Europe -en anglais, Europa- avant d'être un continent, était
une déesse grecque de l'Antiquité. Une déesse qui,
comme beaucoup d'autres, tournait autour du chaud lapin qu'était
Zeus (rebaptisé, chez les Romains, Jupiter). Il parut donc tout à
fait approprié, lorsqu'on découvrit des lunes tournant autour
de Jupiter, de baptiser l'une d'elles Europe.
JUPITER |
TERRE | |
| Distance du Soleil | 778 millions de km. | 149 millions de km. |
| Diamètre à l'équateur | 142 984 km. | 12 756 km. |
| Nombre de lunes | 16 | 1 |
| Caractéristique | Planète gazeuse | Planète rocheuse |
Comparer Jupiter et la Terre, c'est comme comparer un melon et... un petit pois!
Jupiter est la cinquième planète par ordre d'éloignement
du Soleil (après Mercure, Vénus, la Terre et Mars) et la plus
grosse: 142 984 km de diamètre (à l'équateur). La Terre
pourrait y entrer 318 fois!

Depuis la Terre, Jupiter est le quatrième objet le plus brillant dans le ciel, après le Soleil, la Lune, Vénus et Mars. Elle est connue depuis les temps préhistoriques, et a souvent été associé dans la mythologie à un dieu important: chez les Grecs (sous le nom de Zeus) et les Romains, c'était le roi des dieux, le gardien des cieux. En 1610, Galilée, l'inventeur du télescope, lui découvrit quatre lunes.
Depuis 1979, on sait également qu'elle possède un anneau (ci-contre, un croissant de Jupiter, et son anneau): très fin, et pas du tout visible avec un télescope depuis la Terre, au contraire des anneaux de Saturne. Ce n'est pas un phénomène unique: au cours des années 80, la sonde Voyager 2 a successivement découvert des anneaux autour d'Uranus et de Neptune: il semble que ce soit un phénomène intrinsèquement lié aux planètes géantes, bien qu'on n'en comprenne pas encore tout à fait la raison. L'hypothèse la plus couramment admise est que ces anneaux sont le résultat de la désintégration de lunes qui se seraient trop approchées de la planète, et auraient été réduites en miettes par l'immense force gravitationnelle.
C'est une planète gazeuse: autrement dit, une
boule composée de plusieurs "couches" de gaz superposées,
comme les différentes couches d'un oignon. Les bandes de couleur
que nous voyons, incluant l'immense tache rouge (ci-contre), qui pourrait
à elle seule contenir deux Terre, et qui semble avoir à peine
varié depuis sa découverte il y a 300 ans, constituent donc
le sommet de la "couche supérieure". On connaît très
peu de choses sur les mécanismes climatiques qui gouvernent ces bandes
de couleur.
Jupiter est composée à 90% d'hydrogène et à 10% d'hélium, avec des traces de méthane, d'eau et d'ammoniaque. Ces composants (qu'on semble retrouver dans les mêmes proportions du côté de Saturne) sont aussi ceux du système solaire au moment de sa formation, et il est possible qu'une meilleure connaissance de la composition de Jupiter nous en apprenne beaucoup sur les origines de notre système solaire.
La sonde Galileo, avant de se mettre en orbite autour de Jupiter en décembre 1995, a largué un engin qui a retransmis pour la première fois des images de "l'intérieur" de la planète -si l'on peut dire: l'engin, pendant une heure, n'a eu le temps que de pénétrer la couche supérieure. Mais ce fut suffisant pour renvoyer des montagnes de données sur lesquelles les spécialistes n'ont pas fini de se pencher.
La présence d'eau dans ce mélange n'est pas étonnante: l'eau est un matériau abondant dans le système solaire, comme en témoignent les comètes, ces "boules de neige sales". Et l'eau -sous forme de glace, évidemment- semble se retrouver en abondance dans les parages de Jupiter: son anneau est probablement composé en majeure partie de blocs de glace, et au moins deux de ces lunes contiennent de grandes quantités de glace.
Il est possible qu'il n'y ait même pas de surface solide au centre de Jupiter -mais même s'il y en a une, la pression causée par ces "couches" superposées sur des milliers de kilomètres serait telle que cette surface nous serait à jamais inaccessible.
Mais si Jupiter n'offre pas d'endroit où se poser, elle a par contre tout un univers autour d'elle. Un système solaire en miniature. On lui connaît pour l'instant 16 lunes, et si la plupart ne sont que de morceaux de roche sans intérêt, les plus grosses sont des mondes en soi.
Jupiter et ses 16 lunes
Les quatre plus grosses lunes ont été découvertes en 1610 par Galilée et portent aujourd'hui le nom de "lunes galiléennes": ce sont, par ordre de grandeur, Ganymède, Io, Europe et Callisto.
Certaines des petites lunes de Jupiter, en particulier les plus éloignées, pourraient être des astéroïdes "temporairement" capturés par Jupiter, et qui pourraient reprendre leur "liberté" après quelques millions d'années. Il est fort probable que nous ne connaissions pas encore toutes les lunes de Jupiter, et que le total soit un jour bien supérieur à 16.
Jupiter exerce une puissante pression sur ses lunes: c'est l'effet de marées, semblable à celui qu'exerce la Lune en tournant autour de la Terre, mais multiplié par quelques millions! En "tirant" et en "poussant" sur ses lunes, Jupiter en vient non seulement à modifier petit à petit leurs orbites, mais -c'est une théorie récente- à remodeler leur surface.
Dans les faits, cela se traduit, non pas par une surface mouvante -après tout, c'est de roc, dont nous parlons ici, et non pas d'eau- mais par une activité tectonique -tremblements de terre- et volcanique. Io est ainsi secouée en permanence, et sur toute sa surface, par des dizaines d'éruptions volcaniques: un cas unique dans tout le système solaire. Elle constituera sans doute un objet d'étude passionnant pour les géologues du XXIe siècle.
Là où le mystère subsiste, c'est dans le fait que seule Io semble affectée -du moins, à cette échelle: il n'est pas impossible qu'il y ait une activité volcanique sur Ganymède ou Callisto, mais si tel est le cas, elle est très discrète. Quant à Europe, il est difficile de se prononcer en raison de l'épaisse couche de glace qui la recouvre. Mais tous les espoirs autour d'une forme de vie sur Europe reposent sur l'hypothèse suivant laquelle cette lune serait elle aussi secouée par une intense activité tectonique et volcanique (voir plus bas).

Io. Un monde à l'image de l'Enfer.
Les lunes de Jupiter
| Distance de Jupiter | Diamètre | Découverte | |
| Métis | 128 000 km | 20 km | 1979 |
| Adrastée | 129 000 km | 10 km | 1979 |
| Amalthée | 181 000 km | 98 km | 1892 |
| Thebe | 222 000 km | 50 km | 1979 |
| Io | 422 000 km | 1815 km | 1610 |
| Europe | 671 000 km | 1569 km | 1610 |
| Ganymède | 1 070 000 km | 2631 km | 1610 |
| Callisto | 1 883 000 km | 2400 km | 1610 |
| Léda | 11 094 000 km | 8 km | 1974 |
| Himalia | 11 480 000 km | 93 km | 1904 |
| Lysithée | 11 720 000 km | 18 km | 1938 |
| Elara | 11 737 000 km | 38 km | 1905 |
| Ananke | 21 200 000 km | 15 km | 1951 |
| Carme | 22 600 000 km | 20 km | 1938 |
| Pasiphae | 23 500 000 km | 25 km | 1908 |
| Sinope | 23 700 000 km | 18 km | 1914 |
On parle de plus en plus d'Europe depuis deux ans, mais dans les faits,
ce qu'on sait d'elle se résume encore à peu de choses: beaucoup
d'espoirs, des tonnes de spéculations, mais très peu de faits.
Bien que découverte en 1610, elle est demeurée pendant plus de trois siècles et demi sous la forme d'un simple point blanc dans les télescopes et les encyclopédies. On imaginait alors que toutes les lunes du système solaire ressemblaient à notre Lune: des rochers nus et désolés, parsemés de cratères.
En 1979, on apprit avec surprise qu'Europe était recouverte d'une immense couche de glace. On s'aperçut qu'Io, la lune voisine, était secouée en permanence par d'intenses éruptions volcaniques.
A partir de là, les auteurs de science-fiction -et une bonne légion de scientifiques- se mirent à phantasmer.
Europe est la quatrième plus grosse lune de Jupiter, par ordre de grandeur (c'est donc la plus petite des quatre lunes découvertes par Galilée). Avec ses 1569 km de diamètre, elle est légèrement plus petite que notre Lune.
D'un point de vue géologique, Europe et Io sont d'une composition similaire aux planètes rocheuses, dont la Terre: essentiellement de la roche de silicate. La densité d'Europe par contre, inférieure à celle de la Lune, et de loin inférieure à celle de la Terre, indique qu'elle ne possède probablement pas de noyau de métal, comme la Terre (ou du moins, pas aussi imposant que celui de la Terre).
Mais c'est sa surface qui attire l'attention depuis 1979. Elle est traversée d'un réseau inextricable de lignes sombres, comme s'il s'agissait d'une banquise. Les photos prises depuis par le télescope spatial Hubble, la sonde Ulysse et surtout, depuis décembre 1995, par la sonde Galileo, n'ont fait que renforcer cette hypothèse.
Ce qu'on sait en tout cas, c'est que cette lune est emprisonnée dans une épaisse gangue de glace, qui pourrait faire jusqu'à 100 km d'épaisseur. Quant à savoir si cette gangue est composée de glace gelée dur tout du long, ça, c'est une autre histoire.
Des observations effectuées fin-94 avec le télescope spatial Hubble démontrent qu'Europe a une très mince atmosphère d'oxygène: de très loin insuffisante pour pouvoir y respirer, mais assez pour intriguer encore plus les planétologues. C'est la 3e lune dans notre système solaire où une atmosphère est détectée, après Titan (une lune de Saturne) et Triton (une lune de Neptune).
L'article "Jupiter" sur le site The Nine Planets
L'article
"Europe" sur le site The Nine Planets
N'a pas été remis à jour en fonction des toutes dernières
découvertes de la sonde Galileo.
Europa
A l'intérieur d'un site américain sur les satellites galiléens.
Un peu court.
Images de Jupiter et de ses lunes
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Dernière modification: 26 novembre 1997