1. Les télescopes: nos yeux vers le ciel
A quoi ressemble un radio-télescope plus grand que la Terre?
(pour revenir au début de ce texte)
Concrètement, VSOP, c'est "un" radio-télescope,
mais qui est composé d'une vingtaine d'antennes éparpillées
sur deux continents. Plus une autre, la plus importante de toutes, qui tourne
autour de la Terre toutes les six heures.
Cette dernière, l'antenne "spatiale" si l'on peut dire, appelée Halca, a coûté 90 millions$. Elle a été construite au Japon et mise en orbite par une fusée japonaise le 12 février 1997. Elle a effectué ses premiers tests avec ses cousines au sol au début-mai. Il a toutefois fallu attendre la mi-juin 97 pour qu'à Calgary et ailleurs, on commence à recevoir des données. Et c'est seulement à la fin de l'été qu'on a pu transformer ces données en images. "Tester tous ces équipements prend toujours du temps, explique Russ Taylor, mais nous avons rencontré des difficultés imprévues."

L'antenne Halca, pivot du radio-télescope VSOP.
Comment ça marche
L'un des principaux défis, c'est la synchronisation d'Halca avec
toutes les antennes au sol: elle doit se faire au quart de poil -et c'est
là qu'est la contribution de l'Agence spatiale canadienne: l'équipement
électronique qui doit permettre de réussir cette synchronisation.
Si elle est réussie, on devrait pouvoir observer, en langage de radio-astronome,
"une image de un millième de seconde d'arc". L'équivalent
d'une empreinte de pas... sur la Lune.
A condition, bien sûr, que cette empreinte émette un signal radio. Car c'est là le fardeau de la radio-astronomie: elle est incapable de voir ce qui crève les yeux, mais elle peut "voir" des choses qui resteront à jamais invisibles au plus puissant des télescopes: par exemple, des molécules d'hydrogène (chaque élément chimique a sa signature radio) dans les coins les plus reculés de l'Univers; ou des trous noirs. On pense qu'il en existe au centre de nombreuses galaxies, dont la nôtre, et les premières données recueillies par VSOP renforceraient apparemment cette théorie. "On comprend très mal ce qui se passe là-bas, explique Gilles Joncas. Le "moteur", "l'engin central" des galaxies... Qu'est-ce qui l'anime, comment ça fonctionne, comment ça s'est formé? C'est à ce genre de questions que VSOP essaiera de répondre."
Un premier pas vers quelque chose de plus grand encore
Mais à long terme, VSOP n'est qu'un projet-pilote. "Nous saurons
dès les prochains mois si VSOP est un succès, selon Russ Taylor.
Dans un cas comme dans l'autre, il restera fonctionnel jusqu'au-delà
de l'an 2000", mais d'ores et déjà, les experts rêvent
à la prochaine étape: avoir non pas une des antennes du radio-télescope
dans l'espace, mais toutes les antennes.
En attendant, il y a au moins cinq autres projets
sur les planches à dessin, dont un russe (à l'intérieur
duquel l'Agence spatiale canadienne espérait s'insérer avant
que ne surgisse VSOP), et un américain, MMA (Millimiter Array): 40
antennes, 15 ans et 200 millions$, pour lequel le président Clinton
a annoncé en février 97 un premier 25 millions$.
Mais au-delà, il y a encore un autre projet, un peu fou, qui ne se réalisera pas avant au moins 30 ans, mais que certains préparent déjà: une série de radio-télescopes expédiés quelque part entre Mars et Jupiter, soit à plus de 200 millions de km d'ici, assez puissants pour détecter des planètes en orbite d'autres étoiles que notre Soleil. Y compris des "petites" planètes... comme la Terre.
Mieux encore: un tel "méga-observatoire", en dirigeant son faisceau sur une de ces hypothétiques planètes, serait capable de détecter la "signature" radio de l'oxygène, s'il y en a. Et celle de l'ozone. Et celle de la vapeur d'eau.
Et s'il détecte tout cela au même endroit, alors tous les espoirs seront permis...
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