Guérissez votre cancer en mangeant des ananas ! Le vin rouge cause le cancer ! Non, le vin rouge combat le cancer ! Le thé contient des antioxydants qui servent à prévenir le cancer ! Mais attention, les boissons chaudes peuvent causer le cancer de la gorge ! Du thé glacé alors ? Surtout pas, car il contient généralement du sucre raffiné, qui augmente les risques de cancer !

Si vous portez attention, vous pourrez trouver dans les médias de masse au moins une histoire de ce genre par semaine. Certains médias semblent obsédés par la tâche de classifier tous les objets inanimés (mais surtout les aliments) en deux catégories : ceux qui causent le cancer et ceux qui pourraient le guérir ou le prévenir. Ce n’est pas pour rien que ce genre d’articles trouve plus souvent qu’il ne le devrait son chemin sur nos fils d’actualité Facebook. L’idée « que ton aliment soit ton médicament » ne date pas d’hier mais de la Grèce antique puisque cette citation est attribuée à Hippocrate. L’idée est séduisante : dans une société où on a tendance à tout surmédicaliser, la solution à tous les maux de la Terre est de manger un peu plus de bleuets, de kale ou de noix de Grenoble. Malheureusement la réalité est, comme toujours, un peu plus compliquée.

Dans cette vidéo, Vincent jase de la manière dont les scientifiques s’y prennent pour savoir si une substance est cancérigène ou si elle peut être utilisée pour combattre le cancer. Il y a trois approches principales : 1- les études en laboratoire sur des cellules, 2- les tests sur des animaux de laboratoire et 3- l’épidémiologie (une forme d’étude statistique des populations). Ces trois approches ont des avantages et des limitations, mais utilisées en conjonction elles permettent de mieux comprendre l’effet que les substances qui peuplent notre quotidien ont sur le cancer. C’est pour cette raison qu’il faut plusieurs études réalisées sur plusieurs années avant de pouvoir commencer à tirer des conclusions. La science est un processus lent et itératif.

Par exemple, lorsqu’une étude suggère qu’une molécule contenue dans les ananas tue les cellules cancéreuses dans une boîte de Petri, sur un comptoir de laboratoire, il faut accepter cette conclusion pour ce qu’elle est : partielle, mais prometteuse. Les journalistes devraient réfléchir avant d’écrire des articles sensationnalistes, les adeptes de la médecine alternative devraient éviter de suggérer que manger plus d’ananas va nous assurer une vie éternelle et chacun de nous devrait refuser de partager ce genre d’exagération sur Facebook. Sinon, quoi ? Sinon, le journaliste va s’être payé des « clics » faciles, le gourou des pseudosciences se sera enrichi un peu plus et nous aurons pour un instant eu l’impression de faire un pied de nez à l’industrie pharmaceutique. Toutefois, l’effet à long terme est pervers, car en « sensationalisant » la science, on affaiblit le lien de confiance du public envers la communauté scientifique, ce qui peut avoir des impacts négatifs à long terme.

Alors, le mot de la fin ? Mangez des ananas ou tous les fruits que vous aimez, ils sont pleins de vitamines et bons pour la santé. Et surtout, souvenez-vous que toutes les études montrent qu’une alimentation saine et équilibrée jumelée avec une bonne dose d’activité physique diminue l’incidence d’un ensemble de maladies/troubles chroniques, mais soyons réalistes quant à nos attentes en ce qui a trait aux « super-aliments » à la mode.