Des demandes d’accès à l’information conçues sur mesure pour faire perdre du temps aux chercheurs; des plaintes déposées contre des universités pour paralyser le travail; du harcèlement en ligne; des menaces. Comment faire en sorte que l’ouverture universelle des données scientifiques n’ait pas un impact négatif sur la recherche?

 

Ces dernières années, les réticences face à l'idée d'un «accès libre» (open science ou open access) ont pris un jour nouveau : certains ont mis en doute la légitimité d’une ouverture pour tous à l’ensemble des données scientifiques, en présumant de la malhonnêteté de certains des acteurs du milieu. Ainsi, un éditorial du New England Journal of Medicine la semaine dernière employait l’expression «parasites» pour désigner des chercheurs qui n’auraient qu’à piger dans le travail des autres pour faire avancer le leur.

Au-delà du monde de la recherche, il y a pourtant des demandes dont la légitimité a été souvent mise en doute : on a par exemple su que des groupes climatosceptiques américains se sont concertés pour multiplier les demandes d’accès à l’information inutiles, mobilisant du coup des chercheurs qui devaient fouiller dans leurs archives pour se conformer à la loi. D’autres ont demandé un accès aux courriels privés des scientifiques.

«L’appel à davantage de données peut aussi être utilisé pour créer la fausse impression que des données sont dissimulées», ajoutent Stephan Lewandowsky et Dorothy Bishop dans une analyse publiée par Nature le 25 janvier. Tout en se définissant comme des partisans de la «science ouverte», ils en appellent dans leur texte à une meilleure éducation de leurs collègues chercheurs: ils proposent une liste de 10 signaux d'alerte «qui pourraient aider à distinguer un débat sain» des campagnes politiques «qui se donnent le nom d’enquêtes scientifiques». Lewandowsky a été lui-même ciblé par des climatosceptiques pour une recherche qui les associait à des théoriciens du complot.

Le travail qu’ils proposent ne se résume pas à détecter les abus, mais à y répondre :

 

Lorsque des chercheurs ne peuvent pas partager des données, ils devraient expliquer pourquoi Des raisons valides peuvent inclure la confidentialité des données cliniques, et des circonstances où le consentement des participants n’incluait pas explicitement le partage de données.

 

Ils saluent même la présence des réseaux sociaux, qui peuvent devenir un outil précieux pour corriger des erreurs rapidement —par exemple, l’étude erronée sur une bactérie à l’arsenic en 2010. Avec un bémol:

 

Réseaux sociaux et commentaires en ligne peuvent aussi offrir une façon facile d’injecter des informations biaisées. incorrectes ou trompeuses. Et parce que l’échange avec les critiques est un élément fondamental de la pratique scientifique, les chercheurs peuvent se sentir obligés de répondre même aux « trolls ».

 

La solution que proposent les psychologues Lewandowsky et Bishop :

 

Les scientifiques devraient ignorer les critiques qui sont abusifs ou illogiques, de même que ceux qui répètent continuellement les mêmes choses en dépit des réfutations. Les « trolls » sur Internet ont été associés avec le sadisme et la psychopathie. S’engager avec des acteurs d’aussi mauvaise foi peut mettre en péril le bien-être du chercheur d’une façon que les comités d’éthique des universités ne cautionneraient même pas dans la recherche sur des sujets humains