La marée noire du Golfe du Mexique est un beau cas d’espèce : ses aspects politiques sont faciles à expliquer, ses aspects scientifiques, beaucoup moins. Comment, par exemple, faire comprendre aux lecteurs ou téléspectateurs la taille d’une marée noire? Et qui aurait cru que ce serait un humoriste qui taperait sur les doigts des journalistes?

Jon Stewart, l’animateur du Daily Show —une délicieuse satire des bulletins d’information télévisés— fait son pain et son beurre des dérapages commis 24 heures sur 24 par les chaînes d’information continue. Ainsi, le 3 mai, il réussissait à faire rire son auditoire avec un sujet aussi triste que la marée noire : d’abord grâce à un enchaînement des efforts d’une demi-douzaine de journalistes différents : « cette marée noire est de la taille de l’Ohio »; «... la taille du Delaware et du Rhode Island réunis... »; « ... la taille de la Jamaïque »; « la taille de Porto Rico ». Et ainsi de suite...

À leur décharge, ils ont eu le bon réflexe : j’enseigne moi-même à mes étudiants que rien ne vaut une bonne analogie pour faire digérer un chiffre abstrait. Mais l’analogie n’est pas seulement peu parlante (qui peut spontanément visualiser l’Ohio sur le Golfe du Mexique?), elle est trompeuse : une marée noire n’est pas un tapis qu’on déroule sur l’eau, surtout quand la fuite est à 1500 mètres de fond. C’est en terme de volume qu’il faut chercher l’analogie : 800 000 litres en une journée, ça prend combien de temps pour, par exemple, remplir le stade olympique?

Écoutez l’extrait du Daily Show ici.

Et pendant que vous y êtes, écoutez-le jusqu’au bout : il contient un deuxième élément scientifique : mis bout à bout, une autre demi-douzaine, mais des politiciens cette fois qui, de Sarah Palin à Barack Obama ont affirmé haut et fort que le forage pétrolier en mer était « environnementalement sécuritaire », « technologiquement assez avancé » pour ne jamais causer de marée noire. On aurait presque pu croire qu’ils s’appuyaient sur des études solides...