La Lettre du bibliothécaire québécois
Numéro 7 - Décembre 1997


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3. DOSSIER


BIBLIOTHEQUES ELECTRONIQUES: LA DOCUMENTATION PATRIMONIALE

par Guy Teasdale [ Guy.Teasdale@bibl.ulaval.ca ]

Les bibliothèques du monde entier sont de plus en plus nombreuses à initier des projets visant à accroître l'accès à l'information patrimoniale (iconographique, textuelle et même sonore) sous forme électronique. L'importance de ce phénomène, hormis l'intérêt historique propre à ces collections, réside dans le fait que cette documentation relève du domaine public et que, par conséquent, elle peut être diffusée sans qu'il n'y ait de libération préalable de droit d'auteur sur les documents originaux (sur support papier). L'accès à la documentation électronique est aussi TRÈS populaire : plusieurs projets sont en phases d'exploration et d'expérimentation.

Au niveau iconographique, par exemple, nous pouvons maintenant examiner des trésors artistiques nationaux qui étaient auparavant difficilement accessibles ou même inaccessibles. Ainsi, les fameux "Manuscrits de la Mer morte" ont longtemps échappé à l'examen des chercheurs. Plus maintenant: [ http://sunsite.unc.edu/expo/deadsea.scrolls.exhibit/intro.html ]. Autre exemple, la Bibliothèque Nationale de France (BNF) offre au regard de la planète entière des enluminures médiévales [ http://www.bnf.fr/enluminures/accueil.htm ].


Quelques exemples choisis de sites internationaux de textes électroniques

La Bibliothèque Nationale de France a récemment lancé le site Gallica : Textes et images du XIXe siècle francophone [ http://gallica.bnf.fr ]. Du côté australien, la Bibliothèque nationale d'Australie, dans le cadre du projet "Australian Cooperative Digitisation", a choisi la période d'édition comprise entre 1840 et 1845 pour ses expériences de numérisation d'oeuvres de fiction et de publications en série [ http://www.nla.gov.au/ferg/fergproj.html ].

Mentionnons, du côté américain, le projet American Memory de la Bibliothèque du Congrès qui rassemble une impressionnante collection d'Americana sur le site de la bibliothèque "virtuelle" nationale [ http://lcweb2.loc.gov/ammem/amhome.html ]. Le projet de l'Université du Michigan "Making of America" vaut également le détour
[ http://www.umdl.umich.edu/moa/ ]. Le moteur de recherche de ce site est particulièrement performant. Il donne accès à près de 700,000 pages tirées de 1600 livres et 10 périodiques comprenant près de 50 000 articles sur l'Amérique de la fin du XIXe siècle. De façon étonnante, on y retrouve 2224 occurences du mot "Quebec".


Quelques exemples au Canada et au Québec

L'Initiative Canadienne sur les Bibliothèques Numériques (ICBN) de la Bibliothèque nationale du Canada "vise à favoriser, à coordonner et à faciliter le développement des collections et des services numériques au Canada en vue d'optimiser l'interfonctionnement à l'échelle nationale, et l'accès à long terme aux ressources documentaires numériques au Canada". La bibliothèque de l'Université Laval fait partie du comité de direction de ce projet. Le site de L'ICBN permet (et permettra) d'avoir un bon aperçu des nombreuses problématiques concernant les bibliothèques numériques (copyright, métadonnées, formats etc.) [ http://www.nlc-bnc.ca/cidl/cidlf.htm ].

Les bibliothèques de l'Université de Saskatchewan ont publié "Documenting Saskatchewan"
[ http://library.usask.ca/90th/ ] qui relate les 90 ans de l'histoire de la Saskatchewan. La bibliothèque de l'Université du Nouveau-Brunswick a rendu public, par le biais du projet "Electronic Text Centre", une série de documents historiques portant sur les loyalistes de la province (XVIIIe siècle) et sur des poètes régionaux [ http://www.lib.unb.ca/Main/Texts.html ]

Le plus important projet au Canada, "Notre mémoire en ligne /Early Canadiana online"
[ http://www.nlc-bnc.ca/cihm/ecol/ ] a pour objectif la diffusion en format électronique de quelques 5,000 documents présentement sur microfiches (environ 13 000 fiches), tirés de la collection de l'Institut Canadien de Microreproductions Historiques (ICMH).

Ce projet regroupe les partenaires suivants: la Bibliothèque de l'Université Laval, celle de l'Université de Toronto, la Bibliothèque nationale du Canada et l'ICMH. La Bibliothèque nationale du Québec est partenaire du projet pour le volet relatif à la littérature canadienne-française d'avant 1900.

Les documents, une fois numérisés, seront intégrés dans 5 collections:

· Littérature canadienne anglaise
· Études autochtones
· Histoire du canada français
· Écrivaines canadiennes du XIXe siècle

De plus, tous les textes signalés dans le "Dictionnaire des uvres littéraires du Québec", tome 1, sont en voie de numérisation par la BNQ.

Le projet "Notre mémoire en ligne" a également pour objectif d'étudier les différents modes d'accès aux documents (papier, microfiche, en ligne) et de développer un modèle économique visant à mieux comprendre les coûts encourus et évités, par l'accès électronique en rapport à l'accès traditionnel (papier ou microfiche).

Tous ces projets visant à favoriser l'ACCÈS ont un corollaire: la CONSERVATION. Si vous désirez créer une bibliothèque numérique, vous devez faire des choix entre ces deux faces de Janus ou, si vous préférez, vous devrez résoudre le dilemme du Mini-Wheat: est-ce qu'on se préoccupe de son côté givré (l'accès) ou de son côté nourrissant de blé entier (la conservation). De nombreuses recherches ayant cours à travers le monde ont pour but d'éviter aux bibliothèques numériques actuellement en construction l'outrage de l'obsolescence technologique.

Si vous avez suivi quelques-uns des liens hypertextes mentionnés ci-haut, vous avez constaté que différents formats de fichiers sont apparus: certains ouvrages sont présentés en format image, page par page, d'autres en format texte, balisés en HTML, d'autres enfin en format PDF, format qui peut inclure de l'image ou du texte. Tous ces choix technologiques ont des impacts, notamment sur la rapidité avec laquelle on accède au document. Devez-vous tabler sur l'augmentation "annoncée" de la rapidité du réseau? Il semble que, depuis le début d'Internet, l'augmentation de la demande a toujours surpassé l'augmentation de la bande passante. Donc, le pari de l'augmentation de puissance à court terme est peut-être risqué.

D'autre part, certaines technologies, telles le format PDF, sont plus faciles et moins coûteuses à court terme. Par contre, ces technologies ont également un impact, qu'on se doit d'évaluer, sur la conservation. Comment choisir le format qui résistera à l'épreuve du temps (comme le papier qui nous a si bien servi, ou même mieux, comme le microfilm)? Un changement de format dans 5 ou 10 ans peut représenter des coûts aussi importants que si on refaisait complètement, périodiquement, les reliures de nos collections.

Dans le prochain numéro de la LBQ, nous aborderons donc plus directement cette autre face de Janus que représente la conservation. Nous tenterons d'examiner les avantages et les inconvénients des différents choix technologiques: PDF, HTML, SGML, format image, format texte.

 

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