La recherche de planètes extra-solaires

5. A quand une photo?

Quelles sont les prochaines étapes?

 

 

 

Objectif: photographier une planète de type Jupiter, Saturne, Uranus ou Neptune

 

1998-2001

 

Méthodes possibles: télescopes terrestres / Recherche dans l'infra-rouge / Adaptateurs optiques

 

 

 

Objectif: détection de planètes aussi petites que la Terre

 

2001-2006

 

Méthodes possibles: télescopes spatiaux / infra-rouge / interférométrie à partir de l'orbite terrestre

 

 

Indirectement, la détection d'une ou deux planètes de la taille de la Terre pourrait amener la détection de dizaines de planètes de type Jupiter.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Objectif: identifier des planètes aussi minuscules que la Terre

 

 

2006-2012

 

Seule méthode envisageable: un groupe de télescopes spatiaux travaillant en commun, et qu'il faudrait envoyer à des dizaines de millions de kilomètres de la Terre.

 

 

 

Résultats espérés: un "portrait de famille" de 150 à 200 systèmes solaires / l'étude approfondie du voisinage d'un millier d'étoiles, dans un rayon de 42 années-lumière / Identification de planètes de type terrestre

 

 

 

 

 

 

 

 

Objectif: une photo

 

2015- ?

 

1) Photographier une planète géante


Imaginez l'excitation de l'astronome qui réussira cet exploit: jusqu'à maintenant, on n'a pu que détecter la présence de planètes autour d'autres étoiles. Autrement dit, les astronomes réussissent à détecter les oscillations d'une étoile, causées par une planète géante qui lui tourne autour.

Imaginez, donc, que, braquant ton télescope sur une de ces étoiles "oscillantes", un astronome voit, un beau matin, sur l'un des clichés pris au cours de la nuit, se détacher un minuscule point blanc à côté de l'étoile...

Quand cela pourrait-il se produire? Dès maintenant. Nous possédons aujourd'hui la technologie nécessaire pour photographier des planètes de la taille de Jupiter, à condition qu'elles soient à une distance raisonnable de leur étoile.

C'est ce à quoi s'emploient des astronomes à travers le monde, au milieu d'autres projets de recherche, et en fonction des temps d'observation qui leur sont alloués sur les plus grands télescopes. Entre autres, l'astronome québécois René Racine a bien espéré en attraper une, à l'automne 96, lorsqu'il a pu consacrer trois journées d'observation à ce seul projet, au télescope France-Canada-Etats-Unis d'Hawaii. Déception: le ciel a été ennuagé toute la semaine.

Pour cette première étape, donc, ce n'est peut-être qu'une question de mois.

Le 28 mai 1998, une astronome américaine, Susan Terebey, annonçait à une communauté astronomique stupéfaite avoir identifié une planète sur un cliché, pris par le télescope spatial Hubble, d'une étoile située à 450 années-lumière d'ici. Il fallut quelques mois avant qu'on s'entende pour dire qu'il devait plutôt s'agir d'une étoile encore plus lointaine, prise dans "l'axe" de la caméra.

En septembre 1999, l'astronome canadien David Charbonneau devenait le premier homme à observer "l'ombre" d'une planète sur son étoile, à 150 années-lumière d'ici. Ce n'était pas tout à fait la photo d'une planète, mais on n'en était plus loin (à ce sujet, lire notre nouvelle du 29 novembre 1999).

 

2) Détecter la présence d'une planète de la taille de la Terre


Jusqu'à maintenant, donc, les planètes qu'on a pu détecter sont des géantes comparables à Jupiter -voire, dans certains cas, plus grosses. On présume que ces planètes sont des boules de gaz, comme Jupiter, dont hostiles à la vie. L'idéal serait évidemment de détecter des petites planètes, comme la Terre. L'obstacle: plus elles sont petites, plus les oscillations qu'elles font subir à leur étoile (voir le point 1) sont difficiles à détecter.

Bien qu'il serait théoriquement possible d'y arriver avec des télescopes terrestres travaillant en commun (ce qu'on appelle l'interférométrie), on juge plus probable qu'il faille pour cela un ou des télescopes dans l'espace.

Plusieurs projets sont sur les planches à dessin. Le plus connu est celui de la Nasa -pas nécessairement parce qu'il est le meilleur, mais parce que, eh bien, ça provient de la grosse machine qu'est la Nasa.

 

On l'appelle The Exploration of Neighboring Solar Systems (Exploration des systèmes solaires voisins). Il s'agit en fait d'une recherche qui a duré six mois, en 1995. Elle avait pour but de développer un plan à long terme en vue de la détection et de l'étude "de systèmes solaires voisins, et pour obtenir des images de planètes dans ces systèmes". Le plan de travail dont ont accouché 135 chercheurs dispersés dans 53 universités et firmes privées est devenu la pierre angulaire d'un projet informel baptisé par la Nasa le "Projet Origines".

 

La Nasa met en particulier l'accent sur des instruments connus ou à créer, qui, outre la détection de planètes de type Jupiter (voir le point 1) pourraient permettre, d'ici 10 ans, la détection de planètes de la taille de la Terre: le télescope spatial Hubble, le Space InfraRed Telescope Facility (SIRTF) et la Mission spatiale Interférométrie. Chacune de ces missions permettrait en fait d'expérimenter de nouvelles technologies (en particulier, l'interférométrie) en vue de passer ensuite au point 3.


Le projet Darwin de l'Agence spatiale européenne: six télescopes spatiaux n'en formant plus qu'un seul.

 

3) Identifier une planète de la taille de la Terre

 

Ici, on entre dans les choses sérieuses: pour détecter des planètes aussi petites que la Terre, et qui plus est pour obtenir des données à leur sujet -on ne parle même pas ici de photos- il faudra non seulement opérer à partir de l'espace, mais en plus, en groupe.

 

Travailler en groupe, on appelle ça, lorsqu'il s'agit de télescopes, l'interférométrie. Rien de bien compliqué: plutôt que d'avoir un seul télescope, immense, on en construit plusieurs, qui travaillent en commun, comme s'ils n'étaient qu'un seul et même télescope. La technique est utilisée depuis longtemps en radio-astronomie.


Le point culminant du projet Origines de la Nasa (voir point 2) est là: au cours de la décennie 2010, seraient lancés quatre télescopes spatiaux à infra-rouge, non pas en orbite terrestre comme le télescope spatial Hubble, mais beaucoup plus loin; entre Mars et Jupiter, afin d'échapper à la poussière qu'on retrouve en plus grande quantité dans notre secteur du système solaire. Le projet Darwin de l'Agence spatiale européenne (ci-contre) part du même principe.

 

Des télescopes liés ensemble pour n'en former qu'un seul... Les résultats pourraient dépasser les rêves les plus fous des astronomes. Car "un" tel télescope serait capable non seulement de détecter des planètes de la taille de la Terre, mais de détecter sur ces planètes la présence d'oxygène, de gaz carbonique, de vapeur d'eau, et d'une couche d'ozone.

 

Et s'il détecte tout cela au même endroit, alors, tous les espoirs seront permis...

 Un projet moins coûteux: Kepler


Bien qu'on ait souvent tendance à l'oublier, il n'y a pas que les projets qui font grand bruit qui sont intéressants. Pour ne citer qu'un exemple, Kepler est un projet beaucoup moins ambitieux que le "Projet Origines", mais beaucoup moins coûteux. Son but, "détecter des planètes extra-solaires habitables", pourrait être atteint par un télescope spatial semblable à Hubble, mais doté d'une nouvelle technologie, en mesure de détecter les plus infimes occultations d'une étoile -celles qu'elle subit lorsqu'une planète, même minuscule, passe devant.

En détectant deux ou trois occulations, on pourrait déduire la taille de la planète et la durée de son orbite, et ainsi savoir si elle est habitable. Ca ne démontrerait pas qu'il y a de la vie, mais ça serait un sacré pas en avant.

 

Il n'y a pas que la Nasa


Bien qu'on ait également tendance à l'oublier, il n'y a pas que la Nasa à rêver sur les planètes extra-solaires. L'Agence spatiale européenne met de l'avant le projet Darwin. Un projet de télescopes spatiaux qui, comme le projet Origines, mise sur l'interférométrie (ci-contre). Il consisterait en une demi-douzaine de petits télescopes opérant comme s'ils n'en formaient qu'un seul, et installés au-delà de l'orbite de Mars.

"Le" télescope Darwin serait en mesure de détecter des planètes aussi petites que la Terre, même si elles sont aussi proches de leur étoile que nous; il pourrait également récolter des données sur l'atmosphère de ces planètes: y a-t-il là-bas de l'oxygène, de la vapeur d'eau...?

Date possible pour un lancement: la décennie 2010.

 

4) Photographier une planète de la taille de la Terre


Le jour où on aura identifié une planète aussi petite que la Terre, et qu'on aura pu dire que, là-bas, on trouve de l'oxygène et de la vapeur d'eau, le jour d'une première photo ne sera certainement pas loin.

A quoi ressemblera cette première photo? Sûrement à pas grand-chose. Un point flou, indissociable, pour le profane, des autres étoiles. Les données obtenues par la radio-astronomie seront sûrement plus intéressantes.

Mais la photo, elle, sera historique.


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Cette section a été créée le 13 mai 1997 par l'Agence Science-Presse.

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