Admettons, donc, comme je l’ai dit dans la 1ere partie, que pour se « reconnecter » avec le public, les scientifiques n’aient pas seulement besoin de mieux vulgariser (ce serait trop facile si c’était juste ça) mais aussi de bâtir une relation de confiance. Comment peuvent-ils faire ça?

Dans le contexte des changements climatiques, ça veut dire être proactif. Parce que l’autre camp, lui, est très volubile, il est même bruyant et surtout, il est beaucoup plus efficace.

Mais bâtir une relation de confiance avec le public, se rapprocher du public, comprendre qui est le public, c’est une réflexion qui n’a pas attendu la controverse sur les sciences du climat, écrivait récemment Sheila Jasanoff, spécialiste des « études sur la science et la technologie » (science and technology studies) à l’Université Harvard, sur le blogue du journaliste Andrew Revkin :

C’est une question que ceux qui étudient les controverses scientifiques ont documenté depuis plus de 30 ans. Pourquoi a-t-il fallu tant de temps (...) pour se rendre jusqu’aux universités américaines et atteindre la communauté scientifique au sens large? Pourquoi est-ce traité maintenant comme une nouvelle? Est-ce que cela pourrait être parce que la science a de la difficulté à entendre certains types de messages, qu’ils proviennent des publics ou des autres disciplines académiques?

Nature, dans un reportage qui accompagnait l’éditorial que je citais dans la première partie de ce texte, donne quatre exemples de comportements « proactifs ».

1) L’attaque frontale. En avril, le climatologue Andrew Weaver, de l’Université de Victoria, en Colombie-Britannique, a déposé une poursuite en libel contre le quotidien The National Post, accusé d’avoir déformé les faits à répétition concernant son travail et le climat. En mai, l’Université de Virginie a décidé de contester en cour la légitimité d’une enquête du procureur républicain Kenneth Cuccinelli sur les subventions reçues par un de ses chercheurs.

2) Le partage des données. Puisqu’une partie du climategate a tourné autour de données soi-disant cachées, allons vers l’ouverture totale. Toutes les données, accessibles à tous, et gratuitement. Reste à trouver des arrangements avec les revues qui publient ces résultats.

3) La vulgarisation. Cet exemple-là, on le connaît, le site de l’Agence Science-Presse fait régulièrement état de nouvelles expériences entreprises par des scientifiques pour communiquer.

Mais Sheila Jasanoff met en garde, dans l'article de Nature, contre la vision naïve qui veut que « les doutes du public et le manque d’action politique sur les changements climatiques puissent être résolus simplement par un transfert de connaissances ». D’où sa suggestion, qui est le dernier exemple :

4) L’État. En santé et en environnement, beaucoup de pays occidentaux ont mis en place des processus de régulation qui font appel aux réactions du public. Et qui incluent des scientifiques sur leurs comités. Ces processus pourraient devenir des lieux de dialogues où ces scientifiques seraient à même d’écouter les inquiétudes du public, et essaieraient de les comprendre.

Que ces exemples soient des recettes ou non pour bâtir une relation de confiance, nul ne le saura avant des années. Mais une chose est certaine, c’est dans ce type d’environnement, tumultueux à souhait, qu’il faut repenser la place du journalisme scientifique, la place de la science dans les médias. Le vieux modèle, hérité des années 1950 à 70, qui consistait à dire aux scientifiques « parlez aux journalistes, informez-les », est dépassé.

Ce blogue tentera d’explorer cet environnement tumultueux. Vos réflexions seront indispensables pour le faire avancer. À quelles questions faudrait-il s’attaquer d’abord, à votre avis?