Les nanotechnologies font déjà partie de nos vies. « Plusieurs crèmes solaires transparentes contiennent des nanoparticules de dioxyde de titane », donne en exemple Édith Deleury. Or, ce que font ces particules sur le corps, on en sait peu de choses.

Dans un avis rendu public mardi, 21 novembre, la Commission de l’éthique de la science et de la technologie, présidée par Édith Deleury, invite les gouvernements à mettre en place des mécanismes d’évaluation des produits issus des nanotechnologies. Il faut en effet savoir qu’il n’existe pas de loi ou de règlement spécifique à ce secteur au Québec, au Canada et même à travers le monde.

Et ceux qui s’attendent à ce que l’avis ramasse la poussière seront surpris d’apprendre que l’une des recommandations de la Commission a déjà été mise en application. Le jour même de la publication, on annonçait le démarrage d'un réseau de recherche sur les aspects éthiques, économiques, légaux, sociaux et environnementaux des nanotechnologies, ou NE3LS, qui bénéficie du soutien financier de trois fonds de recherche du gouvernement québécois ainsi que de NanoQuébec et de l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail.

L’une des principales préoccupations est qu’une fois miniaturisés à une taille 500 à 100 000 fois plus fine qu’un cheveu, les produits acquièrent de nouvelles propriétés et réussissent à franchir les barrières naturelles du corps comme la peau, les poumons et la frontière hématoencéphalique, qui bloque le passage de plusieurs particules vers le cerveau.

Pour la Commission, les multiples inconnues de cette science exigent donc qu’on adopte une approche de précaution et qu’on étudie les risques des nouveaux produits à toutes les étapes, de leur production à leur dégradation. Et puisque les risques concernent aussi l’environnement, la Commission suggère que le gouvernement mette en place un système de veille qui permettra d’identifier les produits nuisibles et de les retirer rapidement du marché.

Certains aimeraient de plus que le gouvernement n’attende pas que le mal soit fait. Dans un communiqué publié le lendemain du lancement de l’avis, Greenpeace exige le retrait immédiat de quelque 700 produits d’ores et déjà sur le marché. L’organisme compare la situation actuelle des nanotechnologies à ce qui s’est produit avec les OGM, qui ont été mis en marché avant qu’on ait évalué leur innocuité.

La Commission demande enfin au gouvernement du Québec de mieux informer le public des enjeux des nanotechnologies, par exemple au moyen d’un portail Internet similaire à celui qui a été créé pour les OGM.