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Raid au musée des Fusiliers Mont-Royal

Par Andréanne Aubin


De l’extérieur, on dirait presque un château médiéval. Datant de 1911, sans prince ni princesse, l'arsenal du régiment des Fusiliers Mont-Royal, à Montréal, abrite un petit musée pourvu d'objets qui en disent long sur ce régiment: sous l'éclairage au néon, découpures de journaux, photos, drapeaux, médailles, casques, costumes, fusils, épées et même objets nazis, habillent murs et étagères.

Faute d'espace et de soins, ces morceaux d'histoire essaient tant bien que mal de lutter contre le temps. Et contre l'oubli dans lequel tombent peu à peu l’origine et le parcours de ce régiment.


Le plus ancien bataillon de Montréal

Au Canada en 1869, sous Sir Georges-Etienne Cartier alors ministre de la milice, une nouvelle loi pour la défense intérieure et extérieure entre en vigueur. Plusieurs nouveaux bataillons de langue française se forment dont le 65e Régiment, les Carabiniers Mont-Royal. Le régiment travaille à des opérations policières jusqu’en 1885, où, lors de la campagne du Nord-Ouest canadien, il affronte les Cris et leur chef Gros-Ours à la bataille de la Butte aux Français, aujourd’hui en Saskatchewan.

Lors de la Première Guerre mondiale, les Carabiniers ravitaillent le 22e bataillon, déjà en ligne outre-mer. En 1931, les Carabiniers prennent le nom de Fusiliers Mont-Royal. Dix mille officiers et soldats qui à un moment ou un autre, étaient membres des Fusiliers Mont-Royal, ont servi dans le 22e.

Vous verrez sur un mannequin légèrement défraîchi, un uniforme rouge écarlate qui rappelle celui des gardes du palais de Buckingham et un long bonnet de fourrure. Le commandant Dorval, en 1931, décide de faire peau neuve en proposant ce nouvel et élégant habit. Il espère recruter de nouveaux soldats. Non loin, une tablette présente plusieurs casques, képis et uniformes portés au cours de l’histoire, selon le grade du militaire.

Héros de guerre

Même si une légère odeur de boule à mites traîne dans ce musée d'environ 10 mètres par 4, les mythes autour de certains soldats y survivent.  Pierre Vennat, journaliste et spécialiste de l'histoire militaire, présent lors de ma visite au musée, est l'auteur d'un livre sur l'un d'eux, Dollard Ménard, le héros de guerre canadien-français.

Nunquam retrorsum, ne jamais reculer, même lors du débarquement à Dieppe, le 19 août 1942  où le raid canadien fut repoussé par les Allemands. Sur un total de 584 Fusiliers débarqués, 344 sont arrêtés et fait prisonniers. Seulement 125 retournent au Royaume-Uni après l'opération. Une section du musée est réservée aux prisonniers. On y retrouve des médaillons, des couverts et des petits objets qui leur appartenaient.

Quelques Fusiliers ont été emprisonnés à Eichstatt, en Allemagne, et, n’ayant rien à perdre, ont mis au point, avec d’autres militaires, un plan d'évasion. Une centaine de prisonniers creusent alors un tunnel de 32 mètres de longueur et jusqu'à 15 mètres de profondeur avec des outils de fortune... comme la peau d'un saucisson en guise de contenant!


Dollard Ménard, ette légende vivante, occupe un poste à la tête des Fusiliers Mont-Royal lorsqu’en 1942, il débarque en Normandie où il sera blessé à cinq reprises. Lors de campagnes de recrutement, des affiches de ce soldat placardent le Québec.

Impressionnante, la collection de médailles de Ménard s'y trouve protégée par une vitre (et accélérerait, sans aucun doute, le mécanisme de sudation de celui ou celle qui devrait la porter quelques mètres seulement.)  Les objets de guerre de Ménard, décédé en 1997, ont été vendus aux enchères par la famille, et ses médailles, souffle tout bas Vennat, achetées au montant de 32 000$

Le travail dure 9 mois. La tâche s'effectue un homme à la fois et pas plus de trois à quatre minutes à la fois en raison du manque d'oxygène. Ils créent, pour mieux y respirer, un tuyau avec des boîtes de conserves. Leur évasion s’avère être un succès jusqu'au moment où ils sont repérés sur une route par des pompiers.  Un triste sort les attend : 21 jours nus dans un cachot et un transfert à Colditz, un camp réservé aux spécialistes de l'évasion.

Quelques objets nazis garnissent une section du musée.  Entre autres, un drapeau nazi donné à un des Fusiliers par un Hollandais lors de la libération de Groningue le 16 avril 1945.


Avis aux amateurs d'armes                                                                            

Une vingtaine d’armes revêt le mur. Allant de l'énorme bazooka, à la mitraillette Stern en passant par les bombes antichar, bref une collection plutôt frappante pour les fantassins de l’avenue Des Pins. Juste à côté, une collection d'épées davantage utilisées pour le décorum que sur les champs de bataille.

Bien que les artéfacts militaires parlent d’eux-mêmes, il n’y a ni enseigne ni chronologie pour nous aider à comprendre l’histoire du régiment, un peu comme si le musée était réservé à ceux qui connaissaient bien les Fusiliers et l’univers militaire. Peu de gens, mis à part des soldats, le visitent. Le musée des Fusiliers Mont-Royal reste un secret bien camouflé. 

 

Le Musée Régimentaire des Fusiliers Mont-Royal

Visite possible avec rendez-vous
3721, avenue Henri-Julien (coin Des Pins)
Montréal, Québec
H2X 3H4
Tél : (514) 283-8070 poste 255


 

Ce texte a été mis en ligne en novembre 2005.
 
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