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Chronique
de l'Antarctique
(2e de 4)
par Pascale Otis
Agence Science-Presse
La
psychologie venue du froid
L'Antarctique est sans doute, pour un psychologue, un excellent
laboratoire pour l'étude des curieux effets de l'isolement
sur le comportement humain. La vie ne cesse jamais détonner.

Petits humains dans grand désert blanc
(photo Pascale Otis)
Tout dabord, pour passer lhiver en Antarctique,
il faut véritablement passer certains tests prouvant
notre stabilité psychologique. Un peu ironique, car
pour accepter de sisoler pendant plusieurs mois, dans
certains cas lors des "nuits" qui ne finissent jamais, sans
possibilité de partir, alors que la température
à lextérieur est très peu invitante,
ne faut-il pas être un peu fou ?
Juste avant leur départ, jai eu
le privilège de rencontrer plusieurs personnes qui
ont justement passé lhiver à McMurdo ce
qui signifie des mois pendant lesquels le Soleil ne se lève
pratiquement pas. Que ce soit leur première expérience
ou que ce soit devenu une habitude, tous avaient le même
désir : retourner à la civilisation, voir
dautres visages, changer leur rythme de vie, partir
très loin dici. Certains avaient tellement hâte
de partir quils ne comptaient pas les jours, mais les
heures.
En fait, on ne vit pas vraiment en Antarctique :
on y travaille. Du lundi au samedi, de 7h30 jusquà
17h30. Dimanche : seul jour de congé. Lépuisement
vient vite et les effets de la solitude naident pas.
Pas surprenant que les signes de dépression soient
courants pendant lhiver.
Lété, cest un peu
différent car il fait beau, relativement chaud et le
soleil brille pratiquement 24 heures sur 24. Mais certaines
personnes n'en sont pas moins de véritables phénomènes
dont lobservation quotidienne a rendu mon séjour
particulièrement amusant.
Certaines sont la source dinnombrables
accidents bêtes. Dautres sont des adeptes de la
solitude totale. Dautres encore sont de véritables
accros des sports compétitifs. Mais pour moi, les personnes
les plus amusantes sont celles pour qui la vie dans cette
communauté éloignée représente
une occasion unique de changer leur apparence. Les concours
de " coupes de cheveux laides " ont atteint
un sommet lorsque plusieurs (surtout des hommes) ont rasé
une partie de leur tête et testé plusieurs teintures
sur le reste. Dautres hommes (trop, à mon avis)
ont plutôt décidé de se laisser pousser
la barbe
et de négliger leur hygiène
corporelle. Un " look " qui me fait parfois
penser que je suis entourée de vieux explorateurs du
début du siècle.
Mais quimporte. Ici, qui le remarque vraiment?
Tout le monde sent la sueur, lessence, le poisson ou
autre chose. Je suis moi-même coupable de sentir souvent
les poissons avec lesquels je travaille au laboratoire. Il
est certain que je naurais pas beaucoup de succès
auprès du sexe opposé si je conservais mes habitudes
de lAntarctique au centre-ville de Montréal...
Les critères de beauté sont bien
différents ici. On ne sétonne pas de voir
quelquun de sale et mal habillé, couronné
dune curieuse coupe de cheveux
En fait, on sétonnerait
plutôt de croiser quelquun en complet et cravate.
Jusqu'ici, ça ne m'est jamais arrivé!
La vie dans un tel endroit ne peut que changer
un individu. Je ne me suis pas rasé le crâne,
mais mes valeurs sont différentes. Le partage, lamitié
et les simples gestes comptent plus que tout et je crois que
les liens que nous tissons avec dautres gens, dans de
telles conditions, sont uniques et durables. Je noublierai
jamais lAntarctique, ce que jy ai vécu,
appris... et senti.
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