On mesurera l’ironie de la chose. L’un des articles retenus pour l’édition 2010 du livre Best American Science Writing —une anthologie des meilleurs textes en journalisme scientifique— est un article consacré au... déclin du journalisme scientifique!

Unpopular Science est co-signé par le journaliste Chris Mooney et sa collègue blogueuse et biologiste Sheril Kirshenbaum, deux connaissances de l’Agence Science-Presse —on a notamment parlé d’eux en février 2008, parce qu’ils étaient deux des co-fondateurs de l'initiative Science Debate. Et l’article dont il est question ici est l’un de ceux qu’ils avaient écrit l’été dernier pour accompagner la parution de leur livre Unscientific America, dont nous vous avons parlé ici et ici.

Bien que cet article, paru initialement dans le magazine The Nation en août 2009, ait été consacré au journalisme, on y retrouve les préoccupations centrales des deux auteurs: la nécessité pour les scientifiques de s’impliquer socialement.

À la lumière du bouleversement que vivent les médias, les scientifiques ne peuvent plus assumer qu’une presse responsable et noble traitera leurs idées avec le sérieux qu’elles méritent... Au lieu de cela, des médias partisans vont transmettre des visions diamétralement opposées de ce que la science a appris sur des sujets litigieux —considérez, par exemple, l’écart entre les façons dont Fox News et la radio publique NPR couvrent les changements climatiques.

Mooney ne s’en cache pas, il est pessimiste quant à l’avenir d’une information scientifique de qualité dans les médias généralistes. Celle-ci a connu son heure de gloire au tournant des années 1960 quand, dans la foulée de la place croissante occupée par les investissements publics en recherche —le symbole le plus fort fut l’exploration spatiale— les médias ont ouvert leurs pages à la science. Mais dès les années 1980, la décroissance était amorcée :

Déréglementation et changements technologiques allaient bientôt transformer radicalement l’industrie des médias. De nouvelles politiques... ont contribué à renforcer la concentration des médias, alors qu’un nombre relativement petit de corporations commençait à rassembler différents secteurs —film, télévision, édition de livres, musique, magazines, radio et plusieurs journaux— pour les fondre dans d’immenses firmes. Un journalisme sérieux a généralement du mal à prospérer dans ce contexte.

Le Best American Science Writing 2010 doit arriver en librairie en septembre. Il constitue à lui seul la preuve qu’un journalisme de qualité existe toujours et continuera d’exister. Mais peut-être que son futur doit être envisagé suivant d'autres modèles que ceux auxquels les dernières décennies nous ont habitué?