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Un bain turc à Montréal

Par Sarah-Catherine Lacroix


Saviez-vous qu’il existe un bain turc à Montréal? Non ? Je l’ignorais moi aussi jusqu’à tout récemment. C’est donc fébrile à l’idée de me prélasser dans un lieu à l’image des Mille et Une Nuits, que je téléphone d’abord. La préposée légèrement blasée ne semble pas comprendre mon excitation : " Non madame, c’est pas très grand, c’est gros comme une salle de bain… Oui c’est ça, c’est ouvert aux mêmes heures que la piscine... Non... (soupir d’exaspération) ça coûte rien, c’est un YMCA ici! "

Pour l’expérience exotique on repassera! Je décide tout de même de m’y rendre avec l’espoir inavoué que la préposée s’est trompée. Je m’imagine déjà avachie dans une grande salle brumeuse, me faisant éventer par de longues feuilles de palmiers...

Finalement arrivée sur les lieux, je suis forcée de l’avouer : je suis bien dans un vestiaire de centre sportif tout ce qu’il y a de plus normal. Et la porte qui donne accès au bain turc, ne semble pas s’ouvrir sur un dédale de salles luxurieuses à thèmes orientaux-érotiques.

Le bain turc du YMCA du Parc est en fait un bain de sudation analogue à un sauna. Et la préposée blasée avait raison, en plus d’être de la même dimension que ma salle de bain, l’endroit y ressemble étrangement… Céramiques de couleurs pastelles incluses! On se croirait dans la salle de bain d’un appartement montréalais des années 60.


Bain turc ou sauna?

C’est le climat qui distingue le bain turc (ou bain de vapeur) du sauna. Le bain de vapeur est beaucoup moins chaud que le sauna (de 40 à 50 °C au lieu d’environ 85 °C). Alors que l’air du sauna est sec, celui du bain de vapeur frôle les 100% d’humidité. L’ambiance créée par la vapeur d’eau est aérienne, à la limite de l’onirisme. On voit rapidement les gens qui nous accompagnent disparaître dans la brume…

La tradition du bain turc (ou hammam) est très ancienne. Elle fût d’abord inspirée par les bains grecs et romains. Elle perdure chez les musulmans depuis plus de 1500 ans, époque où le prophète Mahomet en fit l’apologie. Il croyait que la chaleur du hammam augmentait la fertilité. L’importance que l’islam accordait à la propreté est également un des facteurs qui a entraîné la construction de centaines de hammams en Turquie, principalement à Istanbul. Plus qu’un endroit de purification spirituel, le hamman était, et est encore aujourd’hui, un lieu de rassemblement social. On va au bain pour se laver et se faire masser, mais aussi pour voir ses amis, discuter et se détendre. Avant de se marier, les femmes y passent une journée complète entre copines à rigoler, l’équivalent de notre shower nord-américain. Les vieillards s’y rassemblent tous les jours pour potiner ou jouer aux échecs.

De construction plus modeste que les bains grecs et romains, les bains turcs traditionnels sont tout de même constitués d’une série de salles, où les baigneurs se prélassent dans des chambres de vapeur ou des bassins d’eau. La température élevée du bain de vapeur calme les tensions musculaires, les courbatures et favorise le sommeil. La vapeur fait travailler les glandes sudoripares, forçant le corps à éliminer les déchets et nettoyant les pores de la peau. Une séance suivie d’une douche froide tonifie et raffermit la peau. À une certaine époque, les médecins soutenaient que les bains de vapeur guérissaient à peu près tout, de la syphilis à la maladie mentale, en passant par l’alcoolisme.

C’est finalement un peu déçue de ce qu’aurait pu être ma visite que j’ai vécu l’expérience du seul bain turc montréalais. En attendant de pouvoir vous payer le voyage vers le vrai dépaysement moyen-oriental (pour l’avoir vécu à Budapest, ça vaut la peine!), vous pouvez toujours vous rendre au YMCA du Parc -les yeux fermés idéalement- pour un léger avant-goût!

 

 

Ce texte a été mis en ligne en septembre 2004.
 
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