C'est ainsi que le journal local annonça que Maria Goeppert Mayer avait remporté le prix Nobel de Physique en 1963. Si cela avait été un homme, je doute que la manchette aurait été «un père de famille»…

Cet exemple est à l'image du sexisme qui a marqué la carrière de Goeppert Mayer. Un sexisme qui ne l'a pas empêchée d'atteindre la consécration. Elle est à ce jour, la seule et dernière femme, avec Marie Curie qui ait reçu un prix Nobel de Physique.

Goeppert Mayer, née en 1906 a grandi et a reçu son éducation à Göttingen en Allemagne où son père était professeur à l'université. Quand elle y commença ses études universitaires en 1924, Göttingen était un haut lieu de la physique moderne et c'est là quelle développa sa passion pour la mécanique quantique. Elle y eut l'occasion d'y être associée à tous les grands noms scientifiques de l'époque et son jury de thèse doctorale n'avait pas moins de trois futurs prix Nobel; Max Born, James Franck et Adolf Reinhold.

Après le décès prématuré du père de Maria, la famille Goeppert fut obligée de prendre des pensionnaires pour joindre les deux bouts. Le destin fit qu'un de ceux-ci était Joseph Mayer, un étudiant américain qui faisait un stage avec James Frank. Après l'avoir épousé en 1930, Maria suivit son mari aux États-Unis où il avait obtenu un poste de professeur à l'université John Hopkins à Baltimore. Pour des considérations de népotisme, il n'était pas question que Maria Goeppert Mayer elle aussi obtienne un poste de professeur à l'université dans le même département que son mari. On lui confia tout de même un rôle d'assistante, en charge de la correspondance en langue allemande. Mais en 1937Joseph Mayer perdit son poste à John Hopkins. Une des raisons, d'après lui, était la présence de sa femme au laboratoire; une présence que le doyen de la Faculté de sciences, misogyne, ne supportait pas.

Joseph Mayer trouva un nouveau poste l'université Columbia et il arrangeât pour que Maria y obtienne un bureau, mais sans salaire. En 1946 Joseph Mayer devint professeur à l'université de Chicago et Maria elle, obtint le statut de «professeur bénévole associé». C'est à ce moment qu'elle développa le modèle de structure en couche du noyau nucléaire qui lui valut le prix Nobel de physique en 1963. Ce n'est qu'en 1960 que Maria obtient enfin son premier poste de professeur, à l'université de Californie à San Diego où elle est décédée en 1972.

De toutes les disciplines c'est la physique où les femmes brillent le plus par leur non reconnaissance. Sur les 197 récipiendaires elles sont seulement deux (1%) à avoir obtenu le prix Nobel de physique. En comparaison pour la chimie c'est 4 sur 165 (2%) et pour la médecine 11 sur 196 (6%). Les femmes réalisent le meilleur score en littérature 13 sur 97 (13%) et surtout pour la paix,15 sur 86 (17%).

Pour une variété de raisons, historiques, culturelles et sociétales, la physique jusqu'à récemment attirait peu les femmes mais les choses sont en train de changer. Alors qu'en 1965 les femmes ne recevaient aux États-Unis que 2% des doctorats de physique, les derniers chiffres indiquent qu'aujourd'hui que c'est de l'ordre de 20%. Une augmentation qui devrait se traduire un jour par un plus grand nombre de prix Nobel décernés aux femmes. Ce qui ne veut pas dire que des candidates féminines ne sont pas dès maintenant «Nobelisables». Un nom qui est souvent mentionné est celui de Vera Rubin, une astronome américaine qui postula l'existence de la «matière noire».

Des propos exprimés récemment par Tim Hunt, prix Nobel de physiologie en 2001, à l'occasion d'une conférence en Corée du Sud sur le journalisme scientifique, soulignent les difficultés que les femmes continuent à rencontrer dans le monde scientifique. Tim Hunt suggéra, à moitié sérieusement, la création de laboratoires séparés, car selon lui la présence de femmes peut être très perturbatrice. Se basant sur son expérience, il a déclaré que le problème avec les femmes dans un laboratoire avec des hommes est que « (…) soit elles tombent amoureuses de vous, soit vous tombez amoureux d'elles et si vous leur dites quelque chose elles se mettent à pleurer».

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