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par Louis Le Borgne, UQAM [ le_borgne.louis@UQAM.CA ]
Il y a déjà quelques années une firme proposait une collection d'articles de journaux quotidiens, directement accessible sur ordinateur. Cette offre permettait non seulement de repérer les référence bibliographiques de ces articles, mais aussi les textes intégraux de ceux-ci. Aux yeux de certains cela signifiait la disparition à terme du support microfilm traditionnel pour les journaux et même pour tout autre type de document. Mais même si la manipulation du microfilm et la photocopie tirée de ce dernier ont toujours été d'un usage pénible ou médiocre, il n'en reste pas moins que la conservation de collections périodiques sur microformes (microfilms ou microfiches) permettait d'offrir le duplicata intégral du document original, sauf peut-être la couleur. Or cette forme de gestion et de recherche de données informatiques "plein texte" ne peut pas offrir l'intégralité et donc l'intégrité de la documentation originale offerte par la technique de la micro-édition traditionnelle (micropublishing). Devant cette objection on nous renvoyait avec indifférence aux sources microéditées, car on jugeait que notre souci d'intégrité du document original faisait peu de pois devant l'efficacité de la recherche dynamique en format plein texte; peu importe que cette solution ait exclut les photos, les graphiques, la publicité, les annonces classées, les informations. boursières, les articles repiqués des agences de presse, etc. inclus dans les périodiques recensés Qu'on ait perdu la mémoire visuelle d'un journal, d'un magazine ou d'une revue importait peu, car la conservation documentaire n'était pas l'objectif de ces produits. En effet la puissance de la recherche en plein texte compense aisément pour beaucoup cette amnésie graphique. La vitesse offerte par les autoroutes de l'information justifiait que l'on ait annihilé les vieux quartiers de la ville imprimée... Simultanément quelques firmes comme University Microfilm International (UMI) offrirent sur CD-Roms (BPO Full-Image Database) des instruments de recherche comme ABI/Inform qui étaient à la fois des index électroniques d'articles de périodiques et des collections des textes intégraux de ces derniers sous forme d'images numérisées. Cette solution hybride avait plusieurs avantages: elle offrait non seulement une analyse documentaire complète des articles avec indexation et résumé mais aussi la collection au moins partielle des textes eux-mêmes en format image, incluant leur tableaux, graphiques, photos, etc. Cependant cette technique avait aussi plusieurs inconvénients majeurs: - Elle n'offrait.en format image que la moitié de tous les articles indexés; - Le format image en bitmap non-compressé sur le lequel était conservé ces articles exigeait un espace binaire énorme sur les CD-Roms où étaient conservés ces articles. En conséquence les disques de CD-Rom s'empilaient par dizaines à côté des appareils de consultation; - Enfin cette collection "images" numérisées d'articles de revues n'était nullement le reflet de chaque numéro des revues où étaient tirés ces articles, puisque là aussi les numéros de périodiques ne sont pas reproduits intégralement: ni leurs tables des matières, ni la publicité qu'ils contiennent, ni les articles mineurs ou non indexés ne sont présents sur cette collection. En fin de compte la firme UMI a du réviser sa politique éditoriale pour des raisons de coûts d'opération et de mise à jour. Elle offre maintenant seulement en texte intégral une partie de ses articles indexés sur ses bases de données indexée comme ABI/Inform. En échange, cependant, ces "pleins textes" sont maintenant disponibles sur Internet moyennant abonnement. Tout en ne prétendant nullement faire ici une analyse exhaustive de l'offre éditoriale dans le domaine des banques de données en textes intégraux, nous croyons que nous en sommes à actuellement à une offre unique : le plein/plain texte. Or ceci ne nous satisfait nullement et on ne doit pas se résigner à cette offre documentaire comme la norme définitive de cette fin du XXe siècle. En dehors du fait que cette technique, avec ses avantages indéniables, a pour effet inévitable de pousser la micro-édition traditionnelle vers le cimetière technologique, elle a aussi comme conséquence négative potentielle l'exclusion de la source documentaire dans sa forme originale. Le plein texte d'un article de quotidien ne rend pas justice à sa présentation graphique originale, à son montage éditorial (pas de photos, pas de typographie sui generis, etc). Le plein texte d'un article scientifique ne permet pas non plus la présentation des tableaux, des graphiques, des illustrations, etc. qui accompagnent ces textes. Je crois que cette offre documentaire n'est qu'une solution transitoire liée à certaines carences techniques provoquées par le poids trop considérable de la gestion "image" de la documentation imprimée. Or ces carences sont provoquées par deux contraintes: - La première contrainte concerne l'incapacité actuelle du réseau en ligne de transmettre rapidement les transferts d'information numérique très dense exigés par l'information de type graphique. Même sous une forme aussi intelligente que le format compressé PDF, on ne peut consulter rapidement sur Internet toutes les pages d'un journal quotidien dans sa présentation originale. Le réseau Internet exige des délais de transmission trop longs pour qu'on puisse en faire un usage pratique et facile. Par exemple même le "Monde diplomatique" n'est pas accessible intégralement sur Internet pour cette raison-là, en dépit du fait que tous ses articles peuvent y être lus, y compris les plus petits d'entre eux, comme les rectificatifs. Car, si parfois on se paye le luxe d'offrir en format PDF la première page du périodique (Le Monde, Libération, le Journal de Montréal) sur un page WEB, il y manque quand même toutes les autres pages dans ce format, avec leurs photos, la publicité et tout le reste qui font partie de la présentation visuelle du journal original. Cette lacune est inévitable sur Internet car le transfert de fichiers PDF comprenant toutes les pages d'un périodiques serait trop long et surtout trop lourd à gérer sur un serveur en ligne. - La deuxième contrainte est liée à la limite de la quantité d'information enregistrable sur le support CD-Rom. On a vu que l'expérience BPO de UMI a dû être interrompue pour cette raison. Les CD-Roms traditionnels ne peuvent contenir suffisamment de fichiers images pour être facilement manipulables. Il existe peut-être une solution: Offrir à la fois le plein texte et le fichier image d'un article simultanément sur un nouveau support de conservation et de transmission: le DVD; acronyme pour "Digital Versatile Disc". Cette technique, fondée sur des normes internationales de compressions adoptées par l'industrie des médias et de l'informatique vient de faire son entrée dans le domaine du cinéma. Elle le fait aussi tout récemment dans le domaine de la micro-informatique pour remplacer le CD-Rom, ce sera le DVD-Rom. Bientôt il y aura le DVD-Ram (effaçable) et le DVD-Audio pour remplacer le Compact-disc. Le DVD a le même format apparent que le CD-Rom ou le Compact disc (ces derniers incidemment pourront être lus sur les lecteurs DVD), mais ils pourront contenir cette fois jusqu'à 17 fois plus d'information par face que le CD-Rom ordinaire. Nous croyons qu'une telle technologie a un rôle à jouer dans le domaine de la conservation et la diffusion de l'information périodique. Ce rôle consistera à réunir sur un seul et même support le meilleur des deux mondes l'information (et de la recherche) en texte intégral et les collections intégrales des périodiques en mode image, format PDF ou autre. Nous croyons que le microfilm sera remplacé par le DVD et ses successeurs encore plus performants. Nous croyons que le DVD peut offrir l'efficacité de la recherche plein texte ou indexée en même temps que le confort ou la sécurité de l'information "image intégrale" des textes obtenus par la recherche. L'un pouvant renvoyer à l'autre et vice-versa sur le même disque DVD. La numérisation images des pages de périodiques n'exige pas plus d'effort technique que la numérisation texte de ces même pages. À la différence près que tout le périodique dans son intégralité sera alors numérisé en image (format PDF ou autre...) Cette proposition n'a rien d'original. Elle est sans doute étudiée chez certains éditeurs spécialisés. Elle offre des garanties d'intégrité et de protection de l'information-source encore plus grandes que les techniques actuelles. Sa commercialisation n'exigera aucun effort particulier une fois les lecteurs de DVD banalisés sur les ordinateurs ou même pour les appareils de télévision... Si Internet propose plus tard une transmission plus rapide, il est possible que les fichiers images de textes puissent alors y être plus facilement accessibles, mais ce temps n'est pas encore venu et il ne le sera pas avant longtemps, alors que le DVD est déjà parmi nous. Mais, dans tous les cas, il ne faut jamais se plier devant les diktas technologique lorsqu'il s'agit de l'intégrité d'une collection. Actuellement, pour répondre à cette exigence, les bibliothèques doivent parfois conserver certains titres simultanément sous trois supports de conservation: le papier, le microfilm, et l'encodage numérique. Espérons que le microfilm sera celui qui disparaîtra le premier sans que soit remis en cause cette intégrité/intégralité de nos collections périodiques. |