" Lhéliport se trouve
au fond à droite, madame" me
dit lhomme dun certain âge, à la
guérite. Je constate assez rapidement quil
fait un froid de canard sur le bord des rives du St Laurent.
Faut dire quil est 6h15 et quà Québec,
jai toujours limpression quil fait plus
froid quailleurs. Je me trouve sur la base de la Garde
côtière canadienne (GCC), non loin des festivités
du Carnaval qui se terminaient la veille. Au menu aujourdhui :
patrouiller les glaces, en hélicoptère (s.v.p!),
en compagnie dun spécialiste.

Pourquoi la GCC a-t-elle besoin dobserver
les glaciers ?
" Premièrement, pour
assurer la sécurité de la navigation en identifiant
les glaces suspectes et en traçant les cartes de
glaces qui servent à la navigation. Les commandants
ont besoin de savoir sil y a des glaces et où
elles se trouvent. Et deuxièmement, pour protéger
les riverains des inondations dues aux embâcles, "
explique Carol Vézina, le pilote de l'hélicoptère.
Il est accompagné de René Boivers, d'Environnement
Canada: l'observateur des glaces, c'est lui.
Le jour se lève sur Québec et
mon cur bat à 100 milles à lheure
! Cest que le " chief "
pilote, M. Vézina, qui vole depuis bientôt
30 ans, vient dactionner le rotor principal (la plus
grande hélice) de lappareil. Un Long Ranger,
le no.128. Cest lun des huit hélicoptères
sur les 27 disponibles au Québec. Ils appartiennent
à la Garde côtière canadienne. Et les
patrouilles d'hélicoptères, comme celle que
nous allons faire ce matin, sont un élément-clef
de l'observation des glaces avec les images satellites,
les images radar et les patrouilles de brise-glaces.
Lorgner la glace
Tout au long du parcours, René Boivers,
lorgne
tous les îlots de glace, toutes les battures et tous
les embâcles qui pourraient gêner la navigation
sur le chenal (passage resserré, naturel ou artificiel,
permettant ainsi la navigation entre les îles, bancs
et banquises). Il transmet ensuite les informations au bureau
des glaces.
Il n'y en a qu'un. Il est situé à
Québec, sur la base de la Garde côtière.
Les cartes sont archivées là par ordre chronologique
et numérique. Elles sont expédiées
tous les mois par la poste au Service canadien des glaces,
à Ottawa, aux fins d'archivage. Une copie des originaux
sera conservée à bord du brise-glace pour
une période d'un an.
Il faut transmettre les données rapidement,
parce quil faut éviter à tout prix que
les géants flottants qui voguent sur le chenal, en
particulier les pétroliers, nentrent en collision
avec un glacier et n'entraînent un désastre
écologique. Dautant plus que létroitesse
du chenal rend la navigation encore plus laborieuse. Faut
savoir aussi que les eaux du St Laurent sont très
peu profondes, 11 mètres.
Pour René Boivers, le même manège
recommence tous les jours d'hiver, parfois deux fois par
jour. Pendant que j'admire les paysages fabuleux, ou que
je digère le petit déjeuner pris à
Baie-Saint-Paul, il observe et communique au bureau des
glaces. " Blanchâtre un an, 4 grises,
2 nilas, 3 nouvelles
" " 10-4 ",
répond le préposé au bureau. Cest
le jargon utilisé depuis le début des années
1980, par le Canada et beaucoup dautres pays. Mis
au point pour lOrganisation Météorologique
Mondiale, il signale la condition des glaces. Pour le commun
des mortels, comme moi, cest incompréhensible.
Mais quand on sait déchiffrer, ça indique
lâge et lépaisseur des glaciers.
Appelé le " code de luf ",
il est devenu une norme internationale depuis. Avec ce code,
M. Boivers peut affirmer à un hiver ou un été
près, lâge des glaciers grâce à
sa couleur et son épaisseur. Précis le monsieur!
Que faire lorsqu'un glacier ou un embâcle
devient problématique? Lobservateur des glaces
fait appel au brise-glace de service. Aujourdhui,
cest le NGCC Pierre Radisson, un brise-glace moyen
renforcé pour les glaces, qui est disponible, à
la hauteur de Québec. Au total, quatre navires sont
postés à des endroits stratégiques
du fleuve pour assurer la garde. Le NGCC Tracy, le NGCC
DesGroseillers et le NGCC Amundsen, à Trois-Rivières,
Matane et près du Saguenay. Léquipage
vit sur le bateau, 24 heures sur 24, pendant 28 jours daffilés.
Ils doivent être prêt à démarrer
à une heure davis. Aujourdhui, le commandant
du Radisson, Serge Brûlé et son équipe,
attendent lappel qui ne viendra jamais
Revenu à la base, le spécialiste
des glaces doit justement se rendre à bord du Pierre
Radisson. Son envolée terminée, il doit y
transférer ses tracés pour les cartes de glaces,
dans le logiciel interne dEnvironnement Canada. Les
progrès technologiques (par exemple, l'imagerie satellite
Radarsat) ont aidé la GCC à optimiser le rendement
des brise-glaces et ont contribué à lamélioration
des services de conseils et de renseignements offerts aux
capitaines afin quils puissent naviguer sans danger
en évitant les zones de glaces. Après sêtre
occupé de la " météo des
glaces " toute la journée, René
peut rentrer chez lui.
Quant au chef pilote, il a des concours à
préparer. " Il y a un manque de pilotes
pour cet été. Cependant, les critères
dembauche sont très sévères.
Il faut avoir de lexpérience. Atterrir sur
des brises glaces, ce nest pas toujours facile à
faire ! " Ceci dit, ce sont les " chiefs "
qui sadonnent à cette tâche. Avis aux
intéressés !
Base de la Garde côtière canadienne
101 boul. Champlain
Québec
info@dfo-mpo.gc.ca