De 1828 à 1903, elle a été
la seule bibliothèque sur lîle de Montréal.
Aujourdhui, elle demeure unique par la rareté
de ses collections et reste une des seules bibliothèques
indépendantes de la ville. Portrait dune institution
méconnue.
En entrant dans cet établissement,
après avoir franchi lescalier de marbre (rien
de moins), on se sent immédiatement imprégné
par son histoire. Les tables, le comptoir de prêt,
les étagères, les chaises, absolument tout
a été conservé, jusquà
quelques portes ayant encore leurs vieux trous de serrure.
Et en montant à létage par un minuscule
escalier, on découvre de rares et précieux
livres, dont le plus vieux en circulation date de 1849!
Cet édifice historique, cest
la bibliothèque Atwater, officiellement The Mechanics
Institute of Montreal, la plus ancienne bibliothèque
de la ville. Depuis 1828, elle permet aux citoyens de gonfler
leur bagage de connaissances : elle a été
fondée pour aider les ouvriers des industries, en
grande expansion à cette époque. Ceux-ci y
apprenaient la lecture, lécriture, les mathématiques
et le français, en plus davoir accès
à des cours de dessin architectural, technique et
décoratif. Cétait en quelque sorte les
débuts de la formation aux adultes. Encore aujourdhui,
la bibliothèque tient à cette vocation puisquelle
offre des cours dinformatique. La clientèle
de ces cours est majoritairement formée dimmigrés
habitant dans un centre pour réfugiés voisin.
Un peu dhistoire
Plusieurs noms importants de lhistoire
de Montréal ont participé au lancement de
cette institution. John Molson, Louis-Joseph Papineau et
John Redpath, pour ne nommer queux, se trouvent parmi
les premiers à avoir appuyé le projet. Mais
sa réussite repose majoritairement sur le public
qui, tout au long des années, a manifesté
sa volonté dapprendre. Le Mechanics Institute
na donc jamais été quune simple
bibliothèque. En plus des livres et des formations,
les lectures, faites par des scientifiques, des voyageurs
et des hommes de lettres célèbres, étaient
très courues par les citoyens ayant soif de culture.
Cette vocation est toujours demeurée au premier plan,
au point où, à plusieurs reprises, les dirigeants
ont refusé plusieurs offres de fusion par souci de
conserver la vocation initiale de lInstitut.
Survivre malgré la concurrence
Mais comment se fait-il quaprès
tant dannées et avec la concurrence du réseau
de bibliothèques publiques, cet organisme indépendant
tienne toujours la route? Selon la directrice exécutive,
madame Susan Maguire, le secret se trouve dans limplication
des membres et du personnel. Mme Maguire a elle-même
fait du bénévolat avant dêtre
embauchée à ce poste. Ainsi plusieurs bénévoles
ont à cur lavancement perpétuel
de la bibliothèque et y investissent beaucoup de
leur temps.
Les membres et leur souci de léducation
ont toujours été essentiels à la bibliothèque :
à lépoque, les ouvriers se présentaient
aux cours après leur journée de douze heures
de travail. Et aujourdhui, sans la contribution annuelle
des membres, la bibliothèque Atwater pourrait difficilement
tenir le coup. En effet, 50% du budget provient des inscriptions
des 1200 membres, des frais de formation et de la location
des locaux de létablissement. Le tout se complète
avec beaucoup de dons de fondations privées, 20 000$
de la Ville, 1200$ de Westmount et un maigre 2000$ de Québec.
Ainsi, 10 000$ vont chaque année à lachat
de nouveaux livres, ce qui chiffre la collection à
plus de 38 000 uvres. Par contre, ce nest pas
ce qui fait la particularité de cette bibliothèque
anglophone (90% des livres sont de langue anglaise). On
y retrouve une des meilleures collections de références
techniques au pays. Elle possède également
une collection de rares livres dhistoire, de voyage,
biographiques et de design industriel et technique, en plus
davoir débuté une collection patrimoniale
de livres épuisés.
Mme Maguire ajoute que la localisation
de la bibliothèque a contribué à sa
réussite. Effectivement, elle demeure la seule bibliothèque
du coin (mise à part celle du collège Dawson),
les plus près étant la bibliothèque
de Westmount et Georges-Vanier. Enfin, les services à
la communauté ont attiré les membres depuis
toujours, ce qui en font des clients très fidèles.
Ils y restent pour la qualité des collections, mais
aussi pour tous les services additionnels.
Pourquoi ne pas se joindre au système
public? Parce que linstitution répond mieux
aux attentes de ses membres de cette façon, car les
ajustements peuvent être faits rapidement, sans avoir
à gravir tous les échelons du système,
explique Mme Maguire. Mais surtout par fierté de
son histoire.
Bibliothèque et Centre dinformatique Atwater
1200, avenue Atwater
Westmount
514-935-7344
www.atwaterlibrary.ca