes les thèses soumises (maîtrise ou doctorat) devaient l'être sous format électronique. Pour appuyer cette décision un service d'aide a été créé. Le site Web du projet ETD (Electronic Thesis and Dissertation) situé au
[ http://etd.vt.edu/ ] comprend toutes les informations qu'un étudiant a besoin pour en arriver à un dépôt de thèse sous forme électronique.

Virginia Tech accepte les thèses en format PDF (5) et en format SGML. Dans le cas du SGML, la thèse doit être balisée au moyen de la DTD ETD.


Le Networked Digital Library of Theses and Dissertations (NDLTD)

Le projet de Virginia Tech a connu une expansion dans le projet Networked Digital Library of Theses and Dissertations (NDLTD) [ http://www.ndltd.org/ ]. Ce projet de recherche (début 1er sept. 1996) d'une durée de 3 ans, subventionné par le Département de l'Éducation des États-Unis, a pour but d'établir un réseau de thèses accessibles sous forme électronique. Plusieurs universités ont accepté de participer ou ont manifesté un intérêt pour la chose (dont, au Canada, l'Université de Waterloo et la Bibliothèque nationale du Canada).


University Microfilms International (UMI)

Poussé en partie par les développements avec le NDLTD, UMI s'est engagée à convertir, à partir du 1er janvier 1997, toutes les thèses qui lui sont soumises (que ce soit en format papier ou en format électronique) vers le format PDF. Compte tenu du rythme d'accroissement des thèses chez UMI, ces derniers estiment que plus de 45 000 titres seront disponibles en format PDF d'ici la fin de 1997. On peut consulter leur site pilote à [ http://wwwlib.umi.com/solutions/1.0.html ]. Les thèses peuvent également être soumises électroniquement chez UMI dans les formats suivants: Adobe Acrobat (PDF), Adobe Postscript, MSWord (deux dernières versions), WordPerfect (deux dernières versions).

Mise à part l'exception notable de Virginia Tech, la préoccupation concernant les thèses électroniques est très récente dans toutes les Universités que nous avons pu recenser. Voyons ce qui se passe ailleurs dans le monde.


En Grande-Bretagne

Les britanniques ont formé un comité chargé d'étudier des questions similaires. Le University Thesis On-line Group (UTOG) vient de compléter un sondage subventionné par la British Library et le JISC (6). On peut lire une analyse sommaire du sondage dans la revue Ariadne de Septembre 1997 (7). L'attitude des étudiants de doctorat envers un projet de thèses électroniques est globalement positive.


En Allemagne

L'Université technique de Graz donne accès aux abstracts des thèses déposées depuis 1990
[ http://www.tu-graz.ac.at/TU-Graz.Dipl/ ]. Le Darmstadt University of Technology est, quand à lui, membre officiel du NDLTD.


En France

L'Université de Grenoble propose l'accès à plus de 3 000 documents (dont des thèses) traitant de l'évolution des mathématiques. Le projet Callimaque [ http://callimaque.grenet.fr/ ] est le fruit d'une collaboration entre l'IMAG, l'INRIA, le CICG et le Centre de recherche de Rank Xerox de Grenoble (RXRC).

Notons que ce projet donne accès à des "pages images" et qu'il diffère grandement des autres projets américains; les pages-images n'étant évidemment pas recherchables en texte intégral. D'autres universités françaises diffusent quelques thèses en PDF mais il ne semble y avoir rien de systématique à ce niveau.


Au Canada

L'Université de Waterloo se penche sur la question depuis l'automne 1996
[ http://library.uwaterloo.ca/~uw-etpt/etpt.html ]. Le rapport de la phase 1 du projet est disponible depuis le 28 avril 1997 [ http://www.lib.uwaterloo.ca/~uw-etpt/Report/ ]

L'Université de Toronto et de York viennent également de débuter un projet sur les thèses électroniques. On peut suivre l'évolution de leurs réflexions à [ http://www.fis.utoronto.ca/etd/ ].


Au Québec

À l'Université Laval, un comité composé de membres de la bibliothèque, de la Faculté des Études Supérieures et de professeurs vient d'être formé. Ce comité a pour mandat d'étudier la question des thèses électroniques et de formuler des recommandations au doyen. Il n'y a pas encore de site web permettant de suivre l'évolution des travaux du comité.

L'Université de Montréal débute également ses réflexions à ce sujet et un comité regroupe des représentants de la bibliothèque de la Faculté des Études Supérieures (FES) et des Presses de l'Université de Montréal.

Nous n'avons pas de données concernant l'état d'avancement des travaux à ce sujet dans les autres universités québécoises. Si vous avez débuté des recherches sur la numérisation des thèses, écrivez-moi. Je tiendrai informés les lecteurs de La lettre du bibliothécaire québécois.


Par où commencer?

Il ne s'agit pas d'une tâche anodine. C'est un projet qui peut s'implanter en 12-18 mois (quoique certaines universités californiennes membre du NDLTD ont procédé plus rapidement). Il faut d'abord s'assurer de construire le consensus sur une base locale en impliquant les Facultés, les étudiants gradués. Il faut ensuite créer une infrastructure de support. Il faut également travailler sur l'automatisation de tout le processus de soumission d'une thèse électronique. En Virginie, la thèse est soumise sur le serveur de la bibliothèque. Les étudiants inscrivent eux-mêmes, au moyen d'un formulaire Web, les données de catalogage, les mots clés, les autorisations de diffusion etc.


Quels sont les avantages?

Ils sont multiples pour les étudiants, pour l'Université, pour une "véritable" bibliothèque virtuelle. Signalons entre autres choses le fait de développer chez les étudiants une capacité de publier électroniquement ("to become information literate") et de savoir utiliser efficacement la bibliothèque virtuelle - ces deux habilités risquant d'être indispensables au tournant du siècle ­ une meilleure diffusion des résultats de la recherche; un accès facilité aux autres thèses. Le mode d'accès actuel par PEB est coûteux, la diffusion par micro-fiches n'incite pas les chercheurs à des consultations intensives. De plus, une microfiche ne peut être utilisée pour le multimédia qui commence à être introduit dans les thèses (une thèse a même été soumise sur cédérom à Laval, à la fin du mois d'octobre). Signalons enfin que le traitement et la conservation des thèses dans les bibliothèque seront facilités par le format électronique en autant qu'on s'entende sur des formats communs.


Conclusion

Cet état de la question ne prétend aucunement être exhaustif mais devrait suffire à démontrer un intérêt pour les thèses électroniques un peu partout. La question n'est donc pas de savoir si les universités accepteront des thèses soumises électroniquement mais bien dans quel(s) format(s) et quand.

Il faut que nos bibliothèques soient prêtes à traiter, conserver et diffuser ces documents. Il importe également de s'impliquer, si on ne veut pas être inondé de formats électroniques incompatibles dont nous devrions de toute façon assurer la pérennité. D'ailleurs ce n'est pas un hasard si on constate l'implication des bibliothèques dans presque tous les cas recensés ici.

 

NOTES

1. Les périodiques électroniques de bibliothéconomie (D-LIB Magazine, Ariadne) et les forums de discussion du même type (Diglib à la bibliothèque nationale du Canada, Diglibns à l'Université Berkeley) consacrés aux questions relatives à l'édition savante se multiplient sur Internet. Voir également la liste des projets académiques dans le SGML Web Page [ http://www.sil.org/sgml/acadapps.html ]. Voir enfin l'imposante bibliographie de Charles W., Jr. Bailey. Scholarly Electronic Publishing Bibliography. Houston: University of Houston Libraries, 1996-97 [ http://info.lib.uh.edu/sepb/sepb.html ].

2. Standard Generalized Markup Language (ISO 8879). En français, on parle de Langage normalisé de balisage généralisé. La norme SGML est de plus en plus identifiée comme étant la solution la plus apte à assurer la conservation, l'enrichissement et l'échange des documents électroniques. Voir par exemple : Coleman, James et Don Willis. SGML as a Framework for Digital Preservation and Access. Washington, DC, The Commission on Preservation & Access, July 1997.

3. Voir Teasdale, Guy. L'édition savante électronique aux Presses de l'Université Laval : Conférence présentée à l'occasion du 28e congrès de la Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec, le 22 mai 1997
[ http://www.bibl.ulaval.ca/info/pagepers/teasdale/confcbpq.htm ] La deuxième partie analyse les statistiques de consultation.

4. Dans le vocabulaire SGML la DTD (Définition de Type de Document) sert à consigner les règles et les balises acceptées dans un type de document. La DTD est ensuite utilisée par les logiciels SGML à la saisie et à la validation. La DTD ISO-12083 peut être utilisée pour encoder des thèses, des livres, des articles de périodiques, des formules mathématiques et des publications en série.

5. Portable Document Format. Format de document développé par la compagnie Adobe permettant de reproduire exactement l'apparence d'un document, peu importe le logiciel avec lequel il a été produit et la plate-forme utilisée. Adobe distribue gratuitement son logiciel lecteur de PDF.

6. Le Joint Information Systems Committee : " Funded by the Scottish Higher Education Funding Council, the Higher Education Funding Council for England, the Higher Education Funding Council for Wales and the Department of Education Northern Ireland, the mission of the JISC is: "To stimulate and enable the cost effective exploitation of information systems and to provide a high quality national network infrastructure for the UK higher education and research councils communities"

7. Roberts, Alason. "Theses Unbound". Ariadne, no 11, sept 1997 [ http://www.ariadne.ac.uk/issue11/cover/ ]

8. La position de Virginia Tech a généré de la controverse. Certains étudiants n'ont pas aimé être obligés de soumettre leur thèse électroniquement. Certains éditeurs ont également des réticences. Il s'agit d'une résistance normale au changement. (Voir à ce sujet: D-Lib Magazine, Septembre 1997 Networked Digital Library of Theses and Dissertations: An International Effort Unlocking University Resources Edward A. Fox, John L. Eaton, Gail McMillan, Neill A. Kipp, Paul Mather, Tim McGonigle, William Schweiker, and Brian DeVane.

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