Il est toujours tentant de reprocher aux journalistes d’avoir mal couvert ceci ou cela. L’opinion publique aurait-elle fait plus de pressions sur ses politiciens, en cet été de marée noire, si le dossier avait été couvert différemment?

C’est tentant, mais futile. Tout ce qui s’est écrit cet été, et il s’en est écrit beaucoup comme je l’ai dit dans ces deux articles, semblait conduire irrémédiablement vers l’adoption de la très attendue loi américaine sur le climat. Reprocher aux médias qu’elle se soit échouée sur les récifs républicains est donc un peu court.

Certes, il y a un reproche qu’on peut leur faire, mais il est commun à tous les journalistes politiques d’Ottawa, de Québec et de toutes les capitales du monde : trop de pages et trop d’heures à supputer sur les moindres tractations entre élus ou sur le sens caché de la moindre déclaration. Bref, la joute politique, le court terme, l’anecdotique, les passionne. Mais pendant ce temps, le portrait d’ensemble tombe dans l’oubli.

Le journaliste de la Columbia Journalism Review vantait en juin des journaux locaux qui ont su offrir davantage de long terme, de recul, de contexte, que les médias nationaux. Comme le Providence Journal, du Rhode Island :

[ Il ] a publié une demi-douzaine d’éditoriaux, en plus d’une solide couverture journalistique qui, entre autres choses, attaque les « Pas dans ma cour » locaux : « pendant des années, les politiciens du Rhode Island ont récolté des votes en séduisant le choeur des « Pas dans ma cour » et en grossissant les peurs déjà exagérées, plutôt que de considérer calmement le bien du plus grand nombre. »

Dans la catégorie « portrait d’ensemble », on pourrait aussi classer cet article du Devoir, le 20 juillet, sur un rapport de l’Agence internationale de l’énergie plaidant pour un « virage énergétique mondial », rapport auquel le journaliste a ajouté une foule d’éléments contextuels, et que Le Devoir a choisi de mettre en manchette.

Mais si on tient absolument à parler de joutes politiques, alors le portrait d’ensemble devrait aujourd'hui inclure les « amis du régime ». C’est-à-dire les lobbys et ces « forces du statu quo », comme les appellent leurs adversaires, qui ont une influence déterminante sur les politiques du climat.

C’est une réalité diablement pesante, mais pas si facile à intégrer dans les reportages. Même les blogueurs, qui adorent critiquer les médias, devraient en savoir quelque chose : eux non plus ne décrivent pas souvent cet aspect de la réalité. Ça nécessite de plus longues explications, donc des textes plus longs, donc moins palpitants.

À titre d’exemple, je suis retombé en faisant les recherches pour ces deux articles, sur une enquête du Center for Public Integrity, publiée en 2009. Une enquête journalistique très instructive et très détaillée sur le lobbying du climat aux États-Unis. À votre avis, combien de journalistes américains, de blogueurs, et même de simples internautes passionnés du dossier climatique, ont consacré à cette enquête l’attention qu’elle mérite?

Les lacunes dans la « couverture » des changements climatiques, elles sont donc là aussi. Ce serait très injuste de n’accabler que les journalistes.