31 janvier 2009
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L'évolution, deuxième prise

(Agence Science-Presse) – On n’a pas encore créé de vie artificielle que, déjà, d’aucuns parlent « d’évolution » en éprouvette. Aperçu d’une recherche aux frontières de la vie.

« De toute évidence, ce que nous tentons, c’est de faire de la biologie », explique Gerald Joyce, une explication qui lui paraît nécessaire parce qu’il n’est pas lui-même biologiste, mais biochimiste. Et qu’il penche plus du côté de la chimie : ce qui attire son attention, dans ces murs de l’Institut de recherche Scripps à La Jolla, Californie, c’est une molécule qui « accomplit une des fonctions de base de la vie, produire des copies d’elle-même ».

Joyce et son collègue Tracey Lincoln ont produit leur molécule à partir de l’ARN, cette molécule complexe que les biologistes désignent désormais comme celle qui, à l’origine, a dû se former avant l’ADN —la fameuse double hélice, qui contient notre code génétique.

Pour accompagner cet ARN, il lui ont fourni des enzymes, appelés R3C, fabriqués par eux-mêmes, avec une seule fonction : attacher deux fragments d’ARN pour créer une nouvelle molécule d’ARN. En termes clairs: fabriquer une copie. Il a fallu bien des essais et erreurs pour rendre le tout fonctionnel; n’empêche qu’à la fin, fabriquer des copies de soi-même, qu’on soit humain ou microscopique, on appelle ça, en langage de biologiste, de la vie.

Étape suivante : amener ces molécules à s’améliorer, en ne conservant que les copies les plus efficaces ou les plus complètes. En langage de biologiste, on appelle ça l’évolution.

Ces biochimistes ont-ils donc reconstitué les premiers pas de la vie, ou à tout le moins les premiers pas conduisant vers la vie tel que nous la définissons? Aucun des deux ne se risque à affirmer pareille chose dans la recherche, publiée dans la revue Science. Il n’y a peut-être pas qu'un seul parcours conduisant vers notre arbre généalogique, et quand bien même n’y en aurait-il qu’un, rien ne permet d’affirmer que ce qui vient de se passer dans leurs éprouvettes est la seule étape.

Mais la capacité à former des copies de soi-même est depuis longtemps la caractéristique première de « la vie », dans tous les manuels de biologie. Si la percée de ces deux Américains se confirme, il va falloir raffiner la définition.