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Le rôle essentiel des brise-glaces

Par Julie Guay


De Montréal à Sept-Iles, ils sont quatre: le Pierre-Radisson, le Tracy, le DesGrosseiliers et l'Amundsen. Ces brise-glaces, des bateaux à coque renforcée, doivent dégager le chenal (le passage resserré, naturel ou artificiel, qui permet la navigation dans le Saint-Laurent), afin de faciliter le chemin au négoce maritime, 12 mois par année.

En plus de frayer des chemins, ils peuvent détruire les embâcles afin de réduire les risques d'inondations: l’an dernier, la ville de Laval a fait appel à un brise-glace afin d'éviter que la rivière des Prairies ne sorte de son lit.

Enfin, plus de 1000 demandes d’escorte provenant de navires marchands sont reçues chaque année au bureau de la Garde côtière canadienne (GCC), à Québec. La GCC est responsable de la régulation du trafic maritime, du déglaçage, du contrôle des inondations et des aides à la navigation.

Les brise-glaces sont donc essentiels. Postés à Matane, Saguenay, Trois-Rivières et Québec, ils montent la garde!

Ils arrivent à casser la glace de deux manières: l’étrave du navire monte sur la glace et la brise par son poids. Ou alors, en avançant, le navire écarte la glace et elle casse. Les calottes de glace qui se forment quand les eaux descendent sous les moins 10 degrés Celsius peuvent facilement atteindre plusieurs mètres d’épaisseur et plusieurs kilomètres de large.

Certains transporteurs, même s’ils sont aptes à naviguer dans les eaux gelées, demandent l’assistance de la GCC: certains passages sont plutôt étroits dû aux banquises attachées aux rives. Les brise-glaces servent alors d’escortes.

Parfois à leurs risques et périls: il y a plusieurs années, à la hauteur de Beauport, le brise-glace Lady Grey s’est échoué. Six marins ont péri.

Depuis quelques années, le réchauffement climatique vient en aide à la navigation. Les équipages coulent des jours plus tranquilles. Les opérations de lutte contre les inondations sont plus rares.

N'empêche que, " pendant la période hivernale soit de décembre à avril, le bateau sort presque tous les jours et même deux fois par jour ", explique Serge Brûlé, le commandant du Radisson.


La patrouille des glaces

La Garde détient d’autres ressources que dame nature pour diminuer les opérations, réduire le temps de parcours, la consommation de carburant et le nombre d’escortes. Des patrouilles d’hélicoptères ainsi que des images vidéo, radars ou satellites (Radarsat), permettent de surveiller la navigation et les glaciers (voir ce texte sur l'observation des glaces par hélicoptère). Après sa patrouille d’hélico, l’observateur se rend à bord du brise-glace, où un logiciel spécial d’Environnement Canada est utilisé pour créer ces cartes de glaces à l’intention des navigateurs.

Jadis, les navires ne pouvaient plus remonter le Saint-Laurent pendant l'hiver. C'est l'ouverture de la Voie maritime, en 1964 (le creusage du chenal et les écluses) et l'arrivée des brise-glaces qui a ouvert la voie au trafic maritime à l’année.

Les aides à la navigation, ou bouées, viennent quant à elles délimiter le chenal. Elles sont 2000, postées à des endroits stratégiques (voir ce texte sur les bouées). C'est le plus petit des quatre brise-glace, le NGCC Tracy, qui sert de baliseur pour effectuer ce travail bi-annuel. Les bouées d’été sont alors changées par des espars, ou bouées d’hiver.


Voyage en Arctique

Il n’y a pas que dans le Saint-Laurent que le réchauffement climatique facilite les voyages maritimes. L’an passé, moins de navires ont été escortés dans les eaux de l'Arctique qu’au cours des trois années précédentes.

En été, les bateaux de la flotte canadienne vont d'ailleurs briser les glaces là-bas. Ou bien, ils partent en expédition scientifique comme le NGCC Amundsen, l’automne dernier: le brise-glace s’était volontairement pris dans les eaux nordiques. À bord de cette plate-forme flottante, les chercheurs pouvaient étudier l'impact des changements climatiques sur l'eau, l'air et la faune locale.


La vie en mer

En tout, ils ne sont pas loin d’une quarantaine. Pour la plupart, ils travaillent pendant 28 jours d’affilée. " C’est long des fois. Il y a des voyages qui durent 62 jours, en Arctique. " Ils besognent 24 heures sur 24, enfin presque, pour certains. Un repos de quatre heures est offert à deux moments dans la journée pour les chanceux. Si le bateau n’est pas en mer ou en mission, les mousses ont droit d’aller se dégourdir les jambes sur la terre ferme.

Demain, c’est congé, je rentre à la maison " me dit Mme Line. " Je m’occupe de la logistique. " La bouffe, les vêtements de rechange, des couvertures, du savon, du papier de toilette bref, tout ce qu’il est nécessaire afin que le brise-glace soit disposé à partir en tout temps.

Le Pierre Radisson peut contenir assez de provisions pour tenir 140 jours en mer. Il possède également un réservoir et un équipement qui lui permet de fabriquer de l’eau douce à partir d’eau salée, pour 80 personnes. Frigidaire à patates, petite infirmerie et " petit hôpital " de deux lits, salle de gym, mini-sauna, un bar et des salles de télévision viennent agrémenter le décor et la vie des matelots.

 

Base de la Garde cotière canadienne
101, boul Champlain
Québec
info@dfo-mpo.gc.ca


 

Ce texte a été mis en ligne en mai 2005.
 
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